Ces Parisiens qui ont volé au secours des “Space Invaders”

Le San Goku du 12eme arrondissement fait partie des oeuvres disparues. / © Invader
Le San Goku du 12eme arrondissement fait partie des oeuvres disparues. / © Invader

Internautes soucieux, fans de la première heure et « réactivateurs » se sont mobilisés lors du vol d'une quinzaine d'oeuvre d'Invader à Paris au début du mois d'août.

Par Marine Lesprit

La semaine dernière, Invader déposait l’un de ses aliens en mosaïque à Valmorel. Aussitôt, Anthony a profité d’une réunion familiale pour mettre ses chaussures de randonnée et aller photographier l'"invasion" dans ce petit village savoyard. Depuis son arrivée en région parisienne il y a huit ans, ce trentenaire, amateur de jeux vidéos, suit assidûment l’oeuvre du street artist. Il a même créé une page Facebook, DarthInvader, sur laquelle il partage ses découvertes.

Between heaven and earth

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Comme lui, de nombreux parisiens ont un lien affectif à ces mosaïques représentant des personnages de la pop culture et inspirés d'un célèbre jeu d’arcade qui fleurissent depuis la fin des 1990 sur les murs de la capitale pûis à travers le monde. "Ça permet de voir Paris autrement, de lever ses yeux de ses chaussures", souligne Anthony. Une popularité qui explique la mobilisation sur les réseaux sociaux autour du vol d’une quinzaine de ces oeuvres début août.

Mobilisation sur Internet

L’alarme est partie d’un journaliste de France Culture sur Twitter. Le 2 août, il raconte avoir croisé deux hommes, l’un perché sur une échelle en train d’attaquer une mosaïque, l’autre répondant aux passants curieux. Ils portent des chasubles fluorescents et disent appartenir aux services municipaux de Paris.


La communauté des “flashers” entre alors en mouvement. Ces utilisateurs de l’application FlashInvaders, lancée par le street artist en 2014, photographient ses oeuvres - 3513 mosaïques dans le monde dont 1295 à Paris - pour gagner des points. Olivier Moquin est l’un des plus actifs, 4ème au classement du jeu. Il contacte les auteurs des premiers postes qui circulent puis relaie l’information dans la communauté des fans et auprès de l’artiste.
 


Cette situation n'est pas inédite. "Chaque été, il y a des vagues de vols, reconnaît-t-il. On est très vigilants là-dessus." Mais cette fois, le stratagème employé choque. Les flashers interpellent alors les élus parisiens et la polémique prend aussitôt de l’ampleur. Des anonymes de tous horizons s’en font le relais et de nombreux appels à vigilance et photos des auteurs des vols circulent sur les réseaux sociaux.

 

"Un musée à ciel ouvert"

"C’est la première fois que je vois une telle mobilisation", reconnaît Anthony, qui a lui-même écrit un article sur sa page dédiée. Sur Instagram, sur Twitter, sur Facebook, les témoignages se multiplient et les photos aussi. Finalement, après une semaine, les disparitions d’oeuvres cessent.

Au total, une quinzaines d’entre elles auront été décollées. Certaines étaient devenues de véritables attractions, comme la Joconde de la rue du Louvre ou le San Goku du 12eme arrondissement. Dans le 13eme, où ces oeuvres sont nombreuses, elles ont contribué à constituer un "musée à ciel ouvert", selon les mots de son maire. Jérôme Coumet suit depuis près de vingt ans l’oeuvre d’Invader et des street artists qui laissent leur marque dans son arrondissement. "Ça a fait entrer le 13ème dans le Paris touristique, souligne-t-il, ce qui n’était pas le cas avant, pour le dire gentiment."

Cet épisode repose la question du statut de l’oeuvre de street art. Les mosaïques d’Invader sont installées de nuit et le plus souvent sans autorisation préalable. "Elles ont un caractère, au moins juridiquement, provisoire", reconnaît Jérôme Coumet. "Un vol ou deux ça fait partie du jeu, abonde Olivier Moquin, c’est du street art." La mairie de Paris n'a d'ailleurs porté plainte que pour "usurpation de fonction".

Les réactivateurs en marche

A chaque propriétaire d’immeuble de décider ce qui adviendra de ces mosaïques apparues un beau matin sur ses murs. Avec la popularité grandissante de l’artiste, ils sont de plus en plus nombreux à les conserver, à l’image de cet immeuble du boulevard Saint-Germain qui a protégé son alien à l’aide d’une plaque de plexiglas, et que Jérôme Coumet aime citer.
 


La reconstruction des oeuvres disparues passera donc par le bon vouloir des propriétaires des murs. La vingtaine de "réactivateurs" parisiens, ces fans qui se mobilisent pour remettre en état les mosaïques dégradées, s’organise déjà en vue de leur reconstruction, selon Olivier Moquin, qui participe régulièrement à ces opérations. Il leur en coûtera le prix des carreaux et de la colle, tandis que les auteurs des dégradations ont mis la main sur des oeuvres non signées, sans doute endommagées et qui n'ont pas de valeur marchande dans les canaux de distributions habituels. Le bilan selon Jérôme Coumet : "une détérioration gratuite".

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