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Un an après les attentats du 13 novembre, comment recréer du lien social dans un contexte identitaire tendu ? Face à la montée supposée des communautarismes, les initiatives de la société civile se multiplient pour promouvoir la fraternité.

Des profs, des politiques, et des religieux réunis au cœur du 93. C’est l’Observatoire de la fraternité en Seine-Saint-Denis qui les a réunis, ce jeudi soir à la Maison de la citoyenneté de La Courneuve. Au centre du débat : le « Petit manuel pour une laïcité apaisée » écrit par un collectif d’enseignants et le sociologue Jean Baubérot.

Co-auteur invité par l’association, Jérôme Martin enseigne dans un lycée à Saint-Denis. Il s’indigne de l’instrumentalisation des tensions post-attentats : « Alors que la laïcité est censée respecter les convictions de chacun, elle est souvent utilisée comme un outil de stigmatisation et de rejet des élèves. » C’est dans cette ambiance lourde qu’a été créé l’Observatoire, dans le but de promouvoir la fraternité.
Observatoire de la fraternité : Catherine Choquet, présidente de la Fédération de la Ligue des Droits de l’Homme de la Seine-Saint-Denis

Observatoire de la fraternité : Catherine Choquet, présidente de la Fédération de la Ligue des Droits de l’Homme de la Seine-Saint-Denis, à La Courneuve

 

A l’origine, un appel lancé le 6 avril signé par une centaine de personnalités de la société civile. Mais aussi quelques politiques, comme Aline Archimbaud. Sénatrice écologiste en Seine-Saint-Denis, l’élue s’inquiète depuis la vague d’attentats : « Il y a une ambiance de peur. Des polémiques comme celle du burkini entretiennent un amalgame entre islam et djihadisme. »

L’Observatoire de la fraternité, dans les quartiers

Avec l’Observatoire, qui rassemble un réseau d’associations de quartiers, l’objectif est selon elle « d’être là quand ça dérape » : « Il y a eu des agressions racistes anti-Chinois, à Aubervilliers. Donc on travaille pour la paix civile, on en est là malheureusement. »

Aline Archimbaud, sénatrice écologiste en Seine-Saint-Denis © Sénat

L’association intervient dans les lycées et les collèges, et organise des réunions publiques où viennent « des gens de toutes origines ». Mais pas de tous bords politiques : l’Observatoire exclut le Front national et « toutes les forces non-républicaines ». Selon la sénatrice, « la montée du FN et la barbarie islamiste s’entretiennent ».

Fraternité générale mise sur la culture

Une logique partagée par Fraternité générale, une association née au lendemain du 13-Novembre. Pour Fabienne Servan-Schreiber, l’une des fondatrices du mouvement, l’extrême-droite n’a pas sa place : « Nous luttons contre les communautarismes, les crises identitaires. Les populistes ne partagent pas notre combat. »

Fabienne Servan Schreiber, co-fondatrice de Fraternité Générale © AFP PHOTO MARTIN BUREAU

Pour recréer du lien social, Fraternité générale mise sur le culturel. Un mur d’expression au Musée national Picasso, des « terrasses musicales », une exposition photo à la station de métro du Quai de l’Hôtel-de-Ville… Près de 600 événements sont prévus en Île-de-France et dans toute la France. La plupart sont programmés lors du « Mouvement pour la fraternité », du 2 au 10 novembre, dont France Télévisions est partenaire.



 

Face aux critiques qui pourraient railler la démarche comme étant niaise ou superficielle, Fabienne Servan-Schreiber se défend : « La fraternité n’est pas une valeur naïve, c’est une idée humaniste essentielle. La fraternité est un véritable projet de société, concret, pour redonner de l’espoir. »

L’association souhaite montrer qu’« il se passe des choses positives pour sortir du marasme ambiant ». Un souhait également défendu par Frère Benjamin, par une action bien différente…

Les enfants de la miséricorde : la fraternité par la religion

Selon ce religieux, également éducateur bénévole et professeur à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, la croyance n’est pas le problème mais la solution : « Je suis contre une forme de laïcité qui nous dit de nous taire sur la religion, comme si cela devenait un tabou. Et il faut changer les représentations sur les musulmans : dans la majorité des cas, il y a de bonnes relations dans le quartier. »

Frère Benjamin, à l'origine des Enfants de la miséricorde : un clip musical réunissant des enfants de toutes confessions. © Frère Benjamin

A partir du 13-Novembre, l’idée de réaliser une vidéo germe chez Frère Benjamin « contre ce que véhiculent les attentats, c’est-à-dire un discours de haine et d’amertume ». En juin, il tourne un clip musical dans le but de « favoriser le dialogue interreligieux », avec 12 enfants de confessions variées : trois juifs, trois chrétiens, trois musulmans, et trois sans religion.
Clip musical "Les enfants de la Miséricorde"

Clip musical "Les enfants de la Miséricorde"

 

« Je suis conscient qu’il y a des endroits plus difficiles qu’Argenteuil, reconnaît le religieux. Le vivre-ensemble est parfois fragile, mais je veux montrer une lueur d’espérance. » Il répond également aux remarques critiquant la présence d’une fille voilée dans le clip : « Je ne suis personne pour lui dire de retirer son voile, elle ne le porte pas par obligation. Son esprit est bien plus ouvert que la plupart des Français. »

Si ces trois initiatives promeuvent la fraternité, la volonté d’engagement s’étend au niveau de la société française. Et notamment chez les jeunes : depuis le 13-Novembre, un jeune sur cinq déclare s’engager pour une cause ou envisage de le faire, selon une étude du Crédoc, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Une bonne nouvelle paradoxale : chez la moitié des 18-30 ans, les attentats ont fait naître de la solidarité.