220 000 femmes sont victimes chaque année de violences conjugales selon le Ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes. Tous les deux jours et demi, l'une d'entre elles décède sous les coup de son compagnon ou ex-conjoint. Des chiffres qui ne faiblissent pas malgré les politiques publiques menées depuis 10 ans. Alors que le gouvernement lance son "5ème plan de mobilisation et de lutte contre toutes les violence faites aux femmes", nous avons rencontré une femme victime de son conjoint et une militante engagée dans ce combat depuis plus de 30 ans. 

Israr, 37 ans, victime de violences conjugales pendant deux ans.

En 2015 en France, 122 femmes ont été tuées par leur conjoint. Israr, 37 ans, elle, a survécu. Séquestrée, affamée, insultée et battue par son mari pendant deux ans, elle a trouvé la force de partir, "pas de fuir" précise-t-elle mais de "se sauver".

Son histoire, comme celle de beaucoup d'autres, est d'abord une histoire d'amour. Israr vit alors en Tunisie, a grandi dans une famille libérale, possède un diplôme de niveau bac+3 en chimie. Son cousin, résidant à Paris, commence à lui tourner autour lors de séjours en Tunisie. Séduite, Israr l'épouse et vient le rejoindre en France. Son cauchemar commence alors. A peine arrivée, la jeune femme découvre son mari sous un autre jour. De façon irrationnelle, l'homme la porte responsable de ses déboires financiers et de ses ennuis de santé. Il l'enferme, l'insulte quotidienne, la frappe régulièrement. Israr ne détaille pas les violences physiques que son mari lui inflige, mais insiste sur la toture psychologique qu'il exerce sur elle. Un processus de dévalorisation qui la brise et permet à son époux de la maintenir sous sa coupe.

Israr nous montre une photo d'elle à l'époque : sur le cliché, elle semble avoir 10 ans de plus qu'aujourd'hui. Des traits tirés, le visage émacié, une maigreur extrême, un hématome sur le bras et une chevelure irrégulière du fait des nombreuses mèches de cheveux arrachées. C'est ce visage que découvrent un jour les policiers appelés par les voisins. La policière la suppliera de la suivre, son coéquipier ajoutera "si vous restez, vous prenez le risque que votre famille vienne vous récupérer à la morgue". Ce jour-là, Israr restera. Jusqu'à la maltraitance de trop, le coup ultime qui lui donnera le courage de partir. Réfugiée un temps chez sa soeur, Israr est ensuite prise en charge et hébergée par une association francilienne.

 

Aujourd'hui, un an après, Israr va mieux mais la reconstruction fut difficile avec des moments d'abattement comme le jour où elle apprend que son dossier est classé sans suite. Qu'importe, sa victoire c'est de s'en être sortie, de recommencer une nouvelle vie. Elle a préparé et réussi toute seule le concours d'aide-soignante, suit assidûment cette formation. Israr marche la tête haute même si parfois, la peur la saisit. Y céder, ce serait donner la victoire à son bourreau. Témoigner de façon anonyme ? "Mais pourquoi ? Vous trouvez que c'est honteux ? Moi je 'ai rien à me reprocher" lâche-t-elle avant de s'installer devant notre caméra pour nous confier son témoignage.

Le témoignage d'une femme victime de violences conjugales

En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Pour tenter de faire baisser ces chiffres, le gouvernement lance un cinquième plan de lutte contre les violences faites aux femmes. Il est question notamment de créer davantage de places d'hébergement d'urgence. Nous sommes allés justement dans une association qui recueille des femmes battues. L'une d'entre elle a accepté de témoigner.

 

40 ans de combat

Des cas comme celui d'Israr, Viviane Monnier en a vu des centaines en 40 ans. Son combat aux côtés des femmes victimes de violences débute à la fin des années 1970.  Alors qu'elle dirige un centre culturel, on lui rapporte trois histoires. Trois femmes battues par leurs époux, notables de province, bien sous tous rapports. En entendant cela, Viviane a eu "la rage" et depuis 30 ans "la rage ne l'a pas quittée". Au départ, le moyen d'agir est radical : des actions coup-de-poing pas vraiment légales, pour soustraire rapidement les femmes victimes du joug de leur mari. Déménagements de maisons en catimini en l'absence du mari, installations des femmes et des enfants dans des lieux tenus secrets...

Aujourd'hui, Viviane Monnier dirige Halte aide aux femmes battues, l'une des associations parisiennes venant en aide aux femmes victimes de violences conjugales. Les dossiers s'accumulent toujours autant sur son bureau. Les structures d'accueil sont à présent mieux organisées et fonctionnent en réseau ; les victimes bénéficient d'un suivi psychologique, juridique et d'une aide à la réinsertion professionnelle ; mais les victimes, femmes et enfants, sont toujours aussi nombreuses.

La loi a évolué. Le viol entre époux est reconnu juridiquement depuis les années 1990. Une grande avancée : auparavant, on parlait de "devoir conjugal", soit l'obligation pour une femme de se soumettre au désir sexuel de son mari. Mais des textes aux faits, il y a un fossé. La plupart des viols commis par le conjoint sont classés sans suite. Plus grave, le secret du lieu de résidence de l'épouse maltraitée et des enfants n'est pas toujours respecté par l'institution judiciaire.

© PHOTOPQR/VOIX DU NORD

 

Un 5eme plan de mobilisation

Le 23 novembre, Laurence Rossignol, Ministre des familles, de l'Enfance et des droits des femmes, lançait le 5eme plan de lutte et de mobilisation contre toutes les violences faites aux femmes. 

Ce plan se fixe trois objectifs. 
- "Sécuriser et renforcer les dispositifs existants qui ont fait leurs preuves". Concrêtement, la formation des magistrats, policiers, médecins, personnels soignants et de toutes les personnes en contacts avec les victimes sera renforcée. 350 places d'hébergement seront créées et s'ajouteront aux 1550 déjà réalisées lors du plan précédent. 
- "Renforcer l'action publique là où les besoins sont les plus importants". L'accent sera ainsi mis sur la protection des enfants, des jeunes femmes rendues encore plus vulnérables par internet et des femmes vivants en milieu rural où les dispositifs sont pour l'instant moins nombreux et moins accessibles.
- "Déraciner les violences par la lutte contre le sexisme, qui banalise la culture des violences et du viol". Un objectif dont la réalisation s'appuiera sur des campagnes de communication.

125 millions d'euros seront consacrés à la réalisation de ces objectifs entre 2017 et 2019.

 

Le 39 19

Un numéro unique a été mis en place il y a deux ans. Les femmes victimes de violences, de mutilations ou de mariages forcés y sont écoutées de façon anonyme et, si elles le souhaitent, orientées vers les dispositifs locaux de prise en charge. 
clip 39 19

Ce numéro est accessible et gratuit en métropole et dans les DOM 7 jours sur 7. Il est ouvert du lundi au vendredi de 9h à 22h, les samedis, dimanche et jours fériés de 9h à 18h.