Les associations gestionnaires du centre d'accueil des migrants à Paris prises d'un doute

© Philippe Lopez/AFP Photos
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Moins d'un an après l'ouverture du centre humanitaire d'accueil des migrants à Paris, le malaise des associations en charge du centre est de plus en plus palpable. Après Emmaüs qui disait son inquiétude il y a quelques jours, c'est cette fois Utopia 56 qui annonce sa sortie du dispositif

Par Christian Meyze

Les choses ne se passent pas bien au Centre d'accueil des migrants de Paris, cela devient de plus en plus visible, semaine après semaine, en cette rentrée 2017, moins d'un an après la mise en place du centre de la Porte de la Chapelle.
Les choses ne se passent pas comme certains, dont les initiateurs du projets, l'avaient imaginé.

"Ce centre ne peut pas être un modèle. Utopia 56 annonce sa sortie du dispositif et va intensifier son aide aux migrants dans la rue". Utopia 56, l'une des associations impliquées dans le dispositif, commente ainsi son départ dans un communiqué ce mercredi 13 septembre. Il y a quelques mois, l'association avait déja indiqué qu'elle renonçait à gérer la file d'entrée devant le centre.


# D'autres départs pourraient suivre


Mais la décision d'Utopia 56, essentiellement composée de bénévoles très mobilisés, arrive après d'autres signes tangibles du malaise qui trouble les associations impliquées. La semaine dernière encore, la directrice adjointe d'Emmaüs Solidarité s'était aussi dite inquiète pour l'avenir du centre, qui doit déménager au printemps. Aurélie El Hassak-Marzorati ajoutait :"Il n'est pas exclu qu'on réfléchisse à sortir totalement du dispositif "

Le centre, ouvert en novembre 2016, à l'initiative de la ville de Paris et cofinancé par l'Etat, a pour mission et ambition d' accueillir les migrants une dizaine de jours avant de les orienter vers des structures plus pérennes. Mais la saturation a conduit à la formation d'un campement indigne aux portes du site. Et en un an de nombreuses évacuations ont dû être conduites (2.500 personnes ont encore été évacuées le 18 août, dernière opération en date).


# "L'Etat veut la mort du dispositif"


Depuis, la forte présence des forces de l'ordre, accusées de "harcèlement" par plusieurs associations, dont Médecins du Monde il y a encore quelques jours, empêche les migrants de se réinstaller.

"C'est un écho de ce qui se passe à Calais", a déploré Yann Manzi, cofondateur d'Utopia 56. Mais l'association dénonce aussi le sort des migrants enregistrés dans un autre pays européen et censés, aux termes de la procédure "Dublin", y être renvoyés. "Il y a une pression énorme de la part de l'Etat sur les Dublin.On a piégé plein de gens avec un dispositif dérivant vers le "centre de tri", puisque les migrants logés au centre humanitaire doivent ensuite passer par un guichet ad hoc, ouvert par la préfecture, appelé "Cesa" (Centre d'examen de situation administrative)".
"L'Etat veut la mort du dispositif tel qu'il est" estime Yann Manzi.

Le texte du communiqué d'Utopia résume assez clairement le malaise qui traverse les associations : " Nous espérions que ce centre soit un modèle. Or nous constatons que le traitement administratif des réfugiés dans ce centre n'a rien d'humanitaire et dévalorise les réfugiés"

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