Critiqué pour ses produits en toc et sa gastronomie industrielle, le marché des Champs-Elysées tente de se refaire une image en jouant sur la tradition et le « made in France ». Alors, faut-il vraiment croire au Père Noël ?

Marché de Noël des Champs-Elysées : un Noël industriel

 

Quel lien entre des coques fluos pour smartphone, des hot-dog, et la Nativité ? A priori, pas grand-chose.

Sauf sur les Champs-Elysées, où le marché de Noël réunit près de 15 millions de visiteurs chaque année pour célébrer l’union aujourd'hui presque traditionnelle entre consumérisme et fêtes de fin d’année.

Géré par Marcel Campion, patron de la Foire du Trône et de la Grande roue de la Concorde, le marché traîne une sale réputation.

« Made in China », babioles en plastique et "malbouffe" surcalorique, dur d’y trouver un semblant d’esprit de Noël selon les critiques. Des « bandes de connards qui disent n’importe quoi, et qui ne viennent jamais voir le marché » selon Campion.

Fast-food, gadgets en plastique et décor en toc

Le marché des Champs-Elysées ? Un « attrape-nigaud » selon Jacques Boutault, maire du deuxième arrondissement. © Joseph Paris

Parmi ces critiques, Jacques Boutault : le maire écologiste du deuxième arrondissement dénonçait il y a cinq ans un « attrape-nigaud » chez nos confrères du Parisien.

« Avec un personnage comme Campion, regrette Boutault, les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. » S’il reconnaît que « la ville a fait des efforts », les lieux demeurent "défigurés" et le marché reste « une vente de bimbeloteries à destination des touristes les plus riches » selon le maire.

En visitant le marché, difficile de contredire ces critiques. Dans les allées, en défilant devant la succession de chalets artificiels, c’est d’abord l’odeur de « bouffe » qui marque.

Ici, pas question de doux arômes de vin chaud – certes vendu par décalitres aux visiteurs. C’est avant tout des effluves de fast-food réchauffé sur place qui pénètre vos narines. Les paninis, pizzas, kebabs, donuts et autres churros au Nutella envahissent les stands.

 

Côté « artisanat », le toc fait la loi. Dans les baraquements en bois, on trouve dans l’ensemble beaucoup de plastique. Mentions spéciales aux bonnets soviétiques et aux classiques porte-clés "Tour Eiffel" pour touristes.

Pour ce qui est de l’ambiance, des haut-parleurs crachent un peu partout les musiques de Noël les plus kitchs en guise de bande-son, pour masquer - avec plus ou moins de réussite - le bruit du trafic automobile sur l'avenue.

Le décor un peu cheap, où les touristes grouillent en quête de selfies avec les faux Père Noël et les faux bonhommes de neige, parfait ce voyage au temple de la consommation un peu bas-de-gamme.

« Du moment qu’il y a du public… »

Marcel Campion, le 24 novembre 2016. © IP3 PRESS/MAXPPP

Mais Marcel Campion - le gérant du marché - jure avoir « fait des efforts ».

Pour défendre son affaire, Campion met volontiers en avant les nouveaux « villages » de stands lancés ces trois dernières années : les « artisans de France », les « créateurs de la chambre des métiers de Paris » et le « marché gourmand » censé mettre en avant les spécialités des régions.

Le "village des artisans" sert de vitrine "made in France" pour le marché des Champs-Elysées. © Pierre de Baudouin

Concernant le reste des stands et notamment la "malbouffe", « le roi des Forains » assume : « On répond au goût des gens. Par exemple ceux des jeunes, avec le stand de téléphonie. C’est avant tout du spectacle et du plaisir. Et du moment qu’il y a du public… »

Le « made in China » ? « C’est la mondialisation, c’est comme ça, relativise le businessman - actuellement dans le viseur de la justice, soupçonné notamment de blanchiment de fraude fiscale, d’abus de confiance et de travail dissimulé. C’est pareil dans les grands magasins. »

Campion explique également devoir « faire une recette » : « Les chalets sont loués quasi-gratuitement aux artisans, on doit compenser avec les stands qui font du chiffre, donc les commerçants qui font de l’import-export. »
Pourtant, en oubliant un instant l’odeur de friture et les babioles, on trouve aussi des commerçants qui jouent la carte du "traditionnel" sur les Champs-Elysées.

Christiane, qui revient chaque année sur son stand depuis la première édition du marché, vend des santons que son patron va « directement acheter en Provence ».

Des figurines de la Nativité monnayées à des prix sensiblement proches de ceux du fabricant, Escoffier, soit une quinzaine d’euros en moyenne.

Réveillon, piège à cons ?

C'est bien beau l'esprit de Noël, mais il ne s'agirait pas d'oublier de dépenser ses deniers. © Pierre de Baudouin

Postée à son stand, qui affiche fièrement deux gros stickers « fabrication artisanale » et « fabrication française », Christiane reproche au marché d’être « beaucoup plus commercial qu’artisanal » :

« C’est dur de vendre de l’artisanal avec nos prix sur les Champs-Elysées. Sur le marché il y a déjà pas mal de bouffe. Et tout le reste, ce sont principalement des vêtements, des accessoires pour téléphone, bref des bêtises. »

Certes, à côté des accessoires pour téléphone et des gaufres au Nutella, de nombreux stands collent plus au thème de Noël. © Pierre de Baudouin

Les marchés de Noël parisiens sont-ils pour autant tous des nids à arnaques ?

Difficile à dire, mais des vérifications sont effectuées. Un des derniers contrôles menés sur les Champs-Elysées, assurés par la direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Paris, date du 28 novembre.

Reste que les Champs-Elysées ne sont pas prêts de perdre leur réputation. Même sans parler d'arnaques sur les prix, d'étiquetages trompeurs ou encore de produits alimentaires douteux, on reste dans l'ensemble très loin d'un marché traditionnel.

Consumérisme oblige, même les stands qui collent plus fidèlement au thème de Noël se rapprochent davantage d'un marketing noëlisé que de la célébration de la Nativité. De quoi se sentir enguirlandé, pour certains Parisiens.