Qui est l'héritier de Jacques Chirac dans la droite parisienne ?

Ce mardi midi, Bernadette Chirac vient soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris. Qui se revendique de Jacques Chirac dans la droite parisienne ?

  • Par Daic Audouit
  • Publié le , mis à jour le
La chiraquienne Dominique Versini rejoint Hidalgo. Telle a été présentée dans la presse, la présence de l'ancienne secrétaire d'Etat sur les listes socialistes dans le 15 ème arrondissement, au titre de l'ouverture. 

Chirac en héritage


Un épithète que Dominique Versini assume personnellement mais ne revendique pas politiquement (si ce n'est le Samu Social) dans une interview au JDD.fr . Elle sous-entend néanmoins poursuivre l'héritage chiraquien en déclarant que " Nathalie Kosciusko-Morizet  a fait la campagne de Sarkozy. Une campagne terrible, avec des thématiques insupportables". Une façon de signifier qu'elle ne retourne pas sa veste mais que c'est l'UMP qui a changé de tailleur. 

Aussitôt en gardien du temple, Jean-François Lamour, élu du 15 ème arrondissement et ancien conseiller sports à l'Elysée lui a répliqué dans le même média qu' "être chiraquien, ce n'est pas aller à la soupe". 

Pour un journaliste qui ne se sent pas l'âme d'un notaire, il est toujours passablement ennuyeux de trancher dans ses querelles d'héritages. Mais ce qui est savoureux, c'est que Jean-François Lamour et Dominique Versini conduisaient ensemble et tout sourire la liste UMP à Paris aux régionales de 2004 contre ...... Anne Hidalgo

Les chiraquiens dix ans après 


Une liste dont la composition avait été fortement soufflée si ce n'est imposée par Jacques Chirac alors président de la République. On rappelle que Jean-François Copé, qui se revendiquait encore comme "un bébé Chirac" conduisait la liste en Ile-de-France.

Pour mesurer la présence de l'héritage chiraquien aujourd'hui, il est intéressant de se pencher sur le destin des personnes qui composaient cette liste il y a dix ans.
On y trouvait :
  • Jean-Luc Roméro : Son parcours est assez semblable à celui de Dominique Versini. Après avoir flirté avec le MoDem, il rejoint le PS aux régionales de 2010. Pour garder une place d'élu dirent les mauvaises langues. Pour rester fidèles à ses convictions gaullistes et humanistes répondit-il. Il est candidat sur le liste Hidalgo dans le 12 ème en mars 2014.
  • Nicole Guedj : Après plusieurs tentatives d'implantation ratées sur Paris aux législatives, l'avocate, ancienne secrétaire d'état a disparu des écrans radars de la politique. L' alerte rouge n' a pas été lancée. (cette vanne n'est pas gratuite, c'est elle qui a mis en place le dispositif)
  • Marie-Claire Carrère-Gée : Cette ancienne conseillère de l'Elysée est aujourd'hui candidate dissidente dans le 14 ème arrondissement contre NKM. Et on ne peut pas dire que son étiquette chiraquienne l'ait beaucoup aidé à obtenir un statut au sein de l'UMP. 
  • .Christian Le Roux. Lui était appuyé par Alain Juppé. Ce qui avait déclenché la colère de sarkozystes comme Pierre Charon contre Jean-François Copé. Christain Le Roux est aujourd'hui candidat dissident contre Rachida Dati dans le 7 ème arrondissement.
  • Lynda Asmani: En 2002, elle faisait partie de cette génération de "beurs" derrière Jacques Chirac montrant que la gauche n'avait pas le monopole des enfants de l'immigration. De candidatures improbables en circonscriptions ingagnables, elle est aujourd'hui dans le groupe UDI du conseil de Paris. Elle a récemment brigué la tête du consistoire.
Autant de trajectoires personnelles, comme celle de Dominique Versini, dont il est difficile de tirer une philosophie générale. Tous ont en néanmoins en commun d'avoir mal négocier le virage de la rupture sarkozyste ou tout du moins de ne pas avoir su faire fructifier leur étiquette chiraquienne.

Chirac, une référence délicate 


C'était il y a dix ans, à peine. Et pourtant tout ceci semble si loin. Mais, dès 2004, le droit d'inventaire du chiraquisme parisien était en marche. Jean-François Copé avait évincé des listes et le fils Dominique Tibéri et les fils Dominati, les deux dynasties sur lesquelles Jacques Chirac s'était appuyé pour prendre le pouvoir à Paris et le conserver pendant 18 ans avec deux grands chelems. 

Des dynasties qui empoisonnent à nouveau la vie de NKM et l'empêchent de faire référence à Jacques Chirac, en plus des affaires judiciaires de l'ancien maire. Des chiraquiens historiques de la capitale, il y a en a toujours autour de la candidate UMP (Goujon, Lecoq, Goasguen, Legaret, Lamour). Les vieux barons de la droite comme se moquent les socialistes, oubliant que la moyenne d'âge de leurs élus actuels n'est pas si différente.

Ce sont des chiraquiens de la première génération qui du fait de leur implantation ont pu prendre le tournant du sarkozysme sans dommage, au contraire des membres cités de la liste régionale de 2004 qu'on pourrait qualifier de seconde génération Chirac, génération de l'Elysée et non de l'Hôtel de Ville. Mais, le plus chiraquien de l'entourage de NKM est encore son directeur de campagne Jérome Peyrat, qui à partir de 1990 a accompagné Jacques Chirac à l'Hôtel de Ville puis à l'Elysée.

Chirac mais Bernadette


Dans une tribune du 6 septembre parue dans Valeurs Actuelles, l'écrivain Denis Tillinac exhortait presque NKM à se réclamer de Chirac. En tout cas, il verbalisait un héritage que la candidate confesserait du bout des lèvres, attâchée à incarner le renouvellement. "Sa personnalité rayonnante et singulière rémunérerait la fierté légitime de Parisiens en deuil de l’ère chiraquienne", écrivait ce proche de l'ancien président. En faisant le lien NKM/Chirac, il plaidait la cause de la candidate UMP auprès de l'électorat de la droite traditionnelle, mais en se référant à un âge d'or du chiraquisme, c'était un argument de campagne qu'il offrait à NKM.

Rassurer la droite tradi et évoquer l'âge d'or, c'était le sens du soutien de Bernadette Chirac exprimé en mai dernier au moment de la primaire UMP. Un soutien qui devait être réitéré ce jeudi mais qui a été annulé en raison de la suspension de la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet pour raisons familiales. Mais le message chiraquien de Bernadette se brouille avec son soutien sans faille à Nicolas Sarkozy.

Il est peu vraisemblable qu'à l'exemple de la présidentielle de 2012, Jacques Chirac proclame qu'il va voter pour Anne Hidalgo. Mais une déclaration publique en faveur de NKM semble tout aussi inimaginable. 

Et faute de prise de position claire, les héritiers politiques de l'ancien maire de Paris  peuvent revendiquer chacun leur brevet de chiraquisme qui est certes un humanisme mais pas une doctrine politique.

[Ajout Vendredi 29 novembre, 17h]

Et si l'héritier de Jacques Chirac à Paris était Pierre-Yves Bournazel ? Le porte-parole de la campagne de NKM n'hésite pas à glisser un message politique à l'occasion d'un tweet de bon anniversaire.






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