Indre : la commune qui prouve que Manuel Valls se trompe avec les Roms

La question Rom à Indre ne fait plus débat, le maire et la population sont convaincus d'avoir permis l'intégration de ces familles arrivées là en 2009, sans angélisme, tout le monde a pris la question a bras le corps, Jean-Luc Le Drenn annonce même sa candidature aux prochaines municipales

  • Par Christophe Turgis
  • Publié le , mis à jour le

Notre reportage

Sur place le reportage de Céline Dupeyrat, Vincent Raynal et Sophie Goubil.

L'histoire

Jean-Luc Le Drenn dans le bureau de sa mairie d'Indre n'en revient pas. Lui qui se situe à la gauche du PS et gère la commune avec un conseil municipal d'union à gauche depuis 2007 trouve le discours du ministre de l'intérieur choquant. "Une infime minorité est intégrable, les autres doivent être reconduits à la frontière..."

Avec des propos similaires dans la bouche de Nicolas Sarkozy en 2008, il y avait 7 ou 8000 personnes dans les rue à Nantes" !


À Indre, lorsque les familles Roms sont arrivées en novembre 2009, expulsées manu militari des communes voisines de Nantes ou de Saint-Herblain, personne ne s'est dit qu'il fallait qu'ils partent. Là, tout de suite. Au contraire, habitants et élus se sont mis d'accord pour accueillir ces nouveaux habitants. Dans leurs caravanes précaires. Les enfants ont été scolarisés systématiquement. 10% d'effectifs en plus dans les classes communales ! Désormais ils parlent tous français sans accent. Les plus âgés sont scolarisés au lycée...
Jean-Luc Le Drenn, maire d'Indre en Loire-Atlantique, il a en 2009 fait le choix avec les habitants d'intégrer les familles Roms © Christophe Turgis

© Christophe Turgis Jean-Luc Le Drenn, maire d'Indre en Loire-Atlantique, il a en 2009 fait le choix avec les habitants d'intégrer les familles Roms



Une aventure collective

Des 50 familles arrivées sur le bord d'un chemin des bords de Loire, 5 sont restées à Indre, acceptant une forme de contrat avec les habitants de la commune. Les autres ont été accueillies dans des conditions similaires dans plusieurs communes de l'agglomération nantaise ou du département. Jean-Luc Le Drenn :

On a pas fait d'angélisme avec ceux qui ne se tenaient pas tout à fait correctement avec les habitants ou les règles élémentaires en société... On leur a dit : c'est soit la route, soit vous rentrez dans les clous" !







Les habitants ont fait des efforts, regroupés dans une association pour aider les familles dans leur installation, leur recherche d'emploi. "Les Roms n'ont pas la culture de l'écrit, il faut leur rappeler les règles de la ponctualité, du respect d'une prise de rendez-vous, précise Lucie une jeune étudiante en philosophie, qui accompli son service civique avec l'association Romsi. Pour : Rencontres, Ouverture, Métissage, Solidarité à Indre. La jeune femme est présente dans le village de la solidarité en fin d'après-midi au moment où les enfants rentrent de l'école.

L'école, Jean-Luc Le Drenn a dû à plusieurs reprises insister auprès des familles pour quelles comprennent bien que, en France l'école est obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans... mais que c'est tout les jours du calendrier scolaire et pas seulement quand on en a envie... ! Monsieur le maire n'a pas transigé, les parents ont compris. Car les gosses reviennent avec des appréciations qui les valorisent.
Les enfants d'Anita sont à l'école, son mari travaille dans le BTP, sous le petit auvent, elle pétrit sa pâte à pain. Indre le 30 septembre 2009 © Christophe Turgis

© Christophe Turgis Les enfants d'Anita sont à l'école, son mari travaille dans le BTP, sous le petit auvent, elle pétrit sa pâte à pain. Indre le 30 septembre 2009



L'argent, un problème, oui et non

Viviane Reding ,la commissaire européenne réagissant aux propos de Manuel Valls la semaine dernière indiquait que 50 milliards d'euros étaient disponibles pour l'intégration des populations en Europe.

L'Europe ? 50 milliards d'euros ? Je sais pas où ils sont ! Qu'est-ce qu'on en fait ? Si on en avait un peu, on serait ravis. Là bas on voit rien arriver, et ici non plus" !


Pour installer les 5 familles à deux pas de la mairie, la commune a fait l'achat de mobil-homes d'occasion. 17 000 euros. Pour les louer. Et comme pour tout locataire, chaque famille paye chaque mois un loyer et des charges. 150 à 200 euros. Nantes Métropole a réalisé les travaux de terrassement et la viabilisation du village. "Comparé au budget du centre communal d'action sociale qui est passé de 80 000 à 110 000 euros depuis 2009, on ne s'est pas ruinés. Nous faisons une demande d'aide à l'Europe... ça va bientôt nous coûter aussi cher en frais de montage du dossier" ! 


Cause commune

Sophie Averty est réalisatrice de films documentaires. Et, elle habite Indre. La question des Roms l'a intéressée, plus encore la motivation incroyable des habitants. Elle est revenue sur les traces du campement sauvage. Elle a rencontré les habitants et les familles. De son travail de cinéaste, est né "Cause commune" l'histoire en marche de l'intégration de familles Roms venues trouver ici une vie meilleure. Une vie qui commence à se normaliser, des enfants à l'école, un papa qui travaille dans une entreprise de BTP... Loin des clichés véhiculés par les extrémistes de tous poil.

cause commune

documentaire réalisé à Indre avec la population et les Roms par Sophie Averty


Cause commune sera projeté prochainement au cour du mois du documentaire dans 31 communes de Bretagne et à Nantes au cinéma le Dix le 8 octobre.
vers la page des Ateliers du Doc

À deux pas de la mairie d'Indre, le village de la solidarité où vivent 5 familles Roms avec le soutien des habitants de la commune © Christophe Turgis

© Christophe Turgis À deux pas de la mairie d'Indre, le village de la solidarité où vivent 5 familles Roms avec le soutien des habitants de la commune

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