La Roche-sur-Yon : relaxe pour le producteur de foie gras Ernest Soulard

Le foie gras, du rayon frais du supermarché aux tables les plus étoilées, c'est d'abord un gavage industriel d'animaux en cage / © L214
Le foie gras, du rayon frais du supermarché aux tables les plus étoilées, c'est d'abord un gavage industriel d'animaux en cage / © L214

Le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon a relaxé jeudi le producteur de fois gras vendéen Ernest Soulard, qui était poursuivi pour "actes de cruauté" par une association militant contre le gavage

Par Christophe Turgis

Ce jugement est conforme aux réquisitions du ministère public, qui avait estimé le 22 janvier qu'il n'y avait "pas d'élément suffisant" pour condamner la société Ernest Soulard, basée dans la commune de L'Oie (Vendée) et fournisseur de grandes tables parisiennes, dont le Fouquet's et le George V.

La société était poursuivie sur citation directe - une procédure sans enquête de police, où le tribunal juge sur les pièces produites par les parties - par l'association de défense des animaux L214, pour "sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux" et pour "mauvais traitements envers un animal".
L'association anti-gavage avait mis en ligne en octobre 2013 sur son site internet une vidéo dénonçant les conditions de gavage dans des fermes sous contrat avec la société Ernest Soulard, où on voyait des canards cantonnés dans des cages individuelles, ne pouvant pratiquement pas bouger, et des animaux agonisant.

A la suite de cette diffusion, de grands chefs, dont le multi-étoilé Joël Robuchon, mais aussi le Britannique Gordon Ramsay, avaient décidé de suspendre leurs approvisionnements chez le producteur vendéen.

"Je suis extrêmement satisfait puisque la société Ernest Soulard a été mise totalement hors de cause. Il a été démontré que les images qui ont fait grand bruit sur Internet étaient falsifiées (...) donc justice est rendue", a réagi peu après le prononcé du jugement le directeur général de l'entreprise, Roland Tonarelli, remerciant "tous (les) clients qui nous ont soutenu pendant cette période un peu délicate".
"Même si certains peuvent ne pas être d'accord avec cette méthode de production, pour autant (le gavage) est quelque chose de tout à fait légal (...) Le bien-être de l'animal, c'est notre métier, c'est aussi notre raison d'être. Un animal en bonne santé fait un bon produit", a-t-il ajouté.

"C'est une décision décevante (...) Mais ce n'est qu'une étape dans le long processus de la prise en compte de la souffrance animale et de l'interdiction du gavage qui en découlerait. C'est une défaite ponctuelle qui ne présage pas de l'avenir", a pour sa part déclaré l'avocate de L214, Me Hélène Thouy.

La porte-parole de l’association L214, Brigitte Gothière ajoute : "Le 28 janvier, une semaine après l'audience du procès, le législateur rajoutait l’article 515-14 au code civil : "Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité".. Il faudra encore du temps pour que cette nouvelle déclaration soit prise au sérieux dans la pratique. Dans les élevages, les animaux sont rétrogradés au rang des choses et toujours considérés comme de vulgaires machines à produire. Quand il s’agit de protéger des intérêts particuliers, les animaux peuvent bien souffrir en silence, ils ne comptent pour rien. L’indifférence des institutions françaises envers les animaux est exaspérante. Le gavage a déjà été condamné dans d’autres pays et il est interdit pour cruauté dans de nombreux États. Ce procès était une première en France, où la contestation du foie gras gagne du terrain. C’est une étape et comme toutes les luttes pour l’émancipation, des intérêts contraires s’opposent aux avancées qui sont pourtant inéluctables. Un jour, en France aussi, on regardera l’alimentation forcée des animaux comme une pratique barbare à ranger au musées des horreurs. Nous allons continuer notre travail de lanceur d’alerte".

avec AFP

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