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Chaval, danger d'explosion
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DOCUMENTAIRE. Chaval, danger d'explosion de Marc Large. A voir lundi 2 février

Chaval, danger d'explosion, le documentaire qui raconte le dessinateur
Chaval, danger d'explosion, le documentaire qui raconte le dessinateur

Chaval n'est pas un dessinateur banal, sa vie et son oeuvre non plus. Le raconter, c'est accepter de voyager en dessins, de rire de tout malgré nous. Il méritait bien un documentaire pour mieux le comprendre. À voir ce lundi 2 Février en seconde partie de soirée.

Par Christophe Zirnhelt / éditing CB

Chaval occupe une place à part dans l'histoire de la caricature du XXé siècle. Il était fier d'être novateur, de bousculer les habitudes en imposant le dessin sans légende.

►Extrait

Son trait de crayon est unique, comme l'est son humour. Ni décalé, ni dans l'air du temps, Fellini mais aussi Céline ou Cocteau ont salué son talent. Cocteau avec cette phrase devenue célèbre : 

Vous êtes singulier comme d'autres sont pluriels 

Ceux qui l'on connu et cotoyé disent de lui qu'il était irrésistible. Comment expliquer une personnalité si complexe ? Sa vie aura été un voyage au bout de lui-même.

Le 22 janvier 1968, à Paris, alors qu'il décide de mettre fin à ses jours, il accroche sur la porte de son appartement un écriteau sur lequel on peut lire ces mots : 

Atttention, Danger d'explosion

Lui qui aimait se revendiquer anarchiste n'a pas pris le temps d'attentre le mois de mai.

Il a dit : 

Si mes dessins sont meilleurs ques les autres, c'est qu'ils vont jusqu'au bout. Mais ils vont jusqu'au bout parce que j'y vais moi-même, et que je me détruis aussi.

© DR
© DR

Chaval ne fut pas toujours Chaval. Il est né Yvan le Louarn en 1915 à Bordeaux dans une famille qu'il décrit comme mi-bougeoise, mi-noble, dans laquelle, écrit-il, il y avait un peu de tout : des militaires, des imbéciles, c'étaient souvent les mêmes. Le sens de la famille n'est pas développé chez lui.

Il rêve de rentrer comme technicien chez Gaumont pour faire du cinéma, mais il était trop jeune, alors il s'est inscrit aux Beaux Arts de Bordeaux. C'est là qu'il s'initie au dessin ou la gravure. Son humour pince sans rire, souvent décapant se retouve dans des films qu'il réalise. Son ambition de devenir cinéaste n'est en rien gommée par la pointe de son crayon aussi acerbe fut-elle. 

Le dessin... le cinéma... un choix impossible et puis au fond pourquoi choisir ? Le jeune Yvan aime aller au cinéma, faire de la photo et tourner des films avec une caméra Pathé-Baby. Pour lui, Buster Keaton, Chaplin, Laurel et Hardy ou encore Pierre Etaix sont indépassables.

Il dessine aussi, beaucoup, énormément, passionnément. Bien-sûr au début le trait est moin assuré qu'il ne le sera pas la suite. Alors, il demande à son grand-père de l'aider parfois et lui commande de dessiner des enterrements gais. Il cherche à déclencher des rires. 

Un documentaire de 52 mn pour raconter une vie 

Sud-Ouest, France Dimanche, Samedi Soir, Paris-Match, Le Figaro, Hara-Kiri, Le Rire, Le Nouvel Observateur... La liste des collaborations de Chaval est longue.

Le dessinateur se rêve un destin de cinéaste, c'est pourtant le dessin qui lui apporte la notoriété. Il aurait sûrement aimé apprendre qu'un documentaire raconte sa vie, ses vies. Mieux, il aurait apprécié que ce film fut réalisé par un autre dessinateur car avant cette date tragique du 22 janvier, Chaval a vécu, et de quelle manière ! 
 

C'est à Marc Large, dessinateur dans Sud-Ouest lui aussi, à qui la productrice Martine Vidalenc (Marmita Films) a confié la réalisation du documentaire qu'il a écrit avec la complicité de Madeleine Debras
 
© Christophe Z
© Christophe Z

Marc Large est auteur, dessinateur de presse, de bande-dessinée, réalisateur, écrivain... Il a passé les six premières années de sa vie en Afrique, avant d'arriver dans les Landes où très vite il a aimé l'association de dessin et de l'humour. La suite ? Il la dessine encore chaque jour.

Son intérêt pour Chaval est d'abord passé par des aprioris, puis petit à petit, la fascination est arrivée. Il a d'abord souri, puis ri, souvent puis de plus en plus régulièrement en regardant les dessins de celui qui allait prendre une place importante pendant quelques mois dans sa vie de réalisateur. Il fallait le temps nécessaire pour que les deux s'apprivoisent. 
 

Madeleine Debras est auteure et vit en Gironde. Elle compare le trait de Chaval à celui qu'elle a découvert concomittament dans les grottes de Lascaux. Autant dire que son admiration pour le dessinateur est totale. Elle raconte que la découverte de l'oeuvre de Chaval a fait voler en éclat l'image de Bordeaux, sa ville réputée bourgeoise et classique par le trait génial de cet humoriste. 

La connaisance du dessin de l'un, la passion pour l'oeuvre de Chaval pour l'autre. Au final un documentaire très artistique pour raconter un homme, sans concession, sans tabou.
C'est la voix de Daniel Prévost qui nous entraine de dessin en dessin dans l'oeuvre de celui qui regardait le monde avec un regard que personne n'avait osé assumer avant lui dans cet art qu'est la caricature. 

Des dessins sans légende  

Geluck, Jean-Michel Ribes et d'autres encore admirent cette capacité à dire sans écrire, à raconter sans légender. L'un des dessins préférés de Madeleine Debras représente un clown au visage d'une tristesse absolue. Il porte deux valises qui semblent aussi lourdes que son désarroi.Il resdescend un chemin de montagne. Derrière lui, une pancarte qui indique une direction opposée à celle qu'il fuit et sur laquelle sont inscrits ces mots : Cirque de Gavarnie. 

Un autre dessin représente un couple relativement agé. Ils visitent un parc zoologique et sont arrêtés devant la fosse aux grands singes. Ce qui ressemble à une femelle gorille tient contre elle un bébé qui tend les bras vers le monsieur à la mine déconfite et surprise. L'humour de Chaval est à son extrême lorsque notre regard se pose sur le visage de la femme à ses côtés qui pose sur son mari autant de questionnement que d'incompréhension. 

Chaval c'est cela. La dérision et l'interprétation qui est la nôtre, car il ne nous impose rien. Il avait une relation à la vie qui n'était jamais loin d'une relation à la mort ou à la fin de vie. On le comprend bien lorsque l'on voit un homme qui regarde une vitrine de pompes funèbres, le nom de ce magasin pas comme les autres ? A quoi bon vivre !!