3 octobre 2015 : un orage meurtrier accompagné de pluies diluviennes d'une rare intensité s'abattent sur les Alpes-Maritimes. Les habitants de Cannes, Mandelieu-la-Napoule, Valbonne, Antibes où encore Biot vivent une nuit pour certains d'horreur. Des niveaux d'eau record et un bilan dramatique : 21 personnes sont décédées, 65.000 furent sinistrées et 605 millions d’euros de dégâts matériels chiffrés. Au-delà du choc, se pose la question de la mémoire et de la reconstruction.

Nuit du 3 octobre 2015 : le déluge s'abat sur la Côte d'Azur

Images extraites de "Côte d'Azur: catastrophe en terre inondable", un documentaire inédit suivi d'un débat. A revoir ici.

Extrait du documentaire "Côte d'Azur: catastrophe en terre inondable"

 

Le jour d'après : stupeur et désolation

Au petit matin, une partie de la Côte d'Azur est dévastée. Sous un soleil cru, le spectacle de désolation s'impose.
Le bilan de cette nuit est dramatique.

21 personnes ont perdu la vie au cours de cette nuit du 3 au 4 octobre 2015.

- Reportage réalisé le 4 octobre par Nathalie Layani :

Les événements de la nuit

La commune de Mandelieu-la-Napoule est la plus endeuillée. Huit personnes y sont mortes dans les parkings souterrains de deux résidences, vraisemblablement en tentant de sortir leurs voitures pour les mettre à l'abri.

Les voisins s'en souviennent encore un an après :

Nuit du 3 octobre 2015 : le déluge s'abat sur la Côte d'Azur

Denis Ginette, pésident de la coproprié "Cap vert" à Mandelieu-La-Napoule. Une personne rencontrée dans le cadre du documentaire "Côte d'Azur: catastrophe en terre inondable".  -  JB Vitielllo, Frédéric Tisseaux, Céline Espanol

En l’espace de 2 heures, la nature a cassé des maisons, détruit des entreprises comme la traditionnelle Verrerie de Biot, brisé des vies, balayé des paysages et aussi des souvenirs.
Ceux de cette nuit d'octobre 2015, restent eux bien présents un an près.

"J'ai vu la mort de très très près... J'ai crié au secours, au secours..."

Nuit du 3 octobre 2015 : le déluge s'abat sur la Côte d'Azur

Yvette Dejoynnet, réside à Biot. Une personne rencontrée dans le cadre du documentaire "Côte d'Azur: catastrophe en terre inondable".  -  JB Vitiello, Frédéric Tisseaux et Céline Espanol

 

Photo prise à Cannes le 4 octobre © Maxppp

 

Comprendre le phénomène

Ces lames d'eau, exceptionnelles en un si court laps de temps et pour ce secteur de la Côte d'Azur, ont généré des crues extrêmement rapides de fleuves côtiers. La Brague par exemple prend sa source près de Grasse et rejoint la mer au niveau d'Antibes. Ce petit cours d'eau de 21 km de long a un bassin versant étroit et de petite taille.

L'ensemble du bassin versant a reçu 100 à 200 mm de pluie en 2 heures, ce qui a généré une crue exceptionnelle.

C'est le 3e cas de figure de cette démontration qui s'est déroulé sur les Alpes-Maritimes :

Des millions de mètres cube d'eau en 2 heures. L'épisode pluvieux de cette nuit d'automne était certes exceptionnel, mais l'urbanisation frénétique sur la Côte d'Azur a aggravé les conséquences de ce phénomène météorologique historique. Le béton est là. Il faut gérer le risque qu'il amplifie.

- Un reportage de Nathalie Jourdan réalisé en octobre 2015 :

 

65.000 sinistrés enregistrés par les compagnies d'assurance

Dans les mois qui suivent, le bilan économique ne cesse d'évoluer.
Au total, les assureurs ont enregistré 65.000 sinistres repartis ainsi :
  • 60% concernant des biens de particuliers (notamment les habitations)
  • 27% des automobiles (17.000 véhicules endommagées)
  • 13% des biens de professionnels, ces derniers comptant pour presque la moitié de la charge totale des sinistres.
- Reportage réalisé en avril 2016 :
Les inondations sur la Côte d'Azur ont couté 605 millions d'euros

Le coût définitif des dommages matériels causés par les inondations meurtrières du 3 octobre sur la Côte d'Azur s'élève à 605 millions d'euros, a indiqué vendredi le président de l'Association française de l'assurance Bernard Spitz.

Les communes de Cannes (205 millions d'euros de dommages) et de Mandelieu-La Napoule (80 millions d'euros) concentrent à elles seuls presque la moitié des dommages, sur les 24 communes qui ont été déclarées en état de catastrophe naturelle.

En avril dernier, les assureurs indiquaient que 96 % des sinistres étaient d'ores et déjà été réglés".


La loi impose en effet aux assureurs de rembourser dans les trois mois qui suivent la constitution du dossier.

Et aujourd'hui ?

Un an après la catastrophe, la population se pose beaucoup de questions sur ce qu’il s’est réellement passé.

Plusieurs plaintes contre X  ont été déposées pour homicide involontaire. Le parquet de Grasse par exemple, mène l’enquête pour essayer de déterminer les responsabilités dans la mort de huit personnes qui ont péri noyées dans des garages de résidences à Mandelieu-La Napoule.
Enquête est aussi ouverte pour comprendre pourquoi trois pensionnaires d’une maison de retraite à Biot ont perdu la vie :

- Reportage réalisé en mars 2016 :
Une famille porte plainte suite aux inondations

En octobre dernier, ils ont perdu leur grand-mère dans les terribles inondations. Ils portent plainte.

Le hameau fantôme 

Des familles sinistrées sont aujourd'hui encore en attente de solutions. Les habitants du quartier du Carimaï au Cannet Rocheville n'ont pas pu retrouver leur maison, leurs biens. Déclaré trop dangereux, les maisons ont été murées.
Nuit du 3 octobre 2015 : le déluge s'abat sur la Côte d'Azur

Patricia Girault, ancienne habitante du quartier du Carimaï au Cannet (06). Une personne rencontrée dans le cadre du documentaire "Côte d'Azur: catastrophe en terre inondable".  -  JB Vitiello, Frédéric Tisseaux

L'idée d'une nouvelle inondation préoccupe fortement les Azuréens.
Si les événements d'octobre dernier ont révélé une grande solidarité, certaines victimes sont toujours en difficultés. Si des travaux de dégagements des cours d'eau et des travaux ont été réalisés pour sécuriser des sites, ils risquent de ne pas suffire. Si des mesures d'alertes et des campagnes de sensibilisation aux bons gestes voient maintenant le jour, il faut pour les populations les intégrer.

Le quartier du Carimaï au Cannet est aujourd'hui surnommé le hameau fantôme

Le hameau du Carimaï, quartier fantôme de la commune du Cannet. © France 3 Côte d'Azur