Des pêcheurs tunisiens veulent bloquer le navire de militants anti-migrants

Le groupe d'extrême droite a publié sur son compte Facebook des clichés du bateau C-Star, affrété pour naviguer au large de la Libye. / © Facebook Génération identitaire
Le groupe d'extrême droite a publié sur son compte Facebook des clichés du bateau C-Star, affrété pour naviguer au large de la Libye. / © Facebook Génération identitaire

Des pêcheurs tunisiens ont promis dimanche 6 août de bloquer l'éventuel accostage d'un bateau affrété par un groupe niçois d'extrême droite dans le port de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie.

Par Pierre-Olivier Casabianca


Le C-Star, navire de 40 mètres loué par le groupe d'extrême droite "Génération identitaire" et qui veut repousser les embarcations de migrants vers l'Afrique, a croisé dans les eaux libyennes samedi 5 août où des dizaines de milliers de migrants voulant gagner l'Europe à bord d'embarcations de fortune, envoyées en mer par les passeurs, ont été secourus ces dernières années.

Il poursuivait dimanche 6 août sa route au large de la Tunisie. En cas d'approche du navire vers le port de Zarzis, "nous allons fermer le canal
qui sert au ravitaillement. C'est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d'Africains
" en mer, a toutefois indiqué à l'AFP le président de l'Association des marins pêcheurs, Chamseddine Bourassine. "Comment? Nous, laisser entrer des racistes ici? Jamais", a de son côté dit à l'AFP un responsable du port de Zarzis sous le couvert de l'anonymat.
Vendredi 4 août, l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) s'est dite opposée à ce que le C-Star "accoste dans les ports tunisiens" et a appelé "le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux".


Coup de publicité dangereux

Le C-Star et sa mission "Défendons l'Europe" ont été financés grâce à une campagne participative lancée par des militants anti-immigration français, allemands et italiens. Le bateau avait d'abord été retenu pendant une semaine dans le canal de Suez, par les autorités égyptiennes à la recherche d'armes. Il avait ensuite accosté dans le port chypriote turc de Famagouste où le commandant et les membres de l'équipage avaient été interpellés, soupçonnés de faux et usage de faux, selon le quotidien chypriote Kibris Postasi, avant d'être relâchés.

Plusieurs personnes de l'équipage étranger à bord avaient alors déposé une demande d'asile en Europe, d'après Kibris Postasi - exactement ce que la mission "Défendons l'Europe" tente pourtant d'éviter. Le navire avait finalement quitté Chypre le 1er août et mis directement le cap sur la Libye, abandonnant l'idée d'effectuer toute escale en Grèce et en Sicile, où les autorités se montraient inquiètes d'éventuelles manifestations.

Sur son site internet, le groupe de militants d'extrême droite accuse les ONG de "faire passer clandestinement des centaines de milliers de migrants illégaux en Europe" et promet de "faire quelque chose pour s'y opposer". Leur initiative a été dénoncée par les organisations humanitaires comme un coup de publicité potentiellement dangereux.


Samedi 4 août, le bateau a suivi parfois à seulement quelques centaines de mètres le navire Aquarius, affrété par les ONG françaises SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), au large des côtes libyennes.

Forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye serait illégal, selon le droit maritime international.
Les navires affrétés par les ONG ont aidé environ un tiers des quelque 100.000 personnes secourues cette année au large de la Libye et convoyées vers l'Italie, selon les garde-côtes du pays. Dimanche, l'Aquarius et MSF ont participé au sauvetage d'une centaine de personnes à bord d'un canot pneumatique.

Mais certains reprochent aux ONG de faciliter le travail des passeurs en garantissant un passage en toute sécurité vers l'Europe.
L'Italie a averti jeudi 3 août les ONG secourant les migrants en Méditerranée centrale qu'elles ne pourraient pas poursuivre leur mission si elles ne se conformaient pas à un "code de conduite" élaboré par Rome.
L'Italie avait saisi la veille le bateau d'une ONG allemande, le "Iuventa", dont l'équipage est soupçonné d'avoir adopté des "comportements favorisant l'immigration illégale".

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