Marseille : une femme violée en pleine rue selon plusieurs témoins, un marginal arrêté

Le gyrophare d'une voiture police. (Image d'illustration) / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Le gyrophare d'une voiture police. (Image d'illustration) / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Une femme aurait été violée dimanche à Marseille en pleine rue dans le quartier des Réformés. Une témoin dénonce cet acte de viol sur sa page Facebook. Les policiers ont arrêté un suspect. 

Par Jacques Paté / Marie Bail

Un SDF en d'état d'ivresse est soupconné d'avoir violé une femme en pleine rue à Marseille dimanche vers 16h. Plusieurs personnes ont été témoins et racontent la scène sur Facebook. Les faits se seraient déroulés dans le quartier des Réformés (1er arrondissement de Marseille). Les clientes du bar Les Danaïdes, Marguerite, Sophia et Elvire, surprennent un marginal en train de violer une femme allongée sur un matelas. 


Marguerite Stern est travailleuse sociale. Jointe par téléphone, elle nous explique qu'elle voit d'abord l'homme essayer d'embrasser une femme allongée sur un matelas. Interrogée, Marguerite se lève car la femme ne bouge pas et ne semble pas consciente. 

"Tous les clients du bar ont aussi commencé à se lever quand ils se sont rendu compte de ce qui se passait, et un serveur a même balancé des verres au visage de l’agresseur avant qu’il prenne la fuite". Lorsqu'elle arrive près des deux sans-abris, l'homme se retourne, se rhabille dans la préciptation et part en courant.

 

Il avait l'air clairement conscient de faire quelque chose de mal

La victime  "a remonté son jean d’un mouvement de main, comme un réflexe et est retournée à son coma". Les trois jeunes femmes tentent ensuite de communiquer avec elle et appelent les secours, choquées. La police arrive une dizaine de minutes plus tard. Marguerite et ses amies tentent d'expliquer à la victime qu'il faut porter plainte, qu'un examen médical est nécessaire après ce qu'elle a subi, et aussi, juridiquement pour qualifier l'agression en tant que viol. 
 

Cette femme était touchante. Elle ne pouvait pas bien parler, la communication était difficile mais elle a fait allusion à des agressions similaires qui lui étaient déjà arrivé.

En France, deux SDF sur cinq sont des femmes mais leur situation est souvent plus précaire et dangereuse que celles des hommes: agressions répétées, viols, invisibilité...  "Cela pose la question des conditions dans lesquelles vivent les femmes dans la rue", nous explique Marguerite.

La police a interpellé l'individu, peu après, dans une rue voisine. La victime aurait passé le contrôle médical mais depuis la police est sans nouvelles. 

Début de polémique 


 "Lorsque nous sommes témoins d’une agression, il faut réagir, même si parfois c’est compliqué. Il en va de notre responsabilité collective et individuelle", écrit Marguerite, militante féministe. Elle estime par ailleurs que policiers et pompiers ont eu une attitude "incorrecte" avec la victime du viol: "Je trouve qu'ils auraient pu avoir plus de douceur, de dialogue et d'empathie. Ils étaient comme agaçés par le comportement de cette femme. Mais ce n'est pas rien ce qui lui est arrivé", s'insurge-t-elle. 

Selon elle, la victime aurait été embarquée sans ménagement par les secours qui auraient utilisé des propos déplacés. Une version contestée aussi bien par les marins-pompiers que par la police de Marseille. Depuis, le suspect a été présenté devant un juge et écroué.

Les trois amies sont bouleversées. "C'est incroyable de se dire qu'un viol peut avoir lieu devant nous sur la place publique en plein après-midi". Cela remet en question, à nouveau, les mythes qui entourent les viols et les agressions sexuelles: "cela n'arrive pas toujours la nuit dans une ruelle sombre à 3h du matin".

Selon les chiffres du gouvernement, chaque année ce sont 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de viols ou de tentatives de viol. Il s’agit d’une estimation minimale. Dans 90% des cas, ces agressions ont été perpétrées par une personne connue de la victime. Dans 37 % des cas, c’est le conjoint qui est l’auteur des faits.

Selon une étude de l'Insee, en 2012 la population féminine sans-abris à Paris était davantage représentée dans les hébergements en chambres d’hôtel (67 %) et en logements (58 %) et beaucoup moins parmi les personnes qui vivent dans la rue (2 %). Pourtant elles restent la proie de nombreuses agressions. 

Le texte de Marguerite Stern

CI A EU LIEU UN VIOL.
Aujourd'hui, mes amies Sophia Lilya Hocini, Elvire Duvelle-Charles et moi même, buvions un verre à Marseille, sur les terrasses des Réformés. Un mec très chiant, probablement sans domicile fixe, avec une canette de bière à la main et un petit chien beige qui le suivait, a commencé à faire trop de bruit et à taper un scandale au serveur qui voulait le dégager. Il n'avait pas l'air bien. À un moment, il s'est même mis à pleurer. J'ai eu de la peine pour lui. Et deux minutes plus tard, il violait une femme.
Je tiens à raconter ce qui s'est passé, mais j'ai du mal à l'écrire, tellement je suis encore choquée.
C'est Elvire qui a remarqué qu'il se passait quelque chose d'anormal : l'homme était allongé sur la femme, et faisait des mouvements de va et vient. Si elle n'avait pas prêté trop d'attention à cette scène qui ressemblait au premier abord à une "simple" exhibition sexuelle, elle n'aurait pas remarqué que la femme semblait inconsciente. Elvire m'a raconté après que c'est lorsqu'elle a prononcé le mot "viol" que je me suis levée. Je me suis levée, et je suis allée voir de près le visage de cette femme dont les yeux étaient fermés. Je ne me rappelle plus de ce que j'ai dit au violeur qui s'est enfui. Je me rappelle seulement de son regard et de son sexe en érection. La bite d'un violeur. La femme a remonté son jean d'un mouvement de main, comme un réflexe et est retournée à son coma. J'ai essayé de la réveiller, mais en vain. Mon amie Sophia m'a rejoint, j'ai composé le 18, et je lui ai tendu le téléphone pour qu'elle parle aux pompiers. Ils sont arrivés très vite, et on réveillé la victime. On s'est accroupies pour lui parler, pour lui raconter ce qu'on venait de voir, pour lui dire que les pompiers étaient là et que c'était pour son bien, parce qu'on pensait qu'elle avait besoin d'assistance. Elle ne se souvenait pas de la pénétration, mais seulement du fait que le mec avait essayé de l'embrasser. Dans ses propos, on a compris que ça n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Quand on lui a dit que ce que cet homme avait fait était un crime puni par la loi et qu'il pouvait être emprisonné pour ça, elle a répondu "ben alors y en a d'autres qui devraient aller en prison". On a essayé de la convaincre de porter plainte, et de suivre les pompiers qui pouvaient l'emmener à l'hôpital pour qu'elle voit un médecin qui pourrait attester du viol. Elle était décalquée, choquée.
La police est arrivée, et après nous avoir écouté, elle a lancé des patrouilles de recherches dans le quartier. Elle a ramené le mec vingt minutes plus tard, et nous avons pu le reconnaitre, nous trois et les serveurs du bar.
Entre temps, la femme a été embarquée de force comme si c'était elle la coupable, parce que le violeur avait été retrouvé. Je pense qu'il a été décidé de l'embarquer à la fois parce que son agresseur a été retrouvé rapidement, mais aussi parce qu'elle a émis le souhait de porter plainte le lendemain, "après avoir pris une douche". C'était "une violence nécessaire" a dit Elvire, et c'est vrai, mais une violence quand même. L'un des pompiers a dit que si elle ne consentait pas, elle allait "se prendre une piqûre dans les fesses et voilà". Heureusement pour cette femme qu'elle ne l'a pas entendu. Je ne m'étendrais pas sur la façon dont on l'a embarqué, mais je tiens quand même à souligner qu'il n'y a rien de nouveau sous les cocotiers : la façon dont on traite les femmes victimes de violences sexuelles est toujours aussi inappropriée.
Même nous, féministes, nous avons été surprises, nous avons mis un moment à réaliser qu'un viol était en train de se produire silencieusement sous nos yeux, sur la place publique, en pleine après-midi, alors qu'on étaient tranquilles, calées à la terrasse d'un café populaire.
Depuis que ce viol a eu lieu jusqu'au moment où j'ai décidé de le raconter sur Facebook, des dizaines de femmes en France ont subi la même chose. La majorité ne porteront pas plainte, et seule une infime minorité des agresseurs qui seront entendus par un juge seront condamnés. Lorsque nous sommes témoins d'une agression, il faut réagir, même si parfois c'est compliqué. Il en va de notre responsabilité collective et individuelle.
nb : je précise que tous les clients du bar ont aussi commencé à se lever quand ils se sont rendus compte de ce qui se passait, et qu'un serveur a même balanc

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