La rocade L2 de Marseille ouvrira partiellement ce mardi à 6 heures . Elle reliera l’autoroute A7 des Arnavaux à l’A50. Pour quelques mois encore, elle reste fermée du côté de l’échangeur Florian,pour ne pas surcharger le secteur du Merlan déjà saturés par les travaux.
Les Marseillais l’attendent depuis plus de 30 ans. Maintes fois retardé, son premier tronçon devait enfin être mis en service cet été, mais le préfet des Bouches-du-Rhône, Stéphane Bouillon, a refusé de réceptionner les travaux. Il les juge non conformes aux normes de sécurité.
►Notre grand format revient sur un chantier colossal qui déchaîne les passions depuis 80 ans.

© Maxppp
© Maxppp

 

Ouverture partielle

Son ouverture était prévue le 7 juillet dernier. Et une fois encore elle s'est fait attendre. Cette L2, qui doit mettre un terme au cauchemar des embouteillages marseillais. Las, la livraison du tronçon Est de la rocade de contournement de Marseille, entre l’échangeur Florian sur l’autoroute A50 et celui de Frais Vallon, a été une nouvelle fois repoussée.

Le préfet des Bouches-du-Rhône, avait exigé des travaux supplémentaires pour des questionq de sécurité. Stéphane Bouillon avait noté 352 « réserves » dont certaines qu’il jugeait « bloquantes ». Par ailleurs, des analyses sur la pollution et le bruit devaient être également menées.

La société de réalisation de la L2 (SRL2) a donc revu sa copie et ce mardi 29 novembre à 6 heures, les premiers automobilistes s'élanceront sur le bitume tout neuf de l'autoroute urbaine, où à terme, entre 85.000 et 115.000 véhicules devraient circuler chaque jour pour éviter les bouchons du centre-ville.

Mais dans un premier temps, un seul sens de circulation est ouverte. L'entrée du côté de l'échangeur Florain reste fermée.


Un serpent de mer

Marseille a la particularité d’être adossée aux collines d’un côté et d’être bordée par la Méditerranée de l’autre. Cette contrainte géographique a limité les choix de tracés possibles quand il s’est agi de prévoir le contournement du centre-ville pour des voitures toujours plus nombreuses, en reliant entre elles les autoroutes qui pénètrent jusqu’au cœur de la ville depuis les années 50.

La L2 est restée dans les cartons pendant plusieurs décennies. Il s’est écoulé 32 ans entre la reconnaissance d’utilité publique du tronçon Est en décembre 1992 et la relance des travaux en juillet 2014 après la signature d’un partenariat public-privé (PPP) avec le groupe Bouygues.

Mais le projet est en fait beaucoup plus ancien. Il trouve son origine dans les années 30. La ville compte déjà 800.881 habitants et l’urbaniste Jacques Greber anticipe qu’il faudra un jour prévoir le désengorgement du centre-ville. Dès 1931, il prévoit une réservation de l’emprise dans le plan d’aménagement et d’embellissement de la ville.

Plan d'extension de la ville en 1931

© Collection du Musée d'histoire de Marseille
© Collection du Musée d'histoire de Marseille

 

A l’époque du plan Greber, le tracé impacte des zones très faiblement urbanisées. Saint Barnabé et Montolivet sont des noyaux villageois autour desquels s’étendent des espaces agricoles et où l’on compte quelques bastides. Mais avec l’extension urbaine intense des années 60, les terrains réservés vont se retrouver intégrés dans des quartiers densément peuplés.
© Maxppp
© Maxppp

 

Pendant des décennies, la menace de démolition a plané sur les riverains. La maîtrise d’ouvrage est confiée aux services de l’Etat en 1979 mais L2 reste longtemps une inoffensive Arlésienne.

J’ai reçu ma première lettre d’expropriation en 1972

raconte un voisin de l’échangeur de Frais Vallon dans les journaux de l’époque.

Pourtant ce n’est que 20 ans plus tard que le tronçon Est de la rocade est déclaré d’utilité publique par décret, le 31 décembre 1992. Les pelleteuses entrent en action dès l’année suivante pour la création du tunnel des Tilleuls (1,5 km).

VIDEO. Les riverains réagissent à la déclaration d'utilité publique en 1992

 

Désaccords sur le tracé

Les difficultés surgissent immédiatement. Les recours se multiplient. Des désaccords surgissent sur le tracé. La ville et son maire Robert Vigouroux finissent par se ranger du côté des milliers de riverains directement impactés par le projet, et demandent qu’une partie de la L2 passe sous un tunnel. 

La Région dirigée par Jean-Claude Gaudin soutient ce choix technique. La collectivité, qui finance 27 % du coût, décide de geler son financement en octobre 1993 tant qu’un accord n’est pas trouvé. Des améliorations et des travaux supplémentaires sont demandés.

 

Un feuilleton à rebondissements

Les retards s’accumulent. L’ardoise du chantier grimpe en flèche. Le surcoût s’élève à un milliard de francs en 96. Les crédits de l’Etat ne suivent pas. Les entreprises ne sont plus payées. La DEE n’a plus d’argent. Les travaux de l’échangeur de Frais Vallon sont interrompus plusieurs mois.

Si nous continuons à perdre du temps, il faudra attendre 2002 ou 2003 pour la mise en service de la L2


s’inquiète en 1996 le député marseillais Léon Blum.

Les premiers ouvrages d’art de la section Est sont pourtant achevés en 1997. Mais entre les recours devant le conseil d’Etat, les difficultés financières puis le transfert des compétences de l’Etat vers les collectivités locales, les interruptions de chantier et les retards se multiplient. Initialement prévu en 1995, la livraison de la L2 ne cesse d’être repoussée en 1995, 1997, 2002, 2005, puis 2009…

VIDEO. Dix ans de combat des habitants de la Fourragère

 

© Maxppp
© Maxppp

 

La relance du chantier

Pour faire aboutir le projet, un partenariat public privé (PPP) est envisagé dès 2006. Mais rien n’avance, le PPP n’est signé que 7 ans plus tard.
Les travaux sont enfin relancés sous l’impulsion de Bouygues Construction qui reprend les rênes du chantier. Le PPP lui en offre l’exploitation pour les 26 prochaines années.

Au final, les travaux du tronçon Est se seront donc étalés sur 23 longues années.

Les riverains en résistance

Tous les Marseillais ne voient pas d’un bon œil la construction de cette transversale indispensable. Dès le départ la rocade est très controversée.
Dans leurs paisibles jardins qui surplombent la future autoroute, les riverains craignent les nuisances inévitables, le bruit et la pollution due aux émanations de CO2.

Dès les années 90, ils se regroupent en collectif et association de défense. A coup de pétitions et de manifestations, ils tentent d’obtenir un maximum de protection. Et cela passe pour eux par la couverture totale de la rocade,comme à Toulon, où la traversée de la ville se fait entièrement sous terre sur 3,5 km.
Première victoire, après six ans de lutte, les habitants obtiennent une couverture partielle, sur plus d’un kilomètre de l’avenue de Montolivet à Saint Barnabé, avec une dalle supérieure anti-bruit et l’aménagement paysager du parc de la Moline.

Pour les habitants de la Fourragère, la lutte continue.

La Fourragère, quartier vert, ne deviendra pas une banlieue bruyante et polluée de Marseille,

prévient Anne Roux, la présidente du CIQ.
Le combat est payant. A l’arrivée, quatre tranchées sont couvertes :  à Montolivet (1073 m), à Saint Barnabé (523 m), à La Fourragère (340 m et 540 m) et à La Parette (1175 m et 536 m).

55 à 60 Décibels

Le collectif anti-nuisances L2 attend cependant toujours plus de garanties sur la réduction de la pollution de l’air. Quant au bruit, la totalité de la L2 est classée en zone de bruit modérée. Les niveaux sonores ne doivent pas dépasser 60 décibels par jour et 55 la nuit.

Le combat des riverains est pourtant loin d’être terminé. A l'approche de la mise en service du tronçon Est , un an avant le tronçon Nord, ils s'inquiètent des bouchons supplémentaires que cela va forcément engendrer dans le vallon de Malpassé pendant cette année de transition. 

Dès que la L2 Est va être ouverte, on va avoir tous les véhicules, 45.000 dans un sens et 45.000 dans l'autre, par jour, qui vont arriver sur ce carrefour qui est toujours en chantier à l'heure actuelle 


s'alarmait en mars dernier le président de la fédération des CIQ du 13e arrondissement, Patrick Rizzitelli.

Les riverains ont été entendus, Inouk Moncorgé, directeur général de la SLR2 a affirmé que "l'accès depuis l'autoroute A 50, directement à la L2, sera provisoirement fermé au démarrage, pour que chacun puisse prendre possession des lieux petit à petit et éviter un afflux trop important sur le Nord qui lui est toujours en travaux."

Le tronçon nord

Les habitants concernés par le tracé Nord, de Frais Vallon au raccordement de l’A7, se sont très mobilisés. Dans ces quartiers très densément peuplés, la maîtrise foncière impacte 250 parcelles publiques ou privées.

L’itinéraire comprend la section entre Frais Vallon et le rond point de Saint Jérôme (dont la tranchée couverte des Tilleuls a été mise en service en 1993) et l'avenue Allende, véritable boulevard urbain réalisé dans les années 1975, qui assure actuellement la liaison entre le rond point de Saint Jérôme et l'A7.

La déclaration d’utilité publique a été prise en conseil d’Etat en 2010. Les travaux pour la réalisation ce dernier tronçon de 3,5 km ont débuté en août 2014. La section Nord devrait voir passer 100.000 à 120.000 véhicules par jour.

Les riverains ont obtenu la couverture de plus de la moitié du tracé, aux Tilleuls  (398 m et 473 m), à Saint-Jérôme (120 m), aux Oliviers (170 m) et à Sainte-Marthe (1120m et 1180m).

TRACE VU DU CIEL

C’est à la fin de l’année 2017 que le tronçon Nord devrait être livré si aucun nouveau retard ne vient encore perturber le calendrier. Marseille, la ville la plus embouteillée de France et l'une des plus polluées pourra alors peut-être un peu mieux respirer…

© Maxppp
© Maxppp

 

DIAPORAMA : Street-art sur la L2

Street art sur la rocade

 

Un projet unique

Un projet artistique inédit en France accompagne le projet urbain. La partie non couverte de la L2 s’est transformée en galerie à ciel ouvert pour les graffeurs et artistes de street-art.

De grandes fresques murales et autres graffitis décorent les murs de soutènement et les murs anti-bruits de la L2. Une dizaine de graffeurs et plasticiens de la région ont participé à cette opération. L'objectif est d’intégrer la rocade au paysage urbain.