La longue marche du maire de Lavoine contre Areva

Marcher jusqu'à Paris pour protester. C'est la méthode écolo choisie par le maire de Lavoine pour s'insurger contre le projet d'Aréva : réaménager l'ancienne mine d'uranium des Bois Noirs, sur la commune voisine. L'élu craint que l'opération n'engendre des risques pour la santé de ses concitoyens.

Une bonne paire de chaussures, un bâton, de l'énergie et de la patience, c'est tout ce que Jean-Dominique Barraud, le maire de Lavoine, a pour se faire entendre. Et des idées. Parce qu'un maire qui décide d'un coup de tête, après une réunion qui ne le satisfait pas, de partir à Paris à pied en suivant la Besbre (tant que cela est possible bien sûr), ce n'est pas commun.

La réunion qui a mis le feu aux poudres s'est tenue fin janvier. Ce jour-là, Areva a expliqué son projet de réaménagement de l'ancienne mine d'uranium des Bois Noirs Limouzat à Saint-Priest-la-Prugne, la commune voisine, dans la Loire. Fermée depuis 1980, la mine ligérienne à ciel ouvert et ses galeries sont recouvertes par un lac artificiel profond de 2 m. Un lac qui sert d'écran de protection contre les émanations radioactives des déchets d’exploitation, les "stériles", ayant servi à combler l’excavation. Or, depuis des années, selon le collectif des Bois Noirs et la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), une association indépendante qui a effectué un certain nombre d'études pour le collectif , le confinement du lac par la digue ne serait plus garanti. Areva, qui jugeait sa situation "satisfaisante", a néanmoins prévu un projet à 15 millions d'euros pour remplacer le lac par un comblement sec : 2 mètres de couche granitique. Il s’agira aussi de redonner son cours naturel à la Bresbe, détournée quand fut créé le site.

Cette solution continue d'inquiéter le maire de Lavoine, qui estime ne pas avoir eu toutes les réponses à ses questions. "Ils veulent vider l’eau, la traiter et la remettre dans la Besbre, et détourner la rivière pour la remettre là où elle passait avant. Ils creuseraient pour cela sur 25 m de profondeur et utiliseraient le matériau pour recouvrir le bassin. Ce que je crains, ce sont les poussières et l’effet “pluies du Sahara”. Quelles seront les conséquences pour les gens qui vont respirer ça ?" Cela sans parler du "traitement" de l'eau, puisque la Criirad et le collectif dénoncent des rejets d’eau contaminée issus du site malgré l traitement. En octobre 2012, la Criirad dit avoir relevé, en aval, une plante présentant une contamination 690 fois plus élevée qu’une plante de la même espèce en amont…

Pour prévenir de ces problèmes de santé publique et trouver des réponses à ses questions, Jean-Dominique Barraud compte bien aller frapper directement aux portes des ministres, ceux de la Santé et du Redressement Productif, et si possible être reçu par les groupes parlementaires à l'Assemblée nationale. En attendant, il suit le cours de la rivière et alerte les populations. D'ici une vingtaine de jours, il devrait avoir atteint sa destination.

Reportage : Christophe Jouvante, Arthur John. Intervenants : Jean-Dominique Barraud (Maire de Lavoine), Pascal Vernisse (maire de Dompierre-sur-Besbre, Conseiller général de l'allier en charge de l'eau), Evelyne (Accompagnatrice)