Le musée de Souvigny raconte la Grande Guerre dans le Bourbonnais

Jusqu'au 16 novembre, le musée de Souvigny (03) propose l'exposition "Bourbonnais dans la Grande Guerre" qui retrace l'histoire de la première guerre mondiale dans l'Allier.

Par Fabien Gandilhon

Le Bourbonnais dans la guerre c'est d'abord des morts : 15.315 pour l'Allier, soit 3,76% de la population totale du département. 75.000 étaient partis, la fleur au fusil. 61% étaient des paysans; ce sont eux qui payeront le tribut le plus lourd. 14-18 fut bien le plus grand massacre de paysans de l'histoire de France.

"Les soldats qui se retrouvent en première ligne sont les soldats les moins instruits" raconte Giovanni Chinellato, historien au service du patrimoine du musée de Souvigny. "Plus vous avez un niveau d'instruction élevé, plus vous avez des chances d'avoir des postes d'officiers et donc d'être dans les lignes un peu plus reculées. Dans le Bourbonnais, qui est principalement rural, les soldats ont tendance à être un petit peu moins instruits que dans d'autres départements plus urbains, c'est aussi ce qui explique ces pertes nombreuses. Les Bourbonnais étaient beaucoup plus présents sur les premières lignes et donc plus exposés à cette mort."

L'arrière mobilisé

Mais dans le Bourbonnais comme ailleurs, l'arrière aussi se mobilise. Toutes les couches de la société sont mises à contribution. Toute l'activité économique est réquisitionnée. Un seul objectif : la guerre et la victoire. La mobilisation est générale.

"La mobilisation générale de l'économie, du travail, des forces humaines, aussi bien les hommes que les femmes mais aussi les enfants, c'est une guerre totale. Elle s'inscrit dans tous les compartiments de la vie quotidienne des gens, au front bien sûr, mais aussi à l'arrière."

Un début d'émancipation pour les femmes

Aux premières lignes de l'arrière, les femmes. Femmes multiples : la femme qui soigne, la femme qui attend, la femme qui pleure et surtout la femme qui travaille. Aux champs ou à l'usine, elles remplacent les hommes absents. Une émancipation forcée et temporaire.

"On se rend compte que les femmes partent au boulot, mais pas par leur propre volonté;  on a quand même un président du Conseil, René Viviani, qui demande aux femmes d'aller remplacer les hommes dans les usines et dans les campagnes. Et à partir de 1918, on se rend compte que la femme retrouve son statut de 1914. Il y a donc un processus d'émancipation qui naît avant la guerre, qui s'accélère pendant la guerre, mais qui retombe à partir de 1918."

Les enfants n'échappent pas à cette mobilisation. Endoctrinés pour devenir enfants citoyens, puis enfants soldats. Mais ironie de l'histoire, la guerre finie, ces jeunes, instruments de propagande, se dépêcheront d'oublier ces années de privations et inventeront les années folles.

La naissance d'une conscience paysanne

14-18 en Bourbonnais c'est aussi l'attente des nouvelles, de la guerre et des soldats, 14-18 ce sont 4 années d'informations, de désinformation, de censure et de propagande. C'est aussi la découverte de l'autre, ennemi ou allié. 14- 18 en Bourbonnais, c'est enfin dans le monde paysan la naissance d'une conscience et d'une revendication.

"Quand ils reviennent du front, le paysan est mis en avant, le soldat paysan est le véritable sacrifié de la première guerre mondiale, du coup on a des paysans qui découvrent de nouveaux moyens de s'exprimer, qui vont commencer à s'affirmer, et qui ne sont finalement pas très loin des conceptions ouvrières. On a un département avec des bassins ouvriers disséminés dans tout le département, mais contrairement à d'autres départements en Frances, les paysans et les ouvriers ne vivent pas en communautés imperméables. On a donc des transferts d'idées entre le milieu ouvrier et le milieu paysan. A partir de 1918, même si ça reste assez timide, on a des paysans qui réclament un nouveau statut".

14-18 c'est la fin d'un monde. Dans le sang d'une folie meurtrière, un siècle s'achève, le XXème commence. Un siècle que plus de 15 000 jeunes bourbonnais, fauchés dans la fleur de l'âge, ne verront pas.

La guerre de 14/18 dans le Bourbonnais
Reportage de Jean-Paul Vincent et Jean Jazeix. Intervenants : Giovanni Chinellato (Historien - Service du patrimoine-Souvigny)

 

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