Le spectaculaire braquage d'un bureau de change aux assises

Archives - 24 septembre 2010 : il y a quatre ans jour pour jour, le braquage-éclair du bureau de change Global Cash - (image amateur) / © France3 RA
Archives - 24 septembre 2010 : il y a quatre ans jour pour jour, le braquage-éclair du bureau de change Global Cash - (image amateur) / © France3 RA

La cour d'assises du Rhône jugera à partir de demain, lundi 15 septembre, six suspects d'un spectaculaire braquage dans un bureau de change à Lyon. L'affaire remonte à 2010 avec, en toile de fond, les méthodes contestées de l'antigang sous l'ère de l'ex-policier Michel Neyret.

Par Isabelle Gonzalez

Renvoyés notamment pour "vol en bande organisée avec arme" et "participation à
une association de malfaiteurs", les six accusés âgés de 23 à 33 ans ( cinq
présumés braqueurs et un complice) encourent jusqu'à 30 ans de prison, voire la
perpétuité pour ceux en situation de récidive.
Les méthodes décriées de l'antigang, notamment la culture du "flag", devraient
planer sur les débats prévus pour durer une quinzaine de jours.
Ce vol à main armé, le dernier d'une longue série perpétrée à l'époque dans la
région, s'était en effet accompagné d'une prise d'otage et un automobiliste avait
reçu une balle de kalachnikov lors de la fuite des braqueurs. La particularité réside dans le fait que les suspects étaient
filés par les hommes de Michel Neyret, alors numéro 2 de la Police Judiciaire lyonnaise.


Braquage ou polar? 

Il est environ 15h00, ce 24 septembre 2010, une puissante berline allemande, volée,
s'arrête devant l'enseigne Global Cash, à un jet de l'hôtel de ville.
Encagoulés et gantés, cinq hommes sortent du véhicule. Trois pénètrent dans le bureau
de change pour en ressortir rapidement, non sans avoir préalablement découpé, à
la meule thermique, le sas d'entrée du fonds de commerce.
Pendant ces quelques minutes, les deux autres hommes, kalachnikov et fusil mitrailleur
en main, tiennent en respect les badauds ahuris, hésitant entre vrai braquage ou
tournage d'un polar. La réalité de la scène va cependant leur sauter aux yeux lorsque
qu'un passant est attrapé sans ménagement par l'un des malfaiteurs et embarqué
dans la Mercedes pour protéger leur fuite.
Les braqueurs, filant le long du Rhône, n'hésitent pas
à tirer à l'arme de guerre pour se frayer un passage dans le trafic. Au volant
de sa voiture, un étudiant de 24 ans reçoit une balle de 7,62 mm dans la jambe.
L'équipée arrive à prendre la fuite avec en poche un butin qui, selon les sources,
varie entre 100.000 et 240.000 euros. Des "cacahuètes", reconnaîtra l'un des accusés.


Michel Neyret témoin à la barre ? 

La réponse policière ne se fait pas attendre. Le lendemain, au petit matin, les
premières interpellations tombent dans la banlieue lyonnaise. D'autant plus facilement
que les hommes de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), l'ex-antigang
de la PJ, filent ces suspects depuis fin août, de jour et surtout de nuit, pour
une autre affaire.
Sous la direction du commissaire Neyret, les policiers surveillaient leurs allées
et venues dans l'agglomération, leurs expéditions le long de la frontière franco-suisse
où sont dérobées des "vagos" (voiture en argot des cités) aux cylindrées surpuissantes
pour "monter" au braquage. Ce 24 septembre, la vingtaine de policiers de la BRI
sont d'ailleurs sur le pont mais perdent contact avec leurs cibles une poignée
de minutes avant le braquage.
Fallait-il intervenir plus tôt, au risque d'une fusillade dans les rues de Lyon? Non, estime la police. Oui, rétorque un avocat de la défense, Me David Metaxas: "pourquoi n'ont-ils rien fait ? Il faut prendre le mal à la racine. Le "flag", il va falloir aller l'expliquer au jeune qui s'est vu mourir".
Décidé à instruire le procès des méthodes de l'antigang à la sauce Neyret, le
conseil demande l'audition du policier déchu comme témoin. Le "hic", c'est que dans la
ténébreuse affaire de l'ex-commissaire, tous deux sont mis en examen avec interdiction
de se rencontrer.
La cour devra trancher. Mais pour Me Jacques Vital-Durand, avocat de l'étudiant
blessé, seule partie civile, là n'est pas l'essentiel: "Mon client se demande surtout
comment un garçon de son âge a pu tirer avec un risque tout à fait élevé de le
tuer (...) On se tromperait un peu de cible en faisant le procès de la PJ."
Desk Global Cash

 

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