Soupçonné de "jihadisme", un jeune homme originaire de Savoie est incarcéré au Maroc

Publié le Mis à jour le
Écrit par Anne Hédiard .

Originaire de Modane, en Savoie, Thomas Marchal, 22 ans, s'est installé à Marrakech en mai 2013 après s'être converti à l'Islam. Il y a un mois, il a été interpellé sur son lieu de travail et incarcéré à la prison de Salé, sans autre forme de procès.

Thomas Marchal est un jeune homme de 22 ans. Orphelin de père depuis le plus jeune âge, Thomas s'est toujours posé beaucoup de questions sur la vie, selon sa petite soeur Charlotte, qui vit toujours à Modane. D'après elle, il aurait trouvé des réponses dans la religion musulmane. Converti il y a deux ans, Thomas était devenu "plus apaisé", "plus serein". Il avait décidé de partir au Maroc pour "vivre sa foi dans un pays musulman". Installé à Marrakech, Thomas a d'abord travaillé dans un snack, avant de trouver un poste dans un centre d'appels téléphoniques. 

Il y a un peu plus d'un mois, il reçoit la visite des policiers marocains sur son lieu de travail. Ils lui posent quelques questions sur ce qu'il fait et comment il vit la religion, puis ils repartent. Deux jours plus tard, les policiers reviennent pour l'arrêter. Thomas sera placé en garde à vue pendant 13 jours. Durant cette période, il n'a pas pu contacter sa famille, ni même un avocat. Thomas n'a pas non plus bénéficié d'un interprète. Il dit avoir signé, "sous la contrainte", des papiers écrits en arabe, sans savoir de quoi il s'agissait. Thomas a fini en prison à Salé. Il est incarcéré depuis trois semaines. 

Jeudi 27 novembre, il a enfin réussi à joindre sa petite soeur, par téléphone, et lui a réclamé de l'aide. Charlotte remue depuis ciel et terre pour aider son frère. Elle est aidée et soutenue par le collectif des prisonniers français au Maroc. Charlotte ne comprend pas pourquoi son frère n'a pas bénéficié de l'assistance d'un avocat et d'un interprète, pourquoi il n'a pas pu joindre sa famille pendant de longues semaines et pourquoi le consulat français ne donne pas de nouvelles.

Reportage de Céline Aubert-Egret, Dominique Semet & François Hubaud
durée de la vidéo: 01 min 47
Emprisonné au Maroc

Thomas Marchal lance un appel à l'aide par l'intermédiaire de sa soeur Charlotte et du Comité des familles de prisonniers européens au Maroc. Pour se faire entendre, il a commencé une grève de la faim, mercredi 3 décembre.


Appel à l'aide de Thomas Marchal
Ceci est un appel à l'aide car si ce n'est pas médiatisé avant le jugement, ils vont me mettre entre 5 et 15 ans d'emprisonnement pour rien, sans preuves fondées.

Quand bien même j'aurai le meilleur avocat du monde, croyez-moi, il y a beaucoup de gens ici qui ont pris les mêmes peines, pour rien, sans preuve.Ils étaient innocents donc rien à se reprocher. Ce qui fait qu'ils n'ont pas pris leur histoire au sérieux pensant qu'ils allaient s'en sortir vite, sentence : 10 ans !




"Un courage indompté dans le cœur des mortels, fait ou les grands héros, ou les grands criminels"




J'ai passé 13 jours en garde à vue à la sûreté nationale antiterrorisme de Casablanca, dans une cellule de 10 m², humide et froide avec seulement 2 couettes sales qui puent et un carré de mousse rien de plus. Ah si, des moustiques, des cafards et des chats et une caméra high-tech au plafond.

Il y a eu des vices de procédure : pas de traducteur, pas d'avocat

On m'a dit qu’en signant les procès-verbaux je rentrerai en France. J'étais convaincu de cela en signant.

Ils sont venus me chercher à Marrakech en me disant que cela prendrait 2 à 3 jours, donc je n'ai pas pris beaucoup d'affaires. J'ai été conduit à Casablanca sans menottes, donc ils ne me considéraient pas comme dangereux ! Moi, en toute confiance j'y suis allé, en pensant que ça allait finir très vite.

Ces 13 jours d'interrogatoires ont été horribles.

Nous nous comprenions à peine, sans traducteur et sans avocat.

Ils ont essayé de me faire avouer des choses qui ne m'ont jamais concerné : idéologie dangereuse, terrorisme , partir en Syrie, faire le Djihad, faire péter une bombe etc.

Au bout du sixième jour, c’est mes nerfs qui ont commencés à péter ! Crise de nerfs, crise de furie… Pourquoi je suis là ? Qu'est-ce que je fais là ? Ensuite un petit voyage à l'hôpital, une piqûre pour me calmer, je ne supportais plus l'isolement, l'enfermement.

Ils me disaient : "t’inquiète pas, tu vas sortir, tu n'as rien fait".

Au final ils m'ont gardé 13 jours pour m'envoyer ensuite devant un juge d'instruction qui m’a envoyé en détention pénitentiaire, sur la base de SA conviction. Mais moi je ne sais pas pourquoi je suis là. Ils vont me mettre beaucoup de choses sur le dos, pour rien.




Cher lecteur, cela fait maintenant 21 jours que l'on m'a privé de ma liberté. Pourquoi ? Parce que je suis ici sur la base de la conviction d'un juge.




On se permet de mettre des gens en prison sur la base de cette conviction, alors que je suis dans un pays qui prétend appliquer les droits de l’Homme. Donc le droit à la liberté.

Il n'y a aucune preuve contre moi. On m'a fait signer des procès verbaux sans pour autant connaître le contenu car ils étaient écrits en arabe. Je n'ai pas eu le droit ni à un traducteur, ni à un avocat.






La question que je pose aujourd'hui : le fait d'embrasser la religion musulmane est-il considéré comme un délit ? N'avons-nous pas le droit en tant qu'être humain de choisir notre religion ?

Aujourd'hui je défie toutes les personnes qui sont à l'origine de ma détention de fournir une seule preuve cohérente et fondée.

Et je le répète encore une fois : peut-on aujourd'hui priver un être humain de son droit fondamental qui est la liberté ? Droit pour lequel des hommes et des femmes ont donné leur sang !

Sur la base de la conviction d'un juge d'instruction, c'est-à-dire que le juge pense que ... c'est sa conviction personnelle qui détermine où tu vas aller. OÙ ? En prison ! Pourquoi ? je ne sais pas. Demandez-lui. Un peu trop de poils au menton, peut-être…

Donc sur ses Grands mots, je vous informe que j’arrêterai de me nourrir à partir du 3 décembre 2014, jusqu'à ce que ma liberté me soit rendue.
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