30 ans de prison pour la “Veuve noire“ de l'Isère : “fantasme” ou ”juste” ?

Les avocats du dossier, Me Gallo pour la défense (gauche) et Me Leclerc pour les parties civiles (droite). / © France 3
Les avocats du dossier, Me Gallo pour la défense (gauche) et Me Leclerc pour les parties civiles (droite). / © France 3

Réactions des avocats après le verdict de la cour d'assises de l'Isère, qui a condamné Manuela Gonzalez à 30 ans de réclusion criminelle. "L'intime conviction l'a emporté sur la preuve", se réjouit la partie civile. La défense dénonce "une fiction" créée "de toute pièce".

Par Mickaël Guiho, avec AFP

C'est un verdict lourd, au-delà des réquisitions, qui a été rendu par les jurés, ce vendredi 18 avril. 30 ans de réclusion criminelle pour Manuela Gonzalez, surnommée la "veuve noire".

Le corps de son mari, Daniel Cano, avait été trouvé le 31 octobre 2008, à l'arrière de son véhicule incendié. Manuela Gonzalez a donc été accusée de ce meurtre, mais aussi d'une tentative de meurtre. En effet, le 28 septembre, la chambre de Daniel – où il était seul à dormir - avait pris feu dans la nuit.

L'enquête s'était rapidement orientée sur les personnalités de Daniel et de sa femme. Le premier était apparu comme un ouvrier apprécié, un père aimant et aimé. Sa femme était jugée plus intrigante. Depuis les années 1980, quatre de ses ex-compagnons avaient subi des intoxications, deux en étaient morts.

Le soupçon pesait donc sur celle que les médias allaient surnommer "la veuve noire". Mais aucune preuve matérielle n'a jamais été enregistrée. Qu'importe. Vendredi, les jurés se sont montrés totalement convaincus de sa culpabilité. L’intime conviction l’a emporté, à la satisfaction de Maître François Leclerc, avocat des parties civiles.

Interview réalisée par Cédric Picaud et Dominique Bourget
Me Leclerc, Parties civiles
Maître François Leclerc, Avocat des parties civiles

La défense fera appel


Insupportable pour la défense, qui devrait faire appel dès mardi. "Je ne suis pas surpris par l'ampleur du verdict. Les jurés ont été pris en otages par la pression exercée sur ce dossier par les uns et les autres", a déclaré l'avocat de Manuela Gonzalez, Maître Ronald Gallo.

L'homme de droit souligne que l'intime conviction des jurés s'est construite sur la base de faits prescrits, parfois même déjà jugés. La cour d’assises de l'Isère n'aurait dû juger "que" la tentative de meurtre et le meurtre de Daniel Cano, sous-entendu sans prêter attention au passé de l'accusée. L'avocat pointe un dossier "de tous les dangers", "sans preuve et mal ficelé", et une  "médiatisation excessive" de l'affaire, qui a créé selon lui "un fantasme", "un personnage et une fiction de toutes pièces".

Interview réalisée par Cédric Picaud et Dominique Bourget
Me Gallo, avocat de la défense
Intervenant : Maître Ronald Gallo, Avocat de la défense

Manuela Gonzalez a toujours revendiqué son innocence, jusqu’au dernier jour du procès. Son avocat avait plaidé l’acquittement. S'il fait appel mardi, l'affaire ira devant une autre cour d'assises française, sans doute Lyon ou Chambéry. Si le verdict y était confirmé, l'accusée pourrait encore se pourvoir en cassation. L'examen du recours ne portera alors pas sur les faits ou la culpabilité de l'auteure, mais sur l'application du droit (mauvaise application, violation des formes légales, ...).

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