Les agriculteurs devant les portes de la DDT à Grenoble

Après avoir défilé sur l'A480 et créé un bouchon de 3 kilomètres, les agriculteurs ont pris leurs quartiers devant la Direction départementale des Territoires à Grenoble, où ils ont construit un mur de béton. Leur colère est diverse, origine de la viande, sécheresse, loup, normes drastiques... 

© photo Joëlle Céroni / France 3 Alpes
Les agriculteurs sont restés de longues heures devant les portes de la Direction départementale des Territoires. Ils ont construit un mur en parpaing et déversé du foin, avant de partir vers 17 heures. 


Contrairement aux importantes mobilisations du mois de juillet durant lesquelles les agriculteurs accusaient la grande distribution et les industriels de l'agroalimentaire de casser les prix, les revendications portaient à Grenoble sur "l'aspect normatif" pouvant entraîner de lourdes charges sur les exploitations.

"La France est un pays plus que normé qui rajoute sans cesse des couches. Du coup, par rapport aux autres pays européens, on n'est pas compétitifs", a expliqué Françoise Soullier, la présidente des Jeunes Agriculteurs 38.

Les agriculteurs demandent notamment un assouplissement des "directives nitrates" imposant aux exploitants des investissements parfois coûteux pour limiter la pollution des eaux, pour leur laisser le temps de se mettre aux normes.
Françoise Soullier, présidente des Jeunes Agriculteurs 38
Françoise Soullier, présidente des Jeunes Agriculteurs 38


Ils dénoncent aussi une lenteur administrative qui les tue à petits feux, en plus de tout le reste : origine de la viande, coûts, loup, normes européennes... Raison de leur présence devant la DDT. 

Présent à Grenoble aujourd'hui, Xavier Beulin, le président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) s'est lui exprimé sur le contexte national. "Nous devons nous interroger sur les modes de production", a-t-il expliqué. "Nous ne remettons pas en cause notre agriculture de taille familiale, mais il faudrait que les agriculteurs puissent se regrouper en atelier laitier, bovin ou ovin, pour être compétitifs". 

L'opération escargot a débuté à 8 heures ce matin 


Le mouvement a débuté ce matin vers 8 heures au péage de Voreppe. Xavier Beulin a souhaité s'adresser aux manifestants, mais beaucoup étaient pressés d'en "découdre" et de débuter l'opération escargot. Le cortège s'est donc rapidement mis en marche, direction l'A480. 

Une cinquantaine de tracteurs a débarqué devant les portes de la DDT (Direction départementale des Territoires), boulevard Joseph Vallier. Les agriculteurs espèrent être reçus par des représentants du préfet de l'Isère, celui-ci étant a priori absent. 

D'après les gendarmes, le bouchon qui s'est formé peu à peu derrière le cortège était de deux à trois kilomètres. 




Des manifestations en cascade 


Les mouvements ont débuté en juillet, notamment en Alsace avec des opérations aux frontières de l'Allemagne, mais aussi côté Espagne. Le week-end dernier c'était distribution de saucisses et barrage filtrant à Toulouse. Les agriculteurs ont perturbé la circulation, avant d'investir deux supermarchés, apposant des étiquettes "viande de nulle part" sur certains produits.

"Sur l'approvisionnement frais la marchandise était locale, ou française, en revanche sur les charcuteries on a trouvé toute la gamme de produits de type Fleury Michon, Cochonou, à l'origine parfaitement inconnue", a précisé Dominique Fayel, président de la FDSEA de l'Aveyron.

Dans le Gers la nuit du lundi 3 août, 150 éleveurs ont arrêté et ouvert des camions vers Auch, s'emparant de 35 tonnes de viande. Ils ont trouvé du poulet thaïlandais et de la viande espagnole de porc destinée à être transformés à Albi en saucisses françaises. 





"Aujourd'hui, nous sommes contraints par des normes franco-françaises plus fortes que celles européennes. On nous oblige à produire de l'extra-qualité... Nous ne sommes pas contre ça, mais la réglementation doit être la même pour tout le monde", écrivaient lundi les organisations syndicales dans un communiqué annonçant l'action.

Tous le mois de juillet, les actions se sont multipliées, barrages, opérations-escargots et visites de supermarchés...




Des mouvements de ce genre devraient être organisés jusqu'à la journée de mobilisation européenne du 7 septembre. Les agriculteurs estiment que les mesures prises par le gouvernement ne sont pas suffisantes et réclament un "rapport de force plus équilibré" entre les différents acteurs de la filière.

L'association des syndicats agricoles européens, le Copa-Cogeca, organise une journée d'action forte le 7 septembre prochain à l'occasion de la réunion du Conseil européen de l'agriculture à Bruxelles. 

Reportage 
durée de la vidéo: 02 min 19
Manif des agriculteurs

 

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