"Nos enfants ne sont pas des souris de laboratoire !", insiste SOS Autisme après la radiation d'un médecin de l'Ain

Après l'annonce de la radiation d'un médecin de Bourg-en-Bresse, la présidente d'SOS Autisme revient sur le traitement à base d'anti-infectieux que le généraliste prescrivait. Olivia Cattan s'insurge : "on ne peut pas tenter n'importe quoi sur des personnes en situation de handicap".  

Olivia Cattan, présidente d'SOS Autisme en entretien par visioconférence.
Olivia Cattan, présidente d'SOS Autisme en entretien par visioconférence. © France 3

Ce qu'il faut savoir avant de lire l'entretien... La Chambre disciplinaire de l'Ordre des médecins d'Auvergne-Rhône-Alpes a récemment radié le Dr Philippe Raymond, installé à Bourg-en-Bresse. Le praticien défend un protocole de soin de l'autisme et de la maladie de Lyme avec des médicaments antibiotiques, antifongiques et antiparasitaires, dont l'efficacité n'a pas été validée scientifiquement. Ce généraliste a fait appel.   

Son avocat estime que son client "n'a jamais prétendu guérir l'autisme". Selon Me Di Vizio, en guérissant des infections, son client se serait aperçu d'une nette amélioration des troubles autistiques. "Dès lors, il s'est dit, et si les 2 avaient un lien ? Mais le problème, c'est qu'on n'a pas le droit de se poser de questions", déclare Fabrice Di Vizio.

Une défense qui a fait monter SOS Autisme au créneau. 

Entretien avec Olivia Cattan, présidente SOS Autisme

C'est vous qui avez alerté les instances médicales ?

En fait, il y a des personnes autistes qui avaient déjà alerté à plusieurs reprises l'Ordre des médecins. De notre côté, c’est une maman qui nous a saisis parce que son fils a servi de cobaye à ces essais. Et ça a été dramatique pour lui. Donc on a fait remonter l’affaire.

Et voilà que ce médecin est aujourd’hui radié. Mais c’est au réseau auquel le Dr Raymond appartient que nous nous attaquons. Les chefs de file en sont les très controversés Professeur Montagnier et Professeur Perronne.

L’avocat du Docteur Philippe Raymond qui vient donc d’être radié, explique que son client ne prétend pas guérir l’autisme mais qu’il améliore l’état de santé des autistes…

Effectivement, je m’aperçois que le discours a changé ces derniers temps (léger sourire). Mais nous avons en notre possession des vidéos tournées lors d'un congrès « Sortir de l'autisme » où l’on fait la promesse d’une guérison. Nous avons aussi des documents écrits par le Docteur Raymond qui parle de guérison ou de 'presque guérison' de l'autisme. Ce n’est pas du tout le même discours qu’aujourd’hui !

Quoiqu’il en soit, ce n’est pas normal que les médecins du réseau Chronimed tentent des traitements, -qui peuvent être dangereux-, sur des enfants autistes, sans aucune autorisation. En plus, ils ont fait ça à grande échelle puisque des milliers d'enfants sont concernés.

Le minimum aurait été de demander une autorisation à l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Là, ils ont fait des essais sauvages !

Que les médecins aient la liberté de prescrire, c'est une chose, mais quand rien n'a été validé scientifiquement en amont, ça tombe sous le coup d'un article qui s'appelle le charlatanisme. Donc un médecin généraliste ne peut pas tenter n'importe quoi pour voir si ça marche ou si ça marche pas ! Encore moins sur des personnes en situation de handicap qui sont des personnes vulnérables, c'est pas comme ça qu'on mène une étude scientifique. Non, non, nos enfants ne sont pas des souris de laboratoire !  

Olivia Cattan, "SOS Autisme"

En fait, c'est la même histoire que la chloroquine…

En fait, c'est la même histoire que la chloroquine… A un moment donné, il faut faire des études sérieuses dans les règles de l'art avec une éthique pour voir si ça fonctionne ou pas.

On a une vidéo extraordinaire où, lors d’un congrès, le Docteur Raymond demande aux parents de lever la main, pour savoir si son traitement a marché chez eux. Soyons sérieux, ce n’est pas comme ça qu'on fait une étude scientifique.

C’est pour ça que l'Ordre (désormais la juridiction disciplinaire nationale, ndlr) doit maintenant radier définitivement ce médecin, c’est quelque chose d’extrêmement symbolique.

Extrait interview Olivia Cattan, SOS Autisme

Mais pourquoi les parents acceptent aussi facilement les prescriptions de ces médecins, qui ne sont pas des spécialistes de l’autisme reconnus mais seulement des généralistes ?

Quand les parents arrivent dans le milieu de l'autisme, qu’ils reçoivent le diagnostic de leur enfant, ils sont perdus. On peut faire confiance à n'importe qui. Moi ça m'est arrivée. Je suis tombée sur l’un de ces médecins qui m'a dit qu’il fallait essayer un régime sans gluten. J'avais alors l'impression que sur mon fils ça avait un impact mais en fait je faisais une prise en charge à côté avec de l'orthophonie, de la psychomotricité. Donc qu'est-ce qui a marché à ce moment-là ? Je ne saurais le dire.

Je ne condamne en aucune façon les parents qui tentent ces traitements parce qu’on a tous tenté des choses pour aider nos enfants. Ce qui est critiquable, c'est ceux qui continuent de dire qu'on a le droit de tout essayer sur ses enfants.

Dans l’histoire qui nous concerne, on ne parle pas d’un régime sans gluten mais bien de la prise d’antibiotiques. J'ai un papa qui a écrit sur les réseaux sociaux qu'il avait donné ce traitement pendant 12 ans à son enfant. 12 ans d'antibiotiques, vous imaginez ce que ça peut provoquer chez l'enfant ?

Autant d’années de prescription pour cet enfant et pour les autres sans que personne ne réagisse ? C’est curieux ?

C'est vrai qu’on les a laissés faire ces médecins.

Nos gouvernants sont responsables de tout ça parce beaucoup de gens, beaucoup de chercheurs français savaient.

Olivia Cattan

Donc maintenant qu’on a un premier médecin inquiété, il faut que l'ensemble des personnes qui ont participé à tout ça le soient également, pour une question de justice.

Lors d’une audition au Sénat, on a vu un chercheur parler, de façon totalement libre, de ces essais en disant : j'ai un copain il fait ça sur des enfants, il paraît que ça marche. Et donc, on aimerait bien faire ça de façon officielle.

Pour moi, c’est pas comme ça qu'on fait de la science. Il n’y a aucune éthique là-dedans et c'est ce qui est extrêmement choquant.

 

*Olivia Cattan est l'auteure d'un ouvrage intitulé "Le Livre noir de l'autisme", sorti en septembre 2020. Elle y dénonce "le business parallèle de pseudo-thérapies – promettant parfois aux familles désespérées la guérison de leur enfant – qui s'est développé, représentant des millions d'euros".

 

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