Stone : la chanteuse nous ouvre les portes de son "refuge"

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"Made in Normandie", "L'avventura", des tubes que l'on doit au duo mythique des années 70, Stone et Charden. Un demi-siècle après, nous sommes allés à la rencontre de Stone, qui vit une partie de l'année dans l'Allier. Elle nous a ouvert les portes de son "refuge".

Depuis une vingtaine d'années, Stone partage sa vie entre Paris et Commentry, une petite commune de l'Allier située non loin de Montluçon. La chanteuse du célèbre duo Stone et Charden, qui a enchaîné les succès dans les années 70, y possède une résidence secondaire. Annie Gautrat, de son vrai nom, nous parle de sa vie dans le Bourbonnais et de sa vie "Made in Commentry". 

"Une histoire de famille"

Aujourd'hui âgée de 74 ans, elle explique son attachement à l’Allier : « C’est une histoire de famille. Cette maison où je vis appartenait à mon arrière-grand-père, qui l’a faite construire dans les années 1900. Ma maman est née ici. Avant la guerre, mes grands-parents sont montés à Paris car il n’y avait plus de travail ici. Ils ont vécu à Paris une vingtaine d’années mais mon grand-père n’avait qu’une idée, revenir ici. Je venais passer toutes mes vacances scolaires à Commentry. Mon grand-père était policier à Paris et a été en retraite très tôt. Ma grand-mère était couturière. Pour moi, les vacances ici c’était le bonheur, les rigolades. Je me souviens faire du vélo avec mon grand-père, très sportif. On allait se baigner l’été à la rivière. On jouait aux cartes, aux jeux de société. J’avais plein de copines autour. Voilà pourquoi je suis attachée à ce coin. Mes racines sont ici ».

Une maison que la famille apprécie

Maquillage soigné, frange indéboulonnable, grands yeux clairs, Stone explique comment elle a hérité de cette maison de famille : « Ma mère n’était pas très partante pour la garder car elle était extrêmement vétuste. On l’a entièrement refaite, il y a 20 ans. Elle nous a coûté 80 000 francs à l’époque. Au départ, nos enfants détestaient cette maison mais maintenant, depuis qu’ils sont parents, ils adorent venir avec nos petits-enfants. Ils viennent là pour les vacances scolaires ».

C'est près de Montluçon que se situe la commune de Commentry.

Le déclic du confinement

C’est avec le confinement, dû à l’épidémie de COVID, que Stone s’est rapprochée du Bourbonnais : « Tout a démarré avec le confinement. On est restés là, les enfants sont venus. Ca a été formidable, on s’est régalés. On s’est dit qu’on était très bien ici. Avant, on y passait moins de temps. Ici c’est notre résidence secondaire. J’aime cette liberté et cette tranquillité qu’on a ici. A Paris, toutes les choses du quotidien sont compliquées, comme faire des courses. Là c’est tout simple. Je connais les commerçants, le pharmacien, la libraire : ça permet de discuter, alors qu’à Paris, ça ne se fait pas. J’organise des dîners ici avec des copains ».

La vie à Commentry

Elle évoque ses occupations dans l’Allier : « A Commentry, on a l’impression qu’on n’a rien à faire alors qu’on n’arrête pas, en réalité. On est tout le temps occupés. C’est très agréable. On se promène avec des amis, on va donner des coups de main pour des travaux. Il y a plein de choses à faire. Je joue souvent au Scrabble avec une copine. Je vais souvent au cinéma à Montluçon ». En 2020, l’interprète de « L’avventura » figurait sur la liste de l’ancien maire aux élections municipales de Commentry. Des élections finalement perdues. « C’est l’ancien maire, Fernand Spaccaferri  qui m’a proposé. J’ai dit oui car c’est un ami, je lui fais confiance. Ca s’est arrêté là, je ne suis pas allée plus loin. Je ne comptais pas me politiser » lance-t-elle en riant.

Un surnom éternel

La chanteuse accepte de revenir sur sa carrière. Avec un large sourire, l'artiste rappelle comment elle a été affublée de ce célèbre surnom : « Stone est un surnom qu’on m’a donné à l’époque à cause des Rolling Stones, à cause de ma coupe de cheveux. J’essayais de ressembler à Brian Jones. Cette frange ne m’a jamais quittée ».

"J’ai eu beaucoup de chance de faire un métier qui me plaisait énormément"

Stone confie : « J’ai eu beaucoup de chance de faire un métier qui me plaisait énormément. Ma maman avait été chanteuse dans sa jeunesse. Elle avait  une superbe voix et chantait de l’opérette. Il y a eu la guerre et elle s’est mariée. Elle a eu quatre enfants, donc elle a dû renoncer à ses rêves de jeunesse. J’ai un peu repris le flambeau. Pour elle, c’était formidable que j’arrive à en faire mon métier ». Stone raconte comment tout a commencé : « Je crois beaucoup aux synchronicités, aux rencontres. Le hasard n’’existe pas selon moi. Il s’est trouvé que l’année de mes 18 ans, mon père a été muté à Paris. Il travaillait à la SNCF. Je n’attendais que cela car j’y avais des amis. A Paris, il y avait alors les discothèques, les chanteurs à la mode, les concerts. J’étais très cliente de tout cela. Je sortais beaucoup avec mes amis. Je me suis trouvée au bon moment au bon endroit. Je voulais chanter mais je ne savais pas à qui m’adresser. Je me suis trouvée au Bus Palladium, j’ai sympathisé avec le patron. J’y ai rencontré mon futur directeur artistique. Il m’a dit qu’il cherchait des jeunes pour les enregistrer chez Polydor. J’ai fait un essai. Puis j’ai signé mon contrat avec mes parents, car j’étais mineure, j’avais moins de 21 ans. Tout est parti comme ça ».

Un duo avec Eric Charden

Elle poursuit : « Je n’imaginais pas autre chose. J’avais été lamentable à l’école, je n’avais pas passé le Bac, j’avais raté le BEPC. Mon premier succès date de 1966, avec un 45 tours. Il y avait deux adaptations des Beatles et deux chansons originales. Ca m’a permis de me faire connaître et entre temps j’avais rencontré Eric Charden. J’ai été lancée comme ça. On a fait le duo plus tard, en 1971 ».

"L'avventura" a été un tube inoubliable du duo Stone et Charden.

Un couple star

Couple sur scène comme à la vie, Stone et Charden connaissent le succès grâce à « L’avventura » en 1971. Ils enchaînent avec « Il y a du soleil sur la France » en 1972 et « Made in Normandie » en 1973. Le duo est alors à son apogée. Stone se souvient : « Ces années-là c’était une espèce de frénésie absolue. C’était un boulot d’enfer. Dès qu’on a eu du succès avec le duo, on s’est retrouvés dans un tourbillon, pris par les galas, les enregistrements. C’était redoutable. Cela a été assez dévorant pendant plusieurs années. Il y a eu des fois où je n’avais qu’une envie, rester chez moi et m’occuper de mon bébé ».

20 millions de disques vendus

Elle ajoute : « On a vendu 20 millions disques je crois. Pour l’époque c’était normal. Il y a eu 5 ou 6 succès qui ont été remarqués. Après, il y a des petits succès. Cela reste de très bons souvenirs pour les gens. Cela leur rappelle des rencontres, des soirées de fiesta. Ces chansons ont accompagné les gens dans leur vie. On a été là dans tous les moments heureux de la vie des gens ». Elle finit par divorcer en 1974 et se remarie par la suite avec l’acteur Mario d’Alba, qui partage sa vie encore aujourd'hui. Eric Charden est mort en 2012.

La place du théâtre

Quand elle a connu un peu moins de succès avec la chanson, c’est sur les planches que Stone a renoué avec son public : « J’étais très copine avec Charlotte Julian. On s’est mis à écrire l’histoire de deux jeunes chanteuses qui veulent devenir vedettes. On a trouvé un copain pour la mise en scène. Le théâtre est parti comme ça. Cela tombait dans les années 80, dans une période un peu creuse. On a joué un an puis on a été en province. On m’a appelé pour d’autres pièces, notamment les Monologues du vagin, le Clan des veuves. Là on m’a proposé une pièce. On cherche un partenaire pour finaliser le projet ». Avec la tournée « Age Tendre, Têtes de bois » elle a aussi pu mesurer sa popularité : « La tournée Age tendre a été géniale. On a pu retrouver la magnificence des grandes années. Il y avait un super orchestre, des choristes, des conditions de spectacle formidables, des effets spéciaux. Au début, on nous taxait de tournée de déambulateurs pour les vieux, et finalement les gens se sont ravisés ».

Une tournée en préparation

Stone poursuit : « Je n’ai jamais arrêté de faire de la scène. Cela se fait par bouche à oreille, les gens m’appellent et me demandent si je suis libre. Si ça se fait, tant mieux, s’il n’y en a pas, tant pis ». La chanteuse participe aussi à de nombreux salons du livre car elle a publié en 2017 une autobiographie. Côté scène, elle sera en concert le 20 février à Vendôme. D’autres dates sont en préparation : « Il y a une tournée a priori prévue pour cet été. Je chante avec Baptiste, mon fils aîné. J’ai chanté une première fois dans un club et les gens ont trouvé ça formidable. On fera ainsi la tournée Stone et Charden fils. J’aime retourner sur scène ».

Une femme d'engagements

Elle met aussi sa notoriété au service de causes, comme celle de l’ADMD (Association pour le droit de  mourir dans la dignité) où elle est très active : « Je suis déléguée du 2e arrondissement de Paris. C’est une cause qui m’est chère. Je ne comprends pas qu’on puisse laisser les gens dans une situation si difficile. Je milite depuis des années pour une loi sur la fin de vie. J’espère que le prochain président s’accaparera du sujet ».

"J’essaie dans la mesure du possible de me rendre utile"

A Commentry, Stone vit accompagnée de ses quatre chats, Bobette, Jeannette, Fleur, Sam et de sa chienne Ysé. L’artiste est très attachée à défendre la cause animale : « J’essaie dans la mesure du possible de me rendre utile. Je suis très impliquée au sein de l’association Stéphane Lamart « Pour la défense du droit des animaux ». Stéphane m’appelle quand il a besoin de moi. Il n’y a pas que les chiens et les chats à défendre, il y a plein d’autres bêtes. Récemment, on s’est occupés des cygnes d’Annecy qui étaient en danger. On a aussi mené des opérations pour libérer des chiens victimes de maltraitance. Je mets ma notoriété au service de cette cause ».

Loin des réseaux sociaux

Dans l’Allier, entourée de son mari et de ses animaux, Stone goûte aux joies d’une vie simple, loin de la fureur des réseaux sociaux : « Je dois faire partie des dernières personnes qui ne savent pas se servir d’un ordinateur. Je regarde ça comme une poule qui a trouvé un couteau. Je ne sais pas où il faut appuyer. Je ne sais pas ce que sont les réseaux sociaux. De temps en temps, on me montre ce que les gens mettent sur Internet. Cela me surprend que certains passent leur vie là-dessus. Pour moi, le portable c’est déjà limite ! ». Elle conclut : « L’Allier est un vrai refuge. Avec le confinement, on n’avait plus de travail. Quand on a du boulot, on ne va pas cracher dessus. Là, ça reprend. Je ne suis pas en demande. Comme tout le monde, il faut bien gagner sa vie. On n’a pas des retraites mirobolantes, surtout que je ne suis pas auteur-compositeur donc je ne touche pas de droits d’auteur. C’est toujours appréciable d’avoir des possibilités de rentrée d’argent ». Désormais, Stone se concentre sur la tournée en préparation cet été avec son fils. Dernière facétie en date : elle a proposé d’écrire un billet d’humeur régulier dans un hebdomadaire local. Une façon de montrer que la chanteuse est solidement ancrée dans l’Allier.