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Moulins : aux urgences de l’hôpital, “les patients sont mis en danger”, alerte un médecin

Photo d'illustration. A Moulins dans l'Allier, la situation aux urgences est devenue critique à cause du sous-effectif médical. / © Maxppp
Photo d'illustration. A Moulins dans l'Allier, la situation aux urgences est devenue critique à cause du sous-effectif médical. / © Maxppp

La situation est critique aux urgences de l’hôpital de Moulins, dans l’Allier. Le manque d'urgentistes, et de ce fait les délais de prise en charge trop longs, mettent en danger les patients, alerte un médecin.  
 

Par Richard Duclos

Mardi 28 mai dans tout le pays, les personnels des urgences sont invités par SAMU-Urgences de France à arrêter le travail pendant quelques minutes, à midi. Objectif : dénoncer un "point de rupture jamais atteint", comme l’a écrit l’association il y a quelques jours dans un courrier adressé à la ministre de la Santé.

Dans l’Allier, les urgentistes de Moulins vont, comme beaucoup d’autres, répondre à cet appel pour tirer la sonnette d’alarme sur les conditions de travail, et par extension de prise en charge des patients : "Il y a un sous-effectif médical critique qui existe depuis plus d’un an, et qui a atteint un niveau tel que les patients sont mis en danger", avertit Thomas Dupuy, médecin urgentiste et responsable d’un pôle de médecine d’urgence à l’hôpital de Moulins.
 

Une "question de chance"


Ainsi la nuit, une seule équipe est désormais en mesure de sortir pour des interventions, souligne-t-il. En journée, cela arrive aussi de plus en plus souvent. Et il n’est pas impossible qu’un médecin se retrouve seul aux urgences, face à tous les patients. "Il y a environ 100 passages par jour aux urgences à Moulins. Pour répondre à cela, il faudrait être au moins quatre", précise Thomas Dupuy. Difficile alors d’apporter dans les temps les soins nécessaires aux patients. "L’accident nous guette au détour de chaque journée", s’inquiète le médecin.
 

On a identifié des situations très à risque. Il n’y a encore pas eu d’accident à proprement parler, mais je crois qu’il y a parfois eu une question de chance.

 

Problème d’attractivité


Dans ces conditions les médecins s’épuisent : le burn-out n’est jamais loin. "Et le problème est qu’il ne prévient pas. On prend sa garde un matin, et on rentre chez soi une heure après", note Thomas Dupuy. Pour compenser le manque de personnel, des solutions sont mises en place, comme le recours à l’intérim, ou le partage des assistants urgentistes entre hôpital et CHU (voir l’encadré). Mais ces solutions sont limitées : cet été, plus de la moitié du temps les urgentistes savent déjà qu’ils ne seront que deux.

Des propositions ont été faites à la direction, mais celle-ci n’y a toujours pas répondu, dénonce Thomas Dupuy. Parmi elles : proposer des contrats de praticiens-cliniciens, plus intéressants financièrement que des contrats de praticiens-hospitaliers. Car le problème ne vient pas que des coupes budgétaires : il vient aussi du manque d’attractivité du secteur public, qui vide l’hôpital de ses médecins puisque ceux-ci préfèrent le libéral. La situation est flagrante dans le cas des urgences : "En matière d’attrait, la spécialité médecine d’urgence est 40e sur 44, affirme Thomas Dupuy. Si on ne corrige pas cela, il n’y aura bientôt plus d’urgentistes !". Ce qui, bien sûr, ne pourrait qu'empirer une situation déjà critique.

 

Un personnel formé à repérer les urgences les plus graves, assure la direction

"Le délai de prise en charge des patients arrivant aux Urgences peut être plus ou moins long en fonction  du nombre de patients arrivant en simultané mais aussi c’est vrai, en raison  de la présence médicale", reconnaît la Direction, qui souligne que le manque d’urgentistes est un problème "sur l’ensemble du territoire national".

Pour faire face aux situations de tension et compléter les équipes, l’hôpital fait parfois appel aux médecins des services de Médecine, et à l’entraide avec les services d’anesthésie de chirurgie et de réanimation, ou encore avec la gynécologie-obstétrique  pour les urgences gynécologiques, etc. Des renforts auxquels viennent s’ajouter les intérims déjà évoqués.

La direction des urgences se veut par ailleurs rassurante sur la mise en danger des patients dénoncée par le Dr Dupuy : "Nos personnels infirmiers, notamment les Infirmiers d’Orientation et d’Accueil qui sont les premiers à voir les patients à leur arrivée aux Urgences ont reçu une formation spécifique pour repérer et ‘trier’ les urgences les plus graves à prendre en charge en priorité", rappelle-t-elle, ajoutant que ces effectifs d’infirmiers expérimentés sont actuellement renforcés, et que les opportunités de recruter un médecin urgentiste sont saisies dès qu’elles se présentent. Ainsi la question n’est pas budgétaire : si dix urgentistes se présentaient pour exercer au CH de Moulins-Yzeure, les dix seraient recrutés, assure la direction. Mais le problème est toujours le même : "le manque d’urgentistes est général".
 

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