Un après-midi chez les Médicis avec Raphaël Pichon et l'Ensemble Pygmalion

Raphaël Pichon dirigeant son Ensemble Pygmalion lors du 50e Festival de la Chaise-Dieu / © Claude Fallas
Raphaël Pichon dirigeant son Ensemble Pygmalion lors du 50e Festival de la Chaise-Dieu / © Claude Fallas

Raphaël Pichon et l'ensemble Pygmalion ont offert au public de la Chaise-Dieu le fruit de leur exploration de la musique de la renaissance, " un moment d'expérimentation" dans l'histoire de la musique selon le chef. Il est allé piocher dans les créations qui amusaient les Medicis en leur temps.

Par Richard Beaune

C'est à la fin de la représentation que nous sommes allés cueillir Raphaël Pichon. Le jeune chef qui fête (déjà) les dix ans de son ensemble Pygmalion nous apparaît rincé mais heureux, cerné comme un boxeur qui aurait tenu lesdouze rounds : " Une super énergie, une super disponibilité des gens, un programme qu'on a répété en trois petits jours alors qu'il en aurait mérité deux de plus, donc une tension un peu particulière. Parfois, ces tensions peuvent être négatives, c'est-à-dire que tout le monde aurait pu être un peu sur la réserve et là, ça a été tout le contraire puisqu'il y a eu une explosion d'énergie, donc génial, très heureux.
© Claude Fallas
© Claude Fallas

Ce programme réunit une kyrielle de compositeurs, poètes et librétistes de la renaissance, qui à l'époque étaient grassement payés par les Medicis dont le goût du faste et l'amour de l'art ont permis à beaucoup d'explorer et de proposer de nouvelles choses: "C'est une nouvelle aventure qui s'ouvre pour Pygmalion après plusieurs années autour de Bach et de la musique germanique, puis la musique française avec notamment les opéras de Jean-Philippe Rameau. Une nouvelle aventure où l'on explore ces zones d'ombres si je puis dire, même si on n'est pas les premiers à faire ça, des répertoires peu défendus et notamment ces années étranges et fascinantes, entre 1580 et 1610, tout ce moment de laboratoire, d'expérimentation où tout un tas de compositeurs et autres personnalités qui s'investissent dans les arts de la scène réfléchissent à faire naître de nouvelles formes. A Florence, ils sont aidés par la famille des Médicis, très riche et qui leur donne vraiment les moyens de réaliser des projets délirants à tout point de vue... Je suis donc allé picoré dans tout ces évènements à cette époque là. Le plus souvent, c'était autour de noces ou de bâptemes qu'on s'octroyait la possibillité de faire de grands spectacles, et je suis allé prendre des pastilles de chacun pour reconstituer une nouvelle mosaïque avec notemment deux grandes histoires, celle d'Appolon et celle d'Orphée. Appolon était le grand mythe de la renaissance et Orphée deviendra celui de l'époque baroque, qui sera aussi le premier grand chef d'oeuvre de l'opéra qu'est l'Orfeo de Monteverdi. Je trouve  que dans ce programme, on se rend compte que l'Orfeo de Monteverdi ne vient pas de nulle part et que parmi ces soit-disants petits maîtres de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, il y a de véritables perles et c'est cette quête de perles qui m'intéresse tout particulierement."

Entre joie et mélancolie

Des perles, il y en a un certain nombre dans ce programme et le talent d'interprétation du soliste Renaldo Dolcini nous en révèle quelques-unes. Son fougeux Appolon se mue en mélancolique Orphée et que ce soit l'un ou l'autre, il nous touche en plein coeur: "Le grand enjeu pour tous ces chercheurs de l'époque était d'exprimer de la façon la plus sensible possible les passions de l'âme. Et donc, aussi bien les moments de joies exaltantes, de jubilation que les moments du plus grand désarroi, de perte de l'être cher qui est évidement le fondement de l'histoire d'Orphée et Eurydice. Je pense notamment aux plaintes d'Orphée dans cette version de (Jacopo) Peri qu'on connaît moins que celle de Monteverdi mais dont personnelelment je trouve que c'est un veritable chef d'oeuvre.

Le premier festival qui nous a fait confiance, Raphaël Pichon à propos du festival de La Chaise-Dieu.


Depuis la naissance de Pygmalion, Raphaël Pichon est venu quasiment tous les ans au festival de la Chaise-Dieu. Depuis leur premier concert en Haute-Loire, le festival n'a pas cessé de faire confiance au jeune chef, un "festival qui a jalonné notre histoire, raconte-t-il, notre émancipation et qui nous a apporté quelque chose qui est extrêment précieux dans la vie d'un musicien, c'est la confiance et la confiance dans la durée."

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