Les rats taupiers, fléau des campagnes, font des ravages dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes

Tous les 10 ans un pic de population de rats taupiers est observé : nous y sommes. Les populations de campagnols terrestres explosent et détruisent toutes les racines végétales sur leur passage. En Ardèche, en Isère ou dans le Puy-de-Dôme les céréales, les prairies et les potagers sont menacés.

Son nom : arvicola terrestris, plus connu sous l'appellation de rat taupier ou campagnol terrestre. Il est dorénavant, "l'ennemi campagnard numéro 1", car il se reproduit très très vite et fait des ravages dans les champs et les potagers.

Tous les 5 à 6 ans on assiste à un pic de populations, qui régresse ensuite. Mais tous les 10 ans, ce pic est encore plus important, et nous sommes en plein milieu de ce pic, bien plus important que les autres années selon les remontées des observateurs.

Le rat taupier mange son poids en racine

Ce petit rongeur est le plus grand de la famille des campagnols, jusqu'à 200 ou 300 grammes environ. Très commun en Europe, trop même, il est protégé  dans les îles Britanniques, menacé d'extinction là-bas. Le campagnol terrestre est un herbivore. Sa consommation quotidienne équivaut à son poids en racines, de préférence charnues (type pissenlits, légumineuses, bulbes et rhizomes, et il adore aussi les racines des jeunes pommiers ou poiriers). Il ne boit pas : le voilà donc préparé pour le réchauffement climatique !

Le problème, c'est donc sa nourriture : il mange les racines, toutes les racines à sa portée. Et en creusant des galeries, il est capable de ravager des champs entiers. Chaque année, en France, près de 10.000 hectares seraient dévastés par les campagnols. Les taupes, par leurs réseaux de galeries, facilitent la colonisation des prairies par le campagnol, en particulier pendant la phase de croissance des populations.

"On n'a plus de plantes du tout"

Dans les 166 hectares de prairie de Pascal Laurent, sur la commune de Cros-de-Géorand (Ardèche) poussent habituellement des graminées et des légumineuses. Elles ont aujourd'hui presque toutes été détruites par le campagnol. Ses champs sont parsemés de grosses mottes de terre : "On est arrivé à un stade où on n'a plus de plantes du tout. Le campagnol a sorti tellement de terre qu'on a perdu toute la densité de l'herbe en surface. Et le sous-sol est déstructuré. On a de la terre dans le fourrage. Et on a des prairies où l'on a déjà plus d'herbe du tout."

Se pose ensuite un problème économique, car l'agriculteur sera obligé d'acheter du fourrage pour nourrir ses vaches, faute d'herbe dans les prés, un comble. Normalement il produit 250 tonnes. Il craint de devoir diviser par 2 sa production cette année. Pour lui, "ce n'est plus gérable en trésorerie".

De moins en moins de prédateurs

La prolifération du campagnol s'explique d'abord par la régression de ses prédateurs naturels, à commencer par le renard, les rapaces, ou encore les hermines ou les belettes, ainsi que la disparition des haies bocagères. La reproduction donne lieu à plusieurs portées de deux à huit petits, une femelle pouvant avoir jusqu'à six portées par an. 

"A certains endroits, c'est déjà trop tard"

La lutte s'organise au sein de la Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles (FREDON). Pour sa directrice adjointe Corinne Martins que nous avons pu joindre, c'est bien toute la région Auvergne-Rhône-Alpes qui est maintenant concernée, avec en particulier les grandes zones de prairies non cultivées, ou non utilisés par des animaux, vaches ou chevaux. "A certains endroits, c'est déjà trop tard, quand le campagnol a ressorti beaucoup de terres et qu'il n'y a plus rien à sauver" nous dit-elle. "Par contre s'il reste de l'herbe, là on peut encore lutter."

Elle préconise une lutte permanente et précoce dans les champs: "Les agriculteurs s'en sortent s'ils luttent chaque année. Au fur et à mesure, là où le campagnol s'installe, on perd vite la bataille. Il colonise et étend son territoire rapidement. Quand il n'y a plus rien à manger, il va décliner. Les jeunes ne restent pas là où ils ont grandi, ils vont toujours coloniser une autre zone, de 20 à 25 m2 environ."

L'obligation de lutter

La lutte par les agriculteurs est obligatoire, précise une circulaire, notamment pour les départements de l’Allier, l'Ardèche, le Cantal, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme, à partir du moment où le rat taupier est repéré. Mais cette lutte doit s'appliquer partout où le mammifère est repéré selon une circulaire ministérielle.

Les moyens de lutte

Pour les agriculteurs : un seul produit existe, le Ratron GW, un produit phytosanitaire à base de phosphure de zinc. Il faut un certificat individuel pour avoir le droit de s'en servir. A cela s'ajoute bien-sûr le piégeage manuel. Pour les taupes, les agriculteurs peuvent utiliser le PH3, avec une réglementation et un agrément spécifique. Pour Corinne Martins, Directrice Adjointe Fredon en Auvergne-Rhône-Alpes, "il faut réduire la présence des taupes, pour réduire aussi la présence des rats taupiers Ils ne cohabitent pas directement. Mais le campagnol utilise les galeries des taupes quand elles s'en vont." Les agriculteurs peuvent demander une prise en charge de cette lutte via le FMSE.

Pour les particuliers : le biocide Bromadiolone est interdit à la vente depuis décembre 2020. Il ne reste donc que le piégeage manuel. 

Les haies bocagères : sans aucun doute la meilleure arme pour faire revenir les prédateurs naturels des campagnols, ainsi que des nichoirs pour les rapaces. L'installation de pierriers permet d'accueillir l'ennemi juré du campagnol : l'hermine ou la belette. En général, dans une prairie ou un jardin, quand la taupe revient, c'est que le campagnol terrestre est reparti.

La recherche

Des recherches sont menées depuis 2017 à l'Université d'Auvergne à Clermont-Ferrand, pour trouver un "vaccin contraceptif ", financées par la région Auvergne-Rhône-Alpes.

On trouve décidément le rat taupier partout, du Cantal à la Lozère et jusqu'en Occitanie ou en Isère:

 

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