COVID : dans les services de réanimation du Cantal, « pour le moment, ça passe »

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Écrit par Solenne Barlot
Dans les réanimations du Cantal, la tension se relâche progressivement après des semaines difficiles.
Dans les réanimations du Cantal, la tension se relâche progressivement après des semaines difficiles. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

La situation en réanimation était très tendue dans les hôpitaux du Cantal pendant les vacances de Noël. Où en est on quelques semaines plus tard, alors que le variant Omicron est omniprésent ?

 Au centre hospitalier Henri Mondor d’Aurillac, les patients Covid 19 affluaient en masse lors des fêtes de fin d’année. Les lits de réanimation étaient pleins et le personnel débordé. Une dizaine de jours plus tard, la situation s’est améliorée. Le taux d’incidence s’élève malgré tout à 1 423,6 pour 100 000 habitants mais dans les services, la tension se relâche progressivement, selon le biologiste Mathieu Kuentz, président de la commission médicale de l’établissement : « C’est à peu près stable. Ça ne va pas trop mal. Ça s’améliore : pendant les vacances, c’était très tendu. On avait ouvert avant 10 lits de réanimation plus les 2 lits du CMC (Centre Médico Chirurgical, NDLR). Ils étaient quasiment toujours pleins. On avait une tension aussi sur les surveillances continues. On a été obligés, par défaut d’effectif, de repasser à 8 lits de réanimation. Là, on a décidé de garder 8 lits du fait de la dynamique de l’épidémie qu’on a actuellement sur notre territoire. Pour le moment, ça passe. »

Deux lits de réanimation inoccupés 

Dans les services de soins critiques à l’hôpital Henri Mondor, on compte :

  • 2 lits de disponibles en réanimation et 6 lits occupés (dont 4 patients Covid)
  • 4 lits de surveillance continue sur 5 disponibles et un lit occupé par un patient Covid
  • 15 patients Covid en médecine.

On compte également 5 patients Covid en soins de suite, contre 7 la veille. En effet, la situation change très rapidement : « Hier ce n’était pas du tout ça, on n’avait qu’un seul lit de disponible en surveillance continue », indique par exemple Mathieu Kuentz. Au CMC, les 2 lits de réanimation sont occupés ainsi que les 7 lits de soins intensifs. Sur les 12 lits de surveillance continue, 3 sont disponibles. Le biologiste précise : « Sur le département, on a 2 lits de réanimation disponibles et, entre l’hôpital et le CMC, 7 lits de surveillance continue. A Saint-Flour, on a 4 lits de surveillance continue disponibles. »

Des tensions sur le personnel

La tension ne vient donc pas de l’afflux trop important de patients mais de nombreuses absences du personnel, liées au Covid : « En effet, on a des arrêts maladie parce que les personnes sont positives. On a mis en place, pour les personnes qui sont asymptomatiques, la possibilité de les faire travailler de façon totalement dérogatoire si on a des blocages et qu’on ne peut pas rappeler du personnel, dans des conditions très particulières. Pour le moment on n’en a pas eu besoin. On se réorganise en permanence. C’est un travail de tous les jours pour la direction des soins qui bouge un peu le personnel pour que les services continuent à tourner. » Le centre hospitalier a dû s’adapter : « On a dû arrêter quelques activités ou du moins les réduire pour récupérer du personnel et pouvoir le redéployer sur d’autres unités. D’un point de vue médical, on a également des médecins qui sont positifs et il y a cette même problématique. »

Malgré ces problèmes de personnel, la situation hospitalière n’est pas préoccupante, bien que quelques tensions soient constatées : « Ce n’est pas la même tension que sur les vagues précédentes. On avait une tension très forte sur les lits du fait de l’afflux de patients et du remplissage de nos services. Là, on a une tension due à des difficultés d’un point de vue des ressources humaines. On en est à la 5ème vague, les gens sont épuisés, on a des arrêts maladie dans ce contexte-là. A ça, on rajoute les gens qui se contaminent, principalement dans la sphère familiale ou sociale. On a également des arrêts car des classes sont fermées et il faut garder les enfants. Le mélange de tout ça fait qu’effectivement, en termes de ressources humaines, on est assez tendu. C’est un peu au jour le jour », indique Mathieu Kuentz.

Omicron désormais majoritaire

L'équilibre reste donc précaire au centre hospitalier d'Aurillac, où la prédominance du variant Omicron débute : « On ne sait pas trop ce que ça peut donner. Dans le Cantal, on a toujours un peu de décalage. On constate qu’on a maintenant majoritairement de l’Omicron dans le département. On a encore des patients Delta et on attend de voir ce qu’Omicron va donner », explique le biologiste, qui rappelle malgré tout le bon taux de vaccination : 81% des Cantaliens présentent un schéma vaccinal complet le 9 janvier.  

Un des meilleurs scores de France qui explique en partie que les réanimations ne soient pas surchargées : « On a encore une augmentation du nombre de cas positifs. A l’hôpital, ça se traduit principalement par une augmentation du nombre de cas en ambulatoire. On constate bien une décorrélation entre le taux d’incidence et les tensions hospitalières par rapport aux vagues précédentes. Vu le taux d’incidence, on devrait avoir un hôpital plein à déborder, ce qui n’est pas le cas. C’est multifactoriel. Omicron est un peu moins pathogène et la population est très bien vaccinée. On surveille les flux de patients mais pour le moment on n’a pas plus de patients entrants que sortants donc ça reste une situation stable », précise Mathieu Kuentz.

Des patients immunodéprimés 

Parmi les patients Covid en réanimation au CH d’Aurillac, 2 sont vaccinés et 2 ne le sont pas. Il y a deux semaines, les taux s’élevaient à 80% de non-vaccinés et 20% de vaccinés. « Les vaccinés sont des patients qui ont des comorbidités assez importantes associées, souvent des cancers sous chimiothérapie. Ils répondent assez mal à la vaccination du fait de leur état d’immunodépression. En surveillance continue, on a un patient très âgé qui est vacciné et en médecine, on a principalement des patients vaccinés assez âgés. Après, c’est normal qu’on ait surtout des patients vaccinés puisque la quasi-totalité de la population du territoire est vaccinée. La réanimation s’est remplie pendant les vacances de gens non-vaccinés ou de gens vaccinés mais mauvais répondeurs. On a des patients malheureusement, même avec 4 doses, du fait de leur immunodépression très importante et de leur pathologie, ils ne répondent pas du tout. Ce n’est pas que le vaccin ne marche pas, on pourrait les vacciner contre ce qu’on veut, ils ne peuvent pas créer d’anticorps car leur système immunitaire est vraiment altéré », affirme Mathieu Kuentz.

Les limites du traitement à base d'anticorps

Pour ceux qui ont contracté le variant Delta, des traitements sont possibles : « Dans le cadre du variant Delta, notre service de médecine polyvalente qui fait de l’infectiologie faisait des traitements par anticorps monoclonaux à tous les patients éligibles. Ça a dû éviter des entrées en soins critiques », indique Mathieu Kuentz. Il détaille le fonctionnement de ce traitement : « C’est produit par des entreprises pharmaceutiques. Ces anticorps monoclonaux vont aider le corps à empêcher le virus d’infecter les cellules et diminuer la charge virale. C’est destiné à des gens qui n’ont pas été vaccinés ou des gens qui ont été vaccinés mais qui sont de mauvais répondeurs et qui ont un taux d’anticorps qui est bas. C’est utilisé en préventif : dès qu’ils sont positifs, pendant 5 jours, on peut leur donner des anticorps afin d’éviter que leur état se dégrade. Ça ne marchait pas trop mal sur Delta. Sur Omicron, on a des retours plutôt négatifs pour le moment. » Il se félicite cependant de cette stabilisation qui permet au centre hospitalier de reprendre une activité chirurgicale plus proche de la normale. Sur les 6 salles de bloc, seules 3 étaient restées ouvertes. Grâce à la baisse de la tension, une quatrième salle peut désormais rouvrir, mais pas davantage, « faute d’effectifs ».

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