Coronavirus COVID 19 : la difficulté du confinement pour les personnes en situation de handicap mental

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Écrit par Aurélie Albert
Anna a 35 ans, elle est porteuse de trisomie 21. Normalement elle vit seule avec son compagnon dans un appartement dans l'Allier mais pendant le confinement elle est avec sa maman.
Anna a 35 ans, elle est porteuse de trisomie 21. Normalement elle vit seule avec son compagnon dans un appartement dans l'Allier mais pendant le confinement elle est avec sa maman. © Gina Petit

Gérer le confinement dans les structures pour les personnes en situation de handicap mentale ou dans les familles, c'est le rôle des ADAPEI. En Auvergne, dans chaque département, ces associations s'adaptent tant bien que mal pendant le confinement lié au coronavirus COVID 19.

Rester chez soi en confinement pendant l'épidémie de coronavirus COVID 19 n'est pas toujours facile et cela demande un peu d'organisation. Mais dans certains foyers la situation est plus complexe.

Depuis le début du confinement, les ADAPEI (Association départementale de parents et d'amis des personnes handicapées mental) de la région Auvergne-Rhône-Alpes se sont réorganisées. Si certaines personnes, enfants et adultes, restent en confinement dans des structures de l'association, d'autres sont rentrées chez elles. C'est ce que vit la famille Jarron, à Aurillac, dans le Cantal. 
   

Marie, 29 ans, en situation de handicap mental et en confinement chez ses parents 

Nous sommes lundi, et normalement Marie, 29 ans, est au travail dans un ESAT (établissement et service d'aide au travail). Elle travaille à mi-temps dans une entreprise qui fait du conditionnement de vis pour le bricolage. Un travail qu’elle fait à mi-temps parce qu'elle ne peut pas rester concentrer toute la journée. C'est sa maman qui nous explique tout ça au téléphone. Josette Jarron est aussi trésorière à l'ADAPEI du Cantal. Elle nous raconte : "Ma fille a eu un trauma crânien quand elle était petite chez une nourrice, elle avait un an. Maintenant elle a un handicap mental et elle est toujours sous traitement épileptique. Elle est suivie à Montpellier. Mais on doit faire attention à ce que sa température n'augmente pas, elle pourrait faire des crises d'épilepsie. C'est pour ça que c'est dangereux avec le coronavirus"
 

"C'est angoissant pour nos jeunes en situation de handicap. Ils ne comprennent pas forcément ce qu'il se passe"

Depuis mardi 17 mars, la famille est en confinement dans une maison. "C'est une chance que nous avons. Mais c'est plus compliqué, il faut que je m'occupe d'elle. Elle vous pose la même question plusieurs fois en l'espace de quelques minutes. Il faut jongler avec tout. C'est un peu stressant et angoissant mais on ne peut pas faire autrement". Ce qui inquiète Josette, ce sont les autres familles. "Certaines vont être en difficulté. C'est angoissant pour nos jeunes en situation de handicap. Ils ne comprennent pas forcément ce qu'il se passe, les consignes à respecter, ils n'aiment pas être bouleversés dans leurs habitudes et ils ne peuvent pas forcément s'exprimer"
Il a fallu 4-5 jours à Josette pour faire comprendre à sa fille Marie, que personne ne pouvait sortir. 
 

"C'est un équilibre qui est chamboulé"

Heureusement, régulièrement les familles reçoivent des appels des éducateurs de l'ADAPEI du Cantal, à qui ils peuvent partager leurs inquiétudes. "C'est un équilibre qui est chamboulé. Il ne faut pas être trop intrusif dans les familles mais sachant que dans certaines d’entre elles, il y a des personnes avec des troubles importants, il faut pouvoir les accompagner, explique Lucien Lalo, directeur général de l'ADAPEI du Cantal. Nous allons mettre en place de nouvelles structures spécifiques afin de proposer un répit aux parents qui le souhaitent"

En tout, l'ADAPEI du Cantal accompagne 1 000 personnes en situation de handicap mental. 180 adultes et 160 enfants ont des handicaps complexes. "Dans certains cas où les personnes sont revenues à domicile et qu'elles sont seules, on les appelle tous les jours et on peut leur apporter leurs courses et leurs médicaments", ajoute Alain Costes, président de l'ADAPEI.
  

Anna, 35 ans, porteuse de trisomie 21, en confinement chez ses parents sans son compagnon

Anna a 35 ans, elle est porteuse de trisomie 21. Normalement elle vit seule avec son compagnon dans un appartement dans l'Allier. Ils doivent se marier au mois d'août. Depuis le confinement, ils sont retournés dans leurs famille : son compagnon vit chez son père et elle est retournée vivre chez ses parents. "On a préféré qu'elle revienne avec nous, parce qu'ils n'auraient peut être pas pris les précautions nécessaires s'ils n'avaient été que tous les deux", explique Gina Petit, la maman d'Anna. "On avait oublié qu'on ne vivait plus de la même façon. Alors on s'adapte à elle. On veut qu'elle soit bien avec nous. Ce dont j'ai peur c'est lorsque je vais devoir lui dire qu'elle ne peut pas voir son compagnon pour le moment, j'ai peur de sa réaction". 
 

"Si c'est amené à durer, j'ai peur que les salariés ne suivent pas"

Dans les structures des ADAPEI, il y a d'autres problématiques qui apparaissent avec le confinement. 
A l'UNAPEI du pays d'Allier qui compte 28 établissements sur Moulins et Montluçon, pour les enfants et les adultes, certaines structures sont encore ouvertes. "On a le devoir de reprendre les enfants si les parents le demandent mais dans des conditions strictes : si un enfant revient, il ne pourra pas retourner dans sa famille avant la fin du confinement", explique Christophe Teyssandier, directeur général de l'UNAPEI. "Pour le moment ça va, mais on a des personnes en situation de handicap avec des troubles mentaux importants. A la longue, ça sera difficile dans certaines familles", ajoute le directeur. "L'autre problématique qui pourra s'ajouter c'est le nombre de salariés. Si c'est amené à durer, j'ai peur que les salariés ne suivent pas. Dans un foyer médicalisé, on a besoin d’un salarié pour deux résidents. Un personnel par résident pour la toilette du matin et le repas du midi".
 

La situation reste gérable... pour le moment 

L'ADAPEI du Puy-de-Dôme a gardé ses internats ouverts, autant pour les enfants que pour les adultes. Pour Myriam Viala, la directrice générale, l'inquiétude est ailleurs "Pour le moment on n'a aucun cas de coronavirus COVID 19, mais si ça arrive ce sera compliqué. Chaque fois qu'une personne extérieure vient, il faut prendre des mesures très strictes"

C'est ce qui est arrivé à Lyon et en Haute-Savoie : "ils ont eu des personnes infectées en Haute-Savoie. Ca commence à être difficile pour eux parce qu'ils sont en confinement depuis plus longtemps", raconte Valérie Benotti, présidente de l'ADAPEI de Haute-Loire et de l'UNAPEI Auvergne-Rhône-Alpes. 

Une semaine après le début du confinement, dans les ADAPEI en Auvergne et chez les familles, la situation reste gérable pour le moment mais tous s'inquiètent si le confinement devait durer dans le temps.

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