Coronavirus: Pollution atmosphérique en Auvergne-Rhône-Alpes, les leçons du confinement

Publié le Mis à jour le
Écrit par F. Llop

Le confinement en réduisant considérablement le trafic routier a fait très logiquement baisser les niveaux de pollution, notamment dans les grandes agglomérations mais l'activité humaine ne s'étant pas complètement arrêtée, les indices restent élevés en zone rurale.

Après 5 semaines de confinement, Atmo France vient de publier un bilan confirmant la très nette diminution de la pollution liée à l’automobile partout en France. La région Auvergne-Rhône-Alpes s’inscrit dans cette dynamique positive. Sur les principales villes, les NOx (Oxydes d’Azote) ont baissé de l’ordre de -54% à -72%. Mais ce bilan cache aussi des zones d’ombre.

 

Les villes grandes gagnantes.

Depuis le 17 mars, la circulation des véhicules a été divisée en moyenne par quatre. Cela concerne les voitures légères comme les poids lourds, à la ville comme à la campagne. Sans surprise, on respire donc beaucoup mieux, et c’est particulièrement sensible dans les grandes agglomérations. A en juger par cette carte d’Atmo AuRA
 

"Cette période de confinement prouve que nos modélisations informatiques voyaient juste" se félicite Marie-Blanche Personnaz, Directrice d’Atmo Aura. "Les données physiques de nos capteurs démontrent, à un point jamais atteint sur une si longue période, que lorsqu’on laisse sa voiture au garage, la pollution chute drastiquement ! Et autre point positif, la baisse du taux de ces NOx nous évite également le traditionnel épisode printanier de pollution à l’Ozone (ndr : NOx + Soleil = Ozone). Seul point noir en ville, la pollution aux particules fines n’a baissé que de 20% à cause du chauffage."
 

Une baisse de la pollution moins importante dans les zones rurales.

Mais ce qui est vrai dans les grandes villes l’est moins pour la campagne. «La baisse de la pollution est moins importante dans les zones rurales, note M.B. Personnaz : les habitants se sont sans doute moins déplacés que d’habitude, mais à la campagne, la voiture reste le seul moyen de locomotion, la baisse de l’utilisation des véhicules est logiquement moins sensible qu’en ville. »
Autre facteur aggravant : l’agriculture. Le printemps est une période de fort épandage de produits phytosanitaires. «Quand il fait chaud et ensoleillé comme ça a été le cas depuis le confinement, ces produits s’évaporent et dégagent du gaz ammoniac, précise la directrice d’Atmo AuRA. Cet ammoniac va s’associer aux NOx dégagés par les véhicules pour former des particules fines très irritantes comme le Nitrate d’Ammonium ou le Sulfate d’Ammonium. Il faudrait que les exploitants agricoles favorisent des méthodes d’enfouissement profond des intrants, plutôt que d’épandre…»
 

La vallée de l’Arve : double effet positif.

C’est en effet en Haute-Savoie, dans la vallée de l’Arve, que le confinement a eu un impact spectaculaire sur la pollution atmosphérique. Sur cet axe, énormément emprunté par les poids lourds, le trafic routier s’est quasiment arrêté du jour au lendemain. Mais il y a une autre raison à une telle baisse.
«Certes, la chute du trafic routier est la cause principale de cette baisse des taux de pollution, souligne M.B. Personnaz, mais il y en a une autre, non négligeable : moins de tourisme. Les résidences secondaires sont restées fermées et donc, le chauffage aussi. C’est un point notable dans nos données. Nous en parlerons aux élus de façon à le prendre en compte lors des prochains programmes d’aide à la rénovation des chaudières… Il ne faudra pas oublier celles des résidences secondaires.»
 

Le déconfinement source d’inquiétude.

Alors qu’un déconfinement progressif va s’amorcer à partir de la mi-mai, la Directrice d’Atmo AuRA espère que la reprise de l’activité économique -et donc du trafic routier- ne viendra pas annihiler les améliorations observées ces dernières semaines en matière de qualité de l’air.
«La voiture ne doit pas se réapproprier l’ensemble de l’espace urbain, répète M.B. Personnaz. Je crains qu’avec le déconfinement, la «vieille habitude» d’utiliser la voiture pour tout déplacement ne revienne en force, et que la distanciation sociale soit un prétexte pour rouler seul en auto… Je rappelle qu’on n’est pas moins exposé à la pollution dans l’habitacle de sa voiture qui accumule et concentre tous les polluants extérieurs dans un petit volume… Et que la pollution qui irrite les voies respiratoires est un facteur aggravant si on attrape le Covid : on a donc tout intérêt à maintenir une bonne qualité de l’air… et de préférer la marche à pied et le vélo !»