D’où viennent les noms des villes d’Auvergne ?

 En Auvergne, les villes et communes présentent des similitudes dans leur étymologie. Topologie liée à l’environnement, à l’époque gallo-romaine, noms de lieux christianisés… Le linguiste Jean-Marie Cassagne nous explique l’origine des noms de lieux récurrents en Auvergne.

Quelle est l'origine des noms des villes et villages d'Auvergne ? Un linguiste nous donne des éléments de réponse.
Quelle est l'origine des noms des villes et villages d'Auvergne ? Un linguiste nous donne des éléments de réponse. © K.Tir/FTV

En Auvergne, les noms de lieux habités sont tous différents et pourtant, nombre d’entre eux ont des racines communes. « Les origines peuvent être gauloises, romaines, du Moyen-Age… C’est extrêmement différent d’un lieu habité à l’autre », explique Jean-Marie Cassagne, linguiste spécialisé dans les noms de ville. Pendant près de 20 ans, il a recensé les 120 000 lieux habités de la France entière et a étudié l’étymologie de la quasi-totalité d’entre eux. En Auvergne, par exemple, on retrouve très souvent le suffixe –ac à la fin des noms de ville et de village : « C’est gallo-romain. Le suffixe –ac, c’est le reste du suffixe latin –acum. Quand quelqu’un créait un grand domaine foncier, il lui donnait son nom auquel on ajoutait ce suffixe, qui indiquait donc qui s’agissait du « domaine de », précise Jean-Marie Cassagne. Ainsi, la ville d’Aurillac vient d’Aurilliacum, le domaine d’Aurillius. Ces domaines étaient très vastes et au fil des siècles, ils sont devenus des hameaux, puis des villages et enfin des villes.

La végétation au centre de la topologie

Le suffixe –vieille, que l’on retrouve dans plusieurs villes et villages comme Villevieille (63) ou Laroquevieille (15), désigne selon Jean-Marie Cassagne « un habitat qui a été abandonné au profit d’un lieu plus pratique ». Par exemple, un village en bord de rivière qui, suite à des inondations, aurait été laissé à l’abandon pour monter sur des collines. En Auvergne, beaucoup de noms font, d’après les recherches du linguiste, référence à la végétation : « On n’arrive pas toujours à les percevoir parce que la langue a évolué par rapport à la façon dont parlaient nos ancêtres. Par exemple, « noue » désigne une prairie humide, les « brosses » étaient de petits bois ». Sur le même modèle, le « breuil » désigne un bois défriché, le Breuil-sur-Couze dans le Puy-de-Dôme ou La Brosse dans l'Allier par exemple.

"Saint-Nectaire", le faux-ami

L’Auvergne ayant été une province assez tôt christianisée, selon Jean-Marie Cassagne, de nombreux noms de lieux ont des racines chrétiennes. « C’est parfois assez transparent, comme « la chapelle », ou un peu moins transparent comme « le moutier », qui vient de « monasterium » en latin et qui désigne le monastère. Bien-sûr, on a aussi tous les noms en « Saint » qui viennent du patronage de la chapelle primitive du lieu. » On peut penser par exemple à La Chapelle-d'Aurec en Haute-Loire. Selon ses recherches, en France, 15% de toponymes prennent la forme de « Saint - X », un chiffre « énorme ». Dans le Puy-de-Dôme, l’exemple de Saint-Nectaire pourrait paraître parlant, mais il n’en est rien : « Saint Nectaire n’est pas du tout un saint. Le nom de la ville était Sennecterre, comme on le retrouve dans les archives du Moyen-Age. L’Eglise a récupéré la toponymie et la ville est devenue « Saint-Nectaire », un Saint qui n’existe absolument pas », raconte Jean-Marie Cassagne.

Le relief, crucial dans la désignation des lieux

En Auvergne, beaucoup de noms sont également liés à la géographie des hauteurs, notamment les noms en « puy », « puech », « peche », comme Le-Puy-en-Velay: « Ça vient du latin « podium » qui signifie la colline. On a aussi les noms en « colle », ça désigne aussi la colline. Il y en a beaucoup car l’Auvergne est un pays vallonné », explique Jean-Marie Cassagne, par exemple Collandres (15). La racine « juc » est également utilisée pour désigner les collines : « Les toponymes en « jou », « jeu », désignent la hauteur. On la retrouve par exemple dans le verbe « se jucher » », affirme le linguiste. Dans le Cantal, on a par exemple la commune de Jou-sous-Monjou. Il ajoute : « Quand on donnait un nom à un hameau, à un village, il fallait faire référence à quelque chose. Dans une région vallonnée comme l’Auvergne, on se référait soit à la rivière qui coulait là ou à la hauteur qui ne se trouvait pas loin. Le but quand on baptisait un hameau, c’était qu’on puisse le repérer de loin. » Selon lui « Clermont » vient de « Clarus Mons », la colline d’où l’on voit. Montluçon (Allier) pourrait désigner le « Mons Lucii », mont de lumière.

De nombreux ouvrages référençant les noms de lieux

« La végétation a une part importante dans la topologie. Par exemple, quand il y a une forêt d’aulnes à proximité, on va appeler l’endroit Aulnay ou Aulnat », ajoute Jean-Marie Cassagne. Dans l’Allier, par exemple, beaucoup de noms de lieux font référence aux cultures à proximité. « Moulins, c’est assez transparent, il y en a aussi parfois ! » plaisante le linguiste. Pour reconstituer l’origine d’un nom, Jean-Marie Cassagne a fait des recherches dans les manuscrits du Moyen-Age. Il a consigné toutes ses découvertes dans divers livres. En Auvergne, on retrouve « Le Cantal - origine des noms de villes et villages » aux éditions Nouvelles Eds Bordessoules, mais également « Les noms de lieux de l'Allier-d'où vient le nom de mon village ? », « Les noms de lieux, Puy-de-Dôme », « Les noms de lieux, Haute-Loire » aux éditions Sud-Ouest, avec Mariola Korsak.

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