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Vers une dérogation à la mesure des 80 km/h sur les routes secondaires: “C'est ce qu'on attendait! ” (François Sauvadet)

François Sauvadet / © France 3 RA
François Sauvadet / © France 3 RA

Ce jeudi 16 mai, le premier ministre Edouard Philippe s'est dit prêt à laisser aux présidents de conseil départementaux la capacité de déroger aux 80 km/h sur les routes secondaires. La réaction de François Sauvadet, Président du conseil déparmental de la Côte-d'Or et Président du groupe DCI.

Par France 3 Rhône-Alpes


En vigueur depuis juillet 2018, la limitation à 80 km/h sur la plupart des routes secondaires est largement impopulaire, notamment en zone rurale ou périurbaine.  Cette décision de limiter au nom de la sécurité, la vitesse à 80 km/h, au lieu de 90 km/h, sur près de 400 000 kilomètres de routes secondaires à double sens et sans séparateur central avait même suscité de nombreuses réactions et oppositions chez les élus locaux.

Lors du grand débat national suivant la crise des "gilets jaunes", le président de la République Emmanuel Macron avait ouvert la porte à des assouplissements. Edouard Philippe, initiateur de la mesure controversée, semble aujourd'hui reculer. 

Le Premier ministre a affirmé, ce jeudi 16 mai sur franceinfo, qu'il ne voyait "aucun inconvénient" à laisser aux présidents des conseils départementaux la possibilité de déroger à cette mesure.

"Les sénateurs, au moment de l'examen de la loi d'orientation sur les mobilités ont fait une proposition consistant à dire que localement, les préfets et les présidents des conseils départementaux pourraient s'affranchir de cette limite de 80 km/h et fixer une limite supérieure. Si les présidents des conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n’y vois aucun inconvénient", a ainsi déclaré Edouard Philippe.

"Si les présidents de conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n'y vois aucun inconvénient", a déclaré le Premier ministre, fixant toutefois la condition que cette capacité soit "systématiquement assortie de mesures" garantissant "le plus haut niveau de sécurité routière possible".

Projet de loi LOM  et navette parlementaire

Des routes secondaires à 80 km/h : des dérogations seront-elles possibles ? Le débat doit être tranché par le projet de loi d'orientation sur les mobilités. Il vient de revenir à l'Assemblée après un passage au Sénat. Si la haute assemblée a donné compétence aux présidents de département et aux préfets pour relever la vitesse maximale autorisée. Un amendement des députés LREM est plus restrictif : il prévoit d'accorder cette compétence aux seuls présidents de conseils départementaux.

François Sauvadet a réagi ce jeudi matin à la déclaration du Premier Ministre. L'ancien ministre est le président du groupe Droite Centre et Indépendants de l'Assemblée des Départements de France. 

>> Edouard Philippe ne voit aucun inconvénient à laisser aux Présidents de Conseils Départementaux la capacité de déroger aux 80km/h sur les routes secondaires. Ce n'est pas une surprise pour vous ?

C'est ce qu'on attendait. ça fait un an depuis la prise de cette mesure annoncée depuis Paris, de passer tout le réseau départemental à 80 km/h, ça fait un an qu'on lui dit - Il y a des réseaux sur lesquels il faut même descendre en dessous de 80, et des réseaux sur lesquels on peut rester tout à fait à 90. On lui demandait d'adapter la décision. On connait bien nos réseaux. Je gère en Côte d'Or 5800 km de routes. L'application de cette mesure était incompréhensible. Entre Dijon et Beaune : 38 km, 42 changements de vitesse. Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve? Donc effectivement, c'est ce que nous demandions.

On nous dit - vous allez prendre une nouvelle responsabilité... Attention s'il  y a un accident- La responsabilité on l'assume tous les jours. Sur les 5800 km de routes départementales, je prends par an 150 à 200 arrêtés de vitesse. Par exemple, quand il y a des travaux sur une route, des discussions avec un maire sur des portions de routes plus particulières qui peuvent présenter un risque, on descend parfois la vitesse à 30 km/h. Donc la responsabilité on l'assume. On demandait simplement qu'il y ait un regard croisé avec les usagers de la route, avec les associations, les motards en colère... qu'on regarde les portions de routes qui peuvent rester à 90 et celles qui doivent être passées à 80. C'est une mesure de bon sens. Je ne comprends même pas qu'on ait perdu un an. Tous ceux qui ont besoin de la voiture ne comprenaient pas cette mesure.


L'accidentologie, en général, on observe que ce n'est pas lié aux 10 km/h entre 80 et 90 sur des portions toutes droites; c'est lié plutôt à des excès de grande vitesse, à l'alcool. Il faut être sans faiblesse pour sanctionner tous les comportements qui font prendre des risques pour soi-même et pour les autres. La sécurité routière c'est une priorité pour nous. Il fallait qu'on en parle. On ne peut pas prendre depuis Paris une mesure qui s'impose sur toute la France. Ça n'a pas de sens.
On a toujours tendu la main au Premier Ministre. J'avais dit, avec 40 autres présidents de départements, - dialoguons, regardons ensemble avec le préfet. Maintenant il nous dit - assumez la responsabilité !
Et le groupe En Marche propose que ce soit après avis de la commission départementale de sécurité routière... et bien allons-y ! C'est du bon sens.


>> Pour vous, c'est une bonne solution en terme de gestion ? 

Une bonne mesure en terme de sécurité routière, c'est une mesure qui est comprise et qui est comprise par les usagers de la route. Il ne respecte que ce qu'ils comprennent. Quand vous avez une route toute droite qui ne présente aucun risque particulier, qui est sécurisée, baisser de 90 à 80 (km/h), ça n'a pas de sens ! Je comprends bien, la voiture c'est un problème pour le gouvernement. Mais la voiture, dans le monde rural, on en a besoin. Sans voiture, il n'y a pas d'accès aux services publics, pas d'accès à l'école et aux services. Il faut prendre en compte la sécurité routière et l'adapter aux réseaux dont nous avons la responsabilité. 

>> Comment cela va se passer dans les départements ?

Je ne suis pas sûr qu'il faille la loi pour le faire puisque c'est une décision gouvernementale. Le Premier Ministre pourrait décider. On va attendre le chemin de la loi. Moi j'y suis prêt. D'ailleurs nous avons commencé à travailler depuis plusieurs semaines. On voit bien que le bon sens, le retour aux réalités s'impose. On a travaillé depuis plusieurs semaines sur le réseau routier qu'on va faire passer à 90. On est à prendre ces décisions et à les assumer ! Je le répète, nous sommes responsables du réseau routier. Chaque fois qu'il y a un accident, on cherche un responsable : le président du département pour savoir si on avait bien mis les panneaux, si on n'avait pas mis trop de gravillons ... donc la responsabilité on l'assume ! Ce n'est pas une nouveauté pour nous !

>> Un retour en arrière au niveau des panneaux ?

Oui ... mais ce n'est pas l'essentiel de la question. On règlera la question. Ce n'est pas le sujet. 

>> Qu'est ce qui explique qu'on ne vous ait pas entendu avant ?

Il y a une vision parisienne des choses... sur la transition écologique, sur le coût du carburant. On nous dit - on va augmenter le carburant pour changer les comportements - mais quand vous avez des problèmes de pouvoir d'achat, la voiture vous en avez besoin. Dans le monde rural, c'est vital, la voiture. Il faut en prendre conscience. Je m'aperçois qu'il y a eu un retour à la raison et tout ne peut pas se décider depuis Paris. C'est un appel aussi à écouter les élus locaux. Ils sont proches du peuple. Travaillons avec le gouvernement. La main est toujours tendue de la part des départements de France ! 

>> Une proposition que vous prenez avec beaucoup de satisfaction ? 

C'est du bon sens. On l'attendait ! Le bon sens est de retour... très bien !
 

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