Drôme : un centre de cryothérapie découvre que le froid permet de retrouver l'odorat

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Écrit par Emilie Rosso avec Marjorie Nadal

Et si le froid permettait de retrouver l'odorat ? L'anosmie, ce symptôme du Covid 19, pourrait être traité par la cryothérapie. C'est en tout cas la découverte fortuite faite par un centre d'Alixan, dans la Drôme. 28 patients sur 30 auraient retrouvé l'odorat.

C'est l'un des symptômes les plus étranges du Covid-19. Et l'un de ceux qui dure le plus longtemps. L'anosmie, c'est-à-dire la perte d'odorat peut compliquer le quotidien de ceux qui en souffrent depuis leur infection au coronavirus. Parfois plusieurs mois... Et si le froid était la solution ? C'est en tout cas l'hypothèse d'un centre de cryothérapie basé à Alixan, dans la Drôme, qui a réussi à soigner une trentaine de patients, complètement par hasard. Des chercheurs au CHU et à l'université de Reims ont mené une étude pour essayer de comprendre le phénomène.

Une découverte faite par hasard

Elle est d'ordinaire utilisée pour favoriser la circulation sanguine. Et plébiscitée pour accroître la fermeté et la tonicité de la peau ou lutter contre le stress. La cryothérapie, où la guérison par le froid. Dans ce centre d'Alixan, dans la Drôme, on en vente les nombreux mérites. Derrière la grande cabine vitrée, Olivier Bertrand en est à sa cinquième séance de cryothérapie.

Chaussettes, moufles et bonnet sur la tête... 4min30, à -90°... Mais si Olivier accepte de serrer les dents, c'est pour retrouver son odorat. Depuis un an, il souffre d'anosmie à cause du Covid. « J'ai récupéré des odeurs que j'avais perdues ou qui étaient transformées en d'autres odeurs. Je partais de 0 et je dirais que j'ai récupéré entre 40 et 50% de mon odorat, je pense", raconte Olivier.

Une découverte totalement fortuite. « Nous avons eu une cliente qui est venue chez nous pour autre chose, pour des inflammations... Elle avait perdu l'odorat depuis huit mois et suite à sa séance elle nous a dit l'avoir trouvé. On a d'abord pensé à une coïncidence et puis une deuxième cliente a fait le même constat, tout est parti de là... »explique Emilie Morin, la co-gérante du centre Cryotera.

Une étude publiée dans une revue scientifique

Pour tenter de comprendre, une équipe de médecins de Reims s'est emparée du sujet et a mèné une étude scientifique. Récemment publiée dans la revue médicale "The Journal of Integrative and Complementary Medecine", elle démontre que sur une population de 30 personnes ayant effectué entre deux et cinq séances de cryothérapie, 28 avaient constaté une amélioration de leurs capacités olfactives. « Il n’existe aujourd’hui aucune thérapie permettant de lutter efficacement contre cet effet secondaire de la Covid-19.

La cryothérapie apparaît donc comme l’une des seules solutions scientifiquement viables pour lutter contre ce phénomène qui handicape des centaines de milliers de personnes dans le monde », lance Bastien Bouchet, le co-fondateur de Cryotera et co-auteur de l'étude.

Mais comment expliquer le phénomène ? Difficile. Quand on ne comprend toujours pas l'origine du symptôme lui-même. Mais le froid pourrait permettre de stimuler nos sens. La cryothérapie aurait aussi de très bons résultats sur les odeurs fantômes, autre symptôme gênant du coronavirus.

« La covid 19 impacte les neurones, les organes sensoriels et créé une inflammation, c'est la cause de la perte de l'odorat. La chambre de cryothérapie a des propriétés anti inflammatoire, donc l'enjeu premier c'est d'utiliser ces fonctions pour lutter contre l'inflammation ».

Bastien Bouchet, fondateur de Cryotera

Une explication encore au stade d'hypothèse, mais les premiers résultats sont encourageants.

A tel point que l'entreprise Cryotera a décidé d'étendre son étude à ses autres centres, un peu partout en France. Les scientifiques espèrent en effet confirmer leur découverte et intéresser l’assurance maladie pour un potentiel remboursement dans le cadre d'une anosmie liée au Covid. Les 5 séances coutent actuellement 195 euros. On estime que 70 % des patients ayant contracté le coronavirus subissent des troubles liés à l’odorat.