Municipales. Drôme. “L’Etat n'aime pas les villages”, le coup de gueule de l'adjoint au maire de Châtillon-en-Diois

Châtillon-en-Diois dans la Drôme, est un village de 500 habitants. "C’est un village où il fait bon vivre, comme dans beaucoup de villages de nos campagnes. Mais il fait moins bon d’y être élu dans ces villages" Selon un de ses adjoints au maire. / © Mairie de Châtillon-en-Diois
Châtillon-en-Diois dans la Drôme, est un village de 500 habitants. "C’est un village où il fait bon vivre, comme dans beaucoup de villages de nos campagnes. Mais il fait moins bon d’y être élu dans ces villages" Selon un de ses adjoints au maire. / © Mairie de Châtillon-en-Diois

A moins de 7 semaines des élections municipales. Si la bataille politique fait rage dans les grandes villes, ce n'est pas le cas dans les villages. Dans son livre "Les galériens de la république", Bernard Ravet raconte sa vie d'élu local face aux élites parisiennes.

Par N.MB

Bernard Ravet est, depuis 4 ans, adjoint au maire de Châtillon-en-Diois dans la Drôme, un village de 500 habitants. "C’est un village où il fait bon vivre, comme dans beaucoup de villages de nos campagnes. Mais il fait moins bon d’être élu dans ces villages."
Ce retraité de l’éducation nationale pousse un coup de gueule "quand on participe pour la première fois de sa vie à la vie locale en tant qu’élu sur une liste municipale, on se dit qu’on va faire le politique… mais pas du tout ! En fait on se retrouve bénévole dans quelque chose de fabuleux qui s’appelle la commune."
Ce que reproche sans détour Bernard Ravet "C’est de passer une partie de son temps à faire ce que les employés municipaux ou les techniciens font dans les grandes villes". "Dans mon village, le maire prend souvent son tracteur parce que les employés municipaux ont besoin d’aide."  Bernard Ravet regrette de devoir rédiger des dossiers alors que dans les grandes villes ce sont aux secrétaires de mairie de le faire.

"Quand on lance un projet dans mon village, on est 2 ou 3 à se mobiliser et quand Anne Hidalgo lance un projet, elle a une bonne cinquantaine de collaborateurs qui viennent à son secours."


"Élites parisiennes" contre élus locaux 

"Oui ! Depuis des années tous les hommes politiques, tous les présidents de la République nous annoncent une simplification administrative et au quotidien on s’aperçoit, qu’on a régulièrement de nouveaux règlements et de nouveaux textes à appliquer. Le paradoxe c’est que ça devient de plus en plus complexe à mettre en œuvre."

Bernard Ravet a un vrai sentiment d’abandon "oui, parce que je me pose la question de savoir si les personnes qui mettent en œuvre la règlementation sont conscients que dans certaines communes c’est juste impossible de pouvoir être dans la norme."

"Chaque énarque devrait faire un stage d’au moins un moins dans une commune de moins de 1000 habitants et il comprendrait !"

Bernard Ravet montrerait alors son quotidien, comme répondre à ses mails lui-même ou bien gérer ses prises de rendez-vous ou encore rédiger son cahier d’appels d’offre, sans oublier de faire un tour sur le chantier du coin car il n’a pas de directeur technique…. et la liste est longue. "Et le paradoxe, c’est qu’il faut faire beaucoup de choses mais que nous ne sommes pas formés pour ça au départ" ajoute l’élu drômois.
"Prenons l’exemple de la règlementation des cantines scolaires. Nous ne pouvons pas travailler avec un restaurateur local, il nous faut absolument passer par une cuisine centrale pour les collectivités. Sauf que pour cela, il nous faut aller dans la vallée du Rhône, à 80 km de notre village. Alors en attendant la cuisine de l’hôpital de Crest nous dépanne." Bernard Ravet ne nie pas ces exigences, mais il aimerait pouvoir aussi s’adapté localement. "On pourrait aider un restaurateur pour qu’il mette sa cuisine aux normes, ce qui fait un emploi et demi sur le village, et puis transporter 70 repas chaque jour sur 80 km, ce n’est pas très écolo."

"On a le sentiment que notre France se pense qu’autour d’un paysage métropolitain. Dans nos villages on est en ZET, en zone  éloignée de tout !"

Au ministre de l’éducation qui préconise que chaque enfant visite au moins un musée, Bernard Ravet répond : "C’est génial, sauf que pour nous le premier musée est à 80 km et ce n’est pas l’Etat qui va payer le car mais la commune."
Un exemple de plus qui vient conforter la galère de l’élu drômois.
 

La moitié des maires ne se représente pas en milieu rural

"On a beaucoup entendu les sociologues parler du blues des maires, on entend aussi que la moitié des maires ne se représente pas en milieu rural, qu’il est difficile de trouver de nouveaux élus." Le coup de gueule de Bernard Ravet est loin d’être théorique, A travers son quotidien, l’élu veut montrer voire démontrer que pour faire fonctionner une commune, les élus sont obligés de se substituer à une carence de moyens administratifs et humains. Et ça se voit aussi sur le terrain "pour 90% des administrés, ils sont bienveillants avec l’équipe municipale. Mais quand les villages sont petits, on est très près des décisions. C’est-à-dire que si une bouche d’égout est bouchée, c’est au maire qu’on va venir le dire, et parfois ça peut être violent."

Aujourd'hui, Bernard Ravet pense se représenter à la mairie de de Châtillon-en-Diois, mais pas comme adjoint au maire "la tâche est trop lourde. Alors si je suis élu, je m’intéresserais à un dossier qui me passionne, le patrimoine." Châtillon-en-Diois étant un très beau village de la région drômoise, avec un noyau historique et un patrimoine naturel, que Bernard Ravet a de quoi faire.

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