Tueries dans la Drôme et le Vaucluse : un an après, les familles demandent justice

Il y a un an, Fissenou Sacko tuait quatre personnes dans la Drôme et le Vaucluse. Depuis ce 26 décembre 2016, les familles restent dans l'attente d'un procès, qui pourrait ne jamais avoir lieu, et pointent les responsabilités de l'Etat dans l'affaire.

Le couple de septuagénaire, Marie-Thérèse et Bernard Philibert, est retrouvé mort le 26 décembre 2016 à son domicile de Montvendre (Drôme).
Le couple de septuagénaire, Marie-Thérèse et Bernard Philibert, est retrouvé mort le 26 décembre 2016 à son domicile de Montvendre (Drôme). © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
Un an d'enquête, un an d'attente pour les familles endeuillées par les tueries du 26 décembre 2016. Ce jour-là, Fissenou Sacko, 23 ans, ôtait la vie à quatre personnes dans la Drôme et dans le Vaucluse (voir encadré).

Depuis, les proches de Marie-Thérèse et Bernard Philibert tentent d'obtenir le procès du meurtrier présumé. Hospitalisé d'office lors de son arrestation à Avignon à la demande du préfet, il est aujourd'hui placé dans une unité pour malades difficiles, à Villejuif (Val-de-Marne).

L'expertise, rendue en janvier 2017 par deux experts psychiatriques, a conclut à l'abolissement du discernement du suspect : il ne peut être tenu responsable pénalement de ses actes. L'avocat des parties civiles, Me Alain Fort, a demandé une contre-expertise, qui aurait dû être versée au dossier ces derniers jours. Mais toujours rien.

De sérieux dysfonctionnements

La famille des époux Philibert pointe les responsabilités de l'Etat. Pour eux, ces crimes auraient pu être évités. Avant de se lancer dans sa meurtrière fuite en avant, Fissenou Sacko est expulsé d'un train et remis aux gendarmes. Faute de plainte déposée à son encontre, il est confié aux pompiers et transporté vers le centre hospitalier de Valence.

"Jamais un individu comme lui n'aurait dû se trouver dans un hôpital sans accompagnement de la gendarmerie", juge Hervé, le fils des victimes. "Il avait tapé quatre personnes dans un TGV [avant d'en être débarqué en gare d'Alixan, dans le Vaucluse]. Je ne comprends pas cette réaction".

Amers, les enfants Philibert se sentent en outre abandonnés par l'institution judiciaire, dont ils attendaient un suivi psychologique. "Rien n'a été fait pour nous aider", lâche Hervé. "Depuis le 26 décembre, nous sommes seuls."

Mi-septembre, ils reçoivent une lettre avec accusé de réception les informant de la levée des scellés dans la maison de leurs parents défunts. "Nous sommes entrés et rien n'avait bougé. Tout était comme le 26 décembre, avec le sapin de noël, la dinde dans le frigot, la scène du massacre... Il a fallu que la famille nettoie", raconte Hervé Philibert, la gorge nouée.

Y aura-t-il un jour un procès ?

"On a besoin d'un procès. Autrement c'est trop facile chacun va faire ce qu'il veut", affirme Béatrice Philibert. "Comment expliquer à ses enfants qu'on a le droit de tuer ?" Si la contre-expertise conclut elle aussi à l'irresponsabilité pénale de Fissenou Sacko, un procès aux Assises ne pourra pas se tenir.

Toutefois, depuis 2008, une audience peut se tenir, à la demande des parties civiles, devant la chambre de l'instruction "en présence de la personne mise en examen et au cours d'une séance publique", si l'état du suspect le permet. Tout comme aux assises, les témoins et les experts peuvent alors être interrogés.

A l'issue de cette audience, le juge peut décider de l'abandon des poursuites et remettre en liberté le mis en cause, le reconnaître irresponsable, ou encore le tenir pour responsable de ses actes pénalement et le renvoyer aux Assises.

Mais avant d'y arriver, la famille Philibert va devoir encore subir plusieurs années de procédure judiciaire.
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Tueries dans la Drôme et le Vaucluse : un an après, les familles demandent justice

 

Itinéraire d'un tueur
25 décembre 2016. Fissenou Sacko, 23 ans, monte dans un TGV en gare de Marseilles pour rejoindre Paris. A 19h40, le jeune homme originaire de Beauvais (Oise) est expulsé un première fois du train à Avignon (Vaucluse), en raison de son comportement agressif à l'égard des voyageurs. Une heure plus tard, il embarque dans un autre TGV, sans arrêt jusqu'à Paris Gare de Lyon.

Pourtant, 21 heures, le train s'arrête spécialement en gare d'Alixan. Le jeune homme, qui a agressé plusieurs personnes dans la rame, est pris en charge par la police du rail (SUGE), puis remis aux gendarmes. Aucune plainte n'est déposée contre lui, les forces de l'ordre n'ont pas de raison de le maintenir en garde-à-vue, estime le parquet. Calme mais incohérent, Fissenou Sacko est alors orienté par les pompiers vers le Centre hospitalier de Valence, dont il s'échappe une heure plus tard. Il marche une dizaine de kilomètres pour rejoindre Chabeuil.

26 décembre 2016. Vers 3 heures du matin, Fissenou Sacko arrive à Chabeuil (Drôme) et s'introduit dans le domicile de Paulette Guyon, 79 ans, avant de la tuer à l'arme blanche. Une demi-heure plus tard, Marie-Thérèse et Bernard Philibert, 75 ans, sont poignardés à leur tour dans leur maison de Montvendre, la commune limitrophe. Le meurtrier présumé vole au passage la Citroën C3 du couple et prend la route du Sud.

A 7h30, Fissenou Sacko descend de voiture sur le parking du magasin Grand Frais, à Orange (Vaucluse). Le jeune homme frappe à la tête Renée Chevalier avec une pierre, alors qu’elle venait chercher des légumes à l’arrière du magasin pour nourrir ses animaux. Elle décèdera de ses blessures trois jours plus tard Le meurtrier présumé est contraint d'abandonner son véhicule à la suite d'un accident de la route à Novès (Bouches-du-Rhône).

Blessé, Fissenou Sacko est alors pris en stop par un automobiliste qui lui propose de le conduire à l'hôpital. Le suspect finit par descendre à la gare d'Avignon, où il est interpelé "sans heurt". "Son état psychiatrique [était] incompatible avec une mesure de garde à vue et il a été placé en hospitalisation d'office sur arrêté du préfet de la Drôme", précise à l'époque le parquet.
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