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Italie. La “Dame du Barbera” fête ses 50 vendanges

Dans les "langhe" du Piémont, terres des vins d’excellence piémontais... / © France 3 Alpes
Dans les "langhe" du Piémont, terres des vins d’excellence piémontais... / © France 3 Alpes

Dans les "langhe" du Piémont, terres des vins d’excellence piémontais, elle a fait du vin le plus courant un produit désormais présent sur les tables des restaurants du monde entier.

Par Fabrice Liégard

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Dans les "langhe" du Piémont, terres des vins d’excellence piémontais, elle a fait du vin le plus courant un produit désormais présent sur les tables des restaurants du monde entier. Portrait d’une femme qui a su devenir "Reine" des vignobles d’Asti, dans un monde viticole longtemps réservé aux "Rois" des grands crus.

Ces vendanges 2020 resteront gravées à jamais dans la mémoire de "Mariuccia", la "petite Marie"comme l’appellent gentiment ses amis de toujours dans son village natal : Costigliole d’Asti

50 vendanges, ce n’est pas rien tout de même !

Costigliole, c’est le village où elle a grandi. Où elle a pu parachever le rêve familial qu’elle a fait sien dès l’âge de 20 ans : sa Cascina Castlet. Un tout petit domaine viticole de 5 hectares. Comme tout le monde, son grand-père, puis son père y ont cultivé jusqu’à l’orée des années 1970, le vin Barbera : le plus courant des vins piémontais. 

"Dans ces années là, quand on voulait nommer une "piquette" locale, on l’appelait Barbera. Tout vin, bas de gamme servi en pichet dans les bars à vins de Turin recevait le nom de : Barbera", rappelle volontiers Aldo, le patron du Caffè Roma, un restaurant gastronomique du centre-ville.
 

Patronne à 20 ans 

"A l’époque où j’étais serveuse dans le bar à vins que mon père avait acheté à Turin, les gens ne consommaient le vin qu’à la "tireuse". Ils buvaient du Barbera, mauvais ou parfois bien meilleur, mais l’important était qu’il ne soit pas en bouteille et sans étiquette", se souvient Mariuccia. 

C’est alors que le destin frappe à la porte de la "petite Marie". Lors d’une journée d’août 1970, son père qu’elle se plaisait depuis toute enfant à aller aider à la vigne, disparaît brutalement. A 20 ans, elle se retrouve patronne du domaine. 

Pas le temps de rêver : elle assure les vendages de l’année à la tête d’une poignée de viticulteurs.  

"Passée l’urgence de sauver la récolte, je n’ai pas réfléchi longtemps", explique-t-elle. "Mon rêve était de rester vivre sur cette terre". 

Pendant plusieurs années pourtant, elle doit partager son temps entre le bar à vins de Turin et le domaine de Costigliole. Des journées chargées, mais indispensables pour mettre de l’argent de côté. 

 

Une révolution nommée : Mariuccia 

Car "la petite Marie" a de l’ambition. Et surtout… des idées qu’il faut financer. 

Celle par exemple, de valoriser ce "Barbera" à la réputation un peu sulfureuse. Trop galvaudé pour être réputé. Trop mal fagoté pour être respecté… 

Pour y remédier, Mariuccia a, la première à Costigliole, où 70% de la surface viticole est vouée à la production de Barbera, l’idée de mettre son vin… en bouteilles. Encore fermées à la cire au milieu des années 70, ses bouteilles voient rapidement des étiquettes au design recherché leur donner une vraie identité. Et ça marche ! 

Commercialement d’abord. Ce qui permet à Mariuccia de financer ses innovations, l’embauche d’un œnologue aussi. Puis, plus tard, d’agrandir le domaine. Sa "Cascina Castlet" voit les 5 hectares laissés par son père, devenir 10, 20 pour atteindre une trentaine d’hectares actuellement.  

Et puis, ces expériences gagnantes lancées par Mariuccia Borio suscitent évidemment l’intérêt des viticulteurs des alentours. La relative "indifférence" qu’elle rencontre à ses débuts auprès de ses homologues hommes, au pire "le mépris" pour une femme pas vraiment à sa place dans ce métier d’homme, laissent rapidement la place à l’entraide et à la courtoisie.  

 

La « Signora della Barbera » exporte désormais dans 20 pays 

Elle est ainsi invitée à courir le monde des foires aux vins de la planète entière. De son Piémont, où dans son sillage se crée bientôt une antenne de l'Association Nationale des femmes du vin et jusqu’au Japon où elle obtient de nombreux prix pour ses productions, "la petite Marie" a bien grandi. 

30 hectares de vignes. 140 mille bouteilles de Barbera produites en moyenne l’an dernier. 25 mille de moscato d’Asti.  

Mariuccia Borio s’est même permis le luxe de redécouvrir un cépage local quasi disparu : l’Uvalino. Un cépage littéralement exhumé de l’oubli. Grâce aussi à une collaboration avec le monde scientifique, Mariuccia a réussi à prouver que ce raisin était un vrai élixir de longue vie, grâce à sa forte teneur en resvératrol. Un antixoydant, anti-inflammatoire et vaso-protecteur… une raison de plus de souhaiter longue vie à "Mariuccia, la Reine du Barbera" !