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Le dimanche 22 novembre, France 3 diffuse, dans le cadre de Chroniques d'en haut, le documentaire "Ventoux, le retour du loup". Le loup, objet de discorde entre éleveurs et défenseurs de la nature que le projet "Pastoraloup" cherche à faire travailler ensemble pour monter des actions concrètes.

Par Laurent Guillaume

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Le loup cristallise des peurs millénaires, notamment lorsqu'au début des années 2000, il fait son retour dans les massifs forestiers du Ventoux. Cette région, pourtant habituée à un pastoralisme tranquille, s'est retrouvée troublée par la présence de la bête. Il oppose les défenseurs de la nature aux éleveurs du massif qui acceptent difficilement qu’il vienne se servir impunément dans leurs troupeaux. Après des siècles de guerre sans merci, une cohabitation entre l’homme et le loup est-elle possible aujourd’hui dans le massif du Ventoux ?

Le documentaire "Ventoux, le retour du Loup" propose un état des lieux dans ce massif provençal, et raconte les doutes, les craintes et les discordes que le retour du loup a fait naître. Un débat que j’ai entendu partout en montagne, dès qu’on aborde le sujet avec des éleveurs. Cela m’amène à partager avec vous une expérience qui donne chaque année des résultats dans de nombreux autres massifs français. Une initiative imaginée il y a longtemps déjà par l’association Férus, qui cherche à concilier autant que possible la présence du loup dans nos montagnes avec la nécessaire sauvegarde du pastoralisme. Il s’agit du programme "Pastoraloup", qui met en relation les défenseurs de la nature et les éleveurs pour bâtir ensemble des actions concrètes.

S’il y a un sujet à éviter en de nombreuses circonstances, quand on croise des éleveurs ou des bergers, c’est bien celui du loup, tant les points de vue sont clivés, tenaces, et dans certains cas un peu dogmatiques. Avoir un débat apaisé sur la présence du loup dans nos montagnes n’est pas une chose facile, les deux camps - les pros et les antis - ayant beaucoup de mal à se comprendre et de plus en plus à se parler. Il existe pourtant des arguments valables de part et d’autre, mais à l’époque du règne des réseaux dits "sociaux" où l’art du dialogue et de l’argumentation se limite le plus souvent à une bordée d’insultes et de jugements à l’emporte-pièce ; où l’art de la nuance et du débat constructif est noyé dans la fosse alimentée par les excités du clavier : créer le dialogue entre deux parties qui s’opposent n’est pas une chose aisée. 

C’est dans ce contexte qu’il faut saluer l’initiative de l’association Férus qui, depuis de longues années, tente de favoriser le dialogue entre les deux camps et de trouver des solutions concrètes pour faire avancer les choses. D’un côté, la détresse réelle des bergers et éleveurs qui subissent les prédations du loup sur leurs troupeaux. Et n’allez pas leur dire qu’ils sont défrayés, ça leur fait le même effet que lorsque vous touchez l’assurance après un sinistre. Ça aide, oui, mais ça n’efface ni le stress ni la colère. Lorsqu’on est berger et qu’on aime ce métier, on ne le fait pas pour toucher des assurances, mais pour mener un troupeau, prendre soin des bêtes. De l’autre, des bénévoles qui aiment le loup et qui le respectent, des amoureux de la nature, mais qui reconnaissent aussi le rôle de l’élevage dans l’entretien des paysages et la vie en montagne. Ceux-là ont décidé de participer au programme Pastoraloup, initié par l’association Férus, qui met en relation les éleveurs dépassés par les attaques répétées et ceux qui veulent leur donner un coup de main. Ainsi, ils sont nombreux à vivre quelques jours en estive au côté des bergers pour, par exemple, les aider à surveiller les troupeaux contre une éventuelle attaque du loup, afin de libérer du temps pour les autres travaux nécessaires à la protection, ou tout simplement pour souffler un peu. Ils sont jeunes ou moins jeunes, hommes et femmes, retraités ou actifs, mais tous ont pour motivation d’apporter une aide concrète permettant à la fois de protéger les troupeaux, d’aider les bergers, et de laisser vivre le loup. C’est le cas de Catherine, bénévole, habitant dans les Hautes-Alpes, qui a passé quelques jours à garder le troupeau de chèvres de Gaétan sur les hauteurs de Claix près de Grenoble. "J’ai toujours aimé la montagne, la nature. Et je suis fascinée par le loup comme par tous les animaux sauvages. Mais j’ai voulu aider les éleveurs dont la vie est considérablement compliquée par la présence du prédateur, d’abord pour mieux comprendre leurs problèmes, mais aussi pour aider à faire partie de la solution, pas du problème. On peut défendre le loup et comprendre les éleveurs, mais moi : j’ai choisi de les aider concrètement", explique-t-elle.

Les profils et les origines de ces bénévoles sont variés. Ils peuvent être issus des villes comme des campagnes, même si les ruraux se sont plus facilement adaptés à la frugale vie en alpage. Car bien souvent, ils vivent sous la tente ou dans des cabanes de bergers. Ce qui fait aussi partie de l’expérience à vivre ici, en altitude… Certains profitent de leurs vacances pour partir en estive, d’autres de leur retraite. Ils proviennent de tous les milieux professionnels, mais avec comme point commun la passion de la montagne et de la nature sauvage. Dans leurs motivations, on retrouve souvent cette volonté, exprimée par Catherine, de vouloir aider à la préservation du loup tout en évitant que les éleveurs en soient les seules victimes collatérales. Cette collaboration sur les estives permet aussi une des choses qui manque le plus à notre société : le dialogue. Ainsi, nombreux sont les bergers qui apprennent à mieux connaître le comportement du prédateur afin de s’en protéger plus efficacement grâce aux conseils des éthologues de l’association. Quant aux défenseurs de la nature sauvage : ils expérimentent à leur tour les nuits agitées par des réveils intempestifs lorsque le Patou aboie pour signaler un danger, c’est l’une des réalités du travail des bergers, tout en profitant de vivre au cœur des montagnes qu’ils aiment tant. À la fin de la période, chacun conserve bien entendu ses convictions, mais le dialogue s’est noué, la compréhension mutuelle aussi. Les points de vue se sont rapprochés. Et, au final, les choses avancent, de façon constructive. 

Il serait illusoire de penser que cette initiative sera suffisante pour régler tous les problèmes, mais une chose est sûre : elle contribue positivement à améliorer la situation de ceux qui souffrent de la prédation, tout en permettant aux autres de mieux comprendre le quotidien de ces hommes et ces femmes qui ne sont plus des adversaires, mais des partenaires, et parfois même des amis.

"Ventoux, le retour du Loup", un documentaire diffusé le dimanche 22 novembre dans Chroniques d’en haut sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes