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“Clean Hands, la main qui soigne-la main qui tue” ou l'histoire du gel hydro alcoolique

Le documentaire "Clean Hands, la main qui soigne-la main qui tue", réalisé par Géraldine André et Stéphane Sentini, raconte l'histoire du gel hydro alcoolique et de son co-inventeur, le professeur Pittet.
Le documentaire "Clean Hands, la main qui soigne-la main qui tue", réalisé par Géraldine André et Stéphane Sentini, raconte l'histoire du gel hydro alcoolique et de son co-inventeur, le professeur Pittet.

Le documentaire "Clean Hands, la main qui soigne-la main qui tue" raconte pour la première fois le parcours du professeur Didier Pittet, ambassadeur de l’OMS pour le programme "Clean care is safer care" (un soin propre est un soin plus sûr) et co-inventeur du gel hydro alcoolique.

Par Françoise Boissonnat

Lavez-vous les mains ! Depuis le Covid-19, tout le monde a intégré ce geste barrière à la solution hydro alcoolique (SHA). Geste que l’on pensait jusqu’à présent réservé aux voyageurs et surtout au milieu hospitalier où la main qui soigne peut aussi être la main qui tue par défaut d’hygiène suffisante. Et si on connait la S.H.A, on connait moins son co-inventeur, le Professeur de médecine et d’épidémiologie hospitalière, Didier Pittet, et encore moins la lutte qu’il a menée pour imposer le flacon dans près de 180 pays sauvant ainsi des millions de vie.

Les infections hospitalières tuent chaque année 16 millions de personnes à travers le monde. C’est plus que la malaria, la tuberculose et le sida réunis. Le documentaire "Clean Hands, la main qui soigne-la main qui tue", réalisé par Géraldine André et Stéphane Sentini, raconte pour la première fois le parcours de ce médecin hors normes, ambassadeur de l’OMS pour le programme "Clean care is safer care" (un soin propre est un soin plus sûr).

Un geste, celui de la désinfection des mains avec une solution hydro alcoolique, sauve entre 5 et 8 millions de vies par an grâce aux interventions de celui que l’on surnomme "Docteur Mains propres". Depuis 15 ans, le professeur Pittet, en inlassable globe-trotter de la santé publique, parcourt le monde pour un exercice sans frontière de diplomatie sanitaire. "Un exercice diplomatique fondamental, affirme Stéphane Sentini, co-réalisateur du film. Nous avons suivi Didier Pittet pendant trois ans autour du monde et nous l’avons entendu expliquer et expliquer encore, en infatigable pédagogue, les bons gestes aux soignants d’hôpitaux publics, hôpitaux plus ou moins bien dotés selon les pays, et aux ministres de la santé".
Le Professeur Pittet, à gauche sur la photo, au Brésil (photo tirée du film).
Le Professeur Pittet, à gauche sur la photo, au Brésil (photo tirée du film).
Grâce à l’engagement du Professeur Pittet, près de 20 000 établissements de santé dans 179 pays des 194 membres des Nations Unies ont adhéré au programme de l’Organisation Mondiale de la Santé lancé en 2005 pour des soins plus propres donc plus sûrs. "Il y encore des résistances dans certains pays, précise le réalisateur. Des résistances liées à la culture, il y a de l’alcool dans les SHA, ou à une difficulté pour certains à admettre que leurs pratiques ne sont pas les meilleures". 

Nous n’avons pas gardé la formule secrète en Suisse. Nous la fournissons à chaque pays inclus dans le programme afin que la solution soit fabriquée sur place. Les pays en voie de développement peuvent ainsi faire leur propre SHA à bas prix... - Professeur Pittet

Le succès du programme repose aussi sur le fait que la formule de la solution hydro alcoolique est donnée à chaque pays. "La condition de la réussite de ce programme, c’est la disponibilité universelle de la  SHA, explique le Professeur Pittet. Nous n’avons pas gardé la formule secrète en Suisse. Nous la fournissons à chaque pays inclus dans le programme afin que la solution soit fabriquée sur place. Les pays en voie de développement peuvent ainsi faire leur propre SHA à bas prix en utilisant les kits fournis par l’OMS et de l’alcool distillé sur place. On a vu diminuer de 50% le nombre de morts dans les établissements de santé où le personnel utilise la solution hydro alcoolique".
 
Ce film témoigne de l’engagement du Professeur Pittet à faire du lavage des mains avec une solution hydro alcoolique une norme internationale de soins. "Peu de gens connaissent ou ont entendu le nom de Didier Pittet mais beaucoup lui doivent leur santé et leur vie" (Docteur Margaret Chan, directrice générale de l’OMS 2007-2017).

"Clean Hands : la main qui soigne-la main qui tue" - réactions

Marine, étudiante infirmière à Montpellier, 2ème année
"C’est passionnant. Je ne savais pas que c’était une recommandation de l’OMS. Car si on nous enseigne dès le premier TP de la première année le lavage des mains à la solution hydro alcoolique, on ne nous dit rien sur son histoire. Moi je pensais que c’était partout pareil, c’est-à-dire comme en France, inscrit dans les pratiques des soignants. On voit parfois en stage, comme dans le film, que ce n’est pas toujours évident pour les médecins".

Océane, infirmière en milieu hospitalier à Lyon
"J’ai beaucoup aimé ce documentaire. Ça m’a ramenée au Cambodge où j’ai fait un stage de plus d’un mois dans un hôpital loin de la capitale. L’hygiène, ce n’était pas au top même si beaucoup d’efforts sont faits pour améliorer les pratiques. Dans mon quotidien d’infirmière hospitalière en France, les longs lavages comme ceux présentés dans le film, je dois en faire entre 3 et 6 maxi par jour. Dans mon service, c’est toujours speed. Je fais beaucoup de frictions hydro alcooliques… ça prend moins de temps".

Dr Virginie Prade, chirurgienne à Saint-Etienne
"Documentaire super intéressant. L’hygiène, c’est le parent pauvre du parcours de soins. Quand on voit arriver les hygiénistes dans nos services, on les regarde comme des aliens parce qu’on est dans cet état d’esprit qui nous fait penser qu’on fait très bien les choses. Le problème, c’est qu’en tant que soignants, on se pose plus souvent la question de ce qui pourrait être dangereux pour nous-même que pour les autres. Le SHA a remplacé les lavabos donc comme on l’a à portée de mains, c’est plus simple que de courir dans un couloir. Il faut montrer ce film le plus possible".