auvergne
rhône-alpes
Choisir une région

La France en vrai

Tous les lundis
Logo de l'émission La France en vrai

REPLAY. Voir ou revoir le documentaire sur Saint-Etienne des années 70, Les Verts, les mines : “Gueules Noires, Coeurs Verts”

L'équipe de football de Saint-Etienne, prise au stade Geoffroy-Guichard en août 1976. / © STF / AFP
L'équipe de football de Saint-Etienne, prise au stade Geoffroy-Guichard en août 1976. / © STF / AFP

En hommage à Robert Herbin, mort le 27 avril 2020, France 3 Auvergne-Rhône-Alpes revient sur l’épopée des Verts des années 70 avec le film  "Gueules noires, cœur vert". Côté pile, l’irrésistible ascension du club de football de Saint-Etienne, côté face, le déclin du monde ouvrier.

Par Françoise Boissonnat

Revoir l'émission

C’est un documentaire à trois voix. Celle de la Stéphanoise Corinne Delpech, productrice. Sa lecture du livre de Vincent Duluc "Un printemps 76" lui donne envie d’un film. Elle le confie à Alix Maurin, réalisatrice, et à Vincent Duluc, grand reporter à l’Equipe et écrivain. La première trouvera les financements et les diffuseurs, la seconde, plus habituée aux propos politiques et sociaux, se lancera à corps perdu dans les archives et le troisième tirera de son livre un magnifique commentaire.

Du coup, je suis allée au Chaudron.

Pour son film, réalisé à partir d’archives (photos, images télévisuelles, cinématographiques et documents amateurs), Alix Maurin a passé deux mois entiers à la cinémathèque. Deux mois entiers à Saint-Etienne : "On m’avait dit des horreurs sur la ville mais on ne m’avait pas parlé des Stéphanois. Je n’ai rencontré que des gens chaleureux et chaque fois que je parlais du film à quelqu’un, il me racontait une anecdote en rapport avec les Verts. Comme cette dame qui m’a dit que le jour de la naissance de sa fille, son mari n’avait pas pu venir parce qu’il était à la finale contre le Bayern !" La réalisatrice s’est imprégnée de l’histoire du club et de celle de la ville qu’elle a parcourue de places en places et de musées en musées : celui des Verts, celui de la Mine, celui d’Art et d’Industrie : "Du coup, je suis allée au Chaudron (stade Geoffroy-Guichard) voir un match. Ce n’est pas le jeu qui m’a le plus intéressée mais j’ai été fascinée par l’ambiance. Ce que j’avais découvert dans les archives était là sous mes yeux. Ca racontait un vrai désir de collectif ou plutôt de retrouvailles collectives".

Le labeur la semaine, la messe et le foot le dimanche.

"Gueules noires, cœur vert", c’est un film d’amour et de respect, pour les joueurs de la grande époque, ces gamins (ils avaient la vingtaine) qui, en 1976, ont mené le club en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions. De l’amour et du respect pour les joueurs et pour leurs supporters. Les gueules noires et les ouvriers des industries sidérurgiques. Le dimanche, après une semaine de labeur, ils avaient rendez-vous avec leur équipe au Chaudron. Les mineurs et les ouvriers formaient le gros du bataillon des supporters d’abord à Geoffroy-Guichard puis dans d’autres stades en France et en Europe.
Image tirée du film "Gueules noires, coeurs verts"
Image tirée du film "Gueules noires, coeurs verts"
"C’est une histoire qui me touche de près, confie Vincent Duluc. Un père stéphanois, un grand-père mineur et syndicaliste et cette époque, celle des années 70 où, à Saint-Etienne, tout va se mêler. L’ascension des Verts, le début de la starisation et parallèlement la fermeture des mines, des usines de Manufrance… Dans les usines, les ouvriers luttent pour leurs emplois et au stade, ils ont toujours cette incroyable énergie pour soutenir leur équipe." Il faut dire qu’elle vend du rêve cette équipe en route pour l’Europe…

On était dans notre bulle. On aurait peut-être dû être plus à l’écoute.

"J’ai vu le film deux fois, dit Patrick Revelli. Une fois à la cinémathèque de Saint-Etienne avec ma femme et une fois avec Oswaldo Piazza chez Vincent Duluc. Et les deux fois je me suis dit : qu’est-ce qu’on était cons ! On était dans notre bulle. Tout ça se déroulait sous nos yeux et nous, on ne voyait rien. En fait, on ne voyait que nous. Aujourd’hui avec le recul, je me dis que, peut-être, on aurait pu être plus à l’écoute mais on était très jeunes et très insouciants pour tout ce qui ne touchait pas au foot. Mais on a apporté du bonheur à des gens qui ne montraient jamais leur tristesse".

Et la suite, on la connait : une finale, des poteaux carrés et des perdants magnifiques accueillis comme des vainqueurs sur les Champs-Elysées et comme des héros à Saint-Etienne. "Gueules noires, cœur vert" raconte ce qui s’est joué dans cet engouement populaire sans précédent et fait ressentir le désarroi et la colère de ces ouvriers et mineurs à l’avenir professionnel brisé. Dans le film, tout part d’un stade. Peut-être qu’entre 1970 et 1976, les Verts auront offert une revanche à leurs supporters…

Pour aller plus loin : "Un printemps 76" de Vincent Duluc, éditions le Seuil

A lire aussi