A l’approche de mes 30 ans de maison, je me dis que j’ai eu la chance de croiser énormément de personnalités d’exception. Et le privilège de ce métier, c’est de continuer à être étonné, séduit, impressionné par des hommes et des femmes au destin singulier. Quel bonheur d’avoir pu échanger avec la comédienne Jeanne Moreau, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, l’astronaute Claudie Haigneré, le pianiste Michel Petrucciani, l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, l’humoriste Muriel Robin… et tant d’autres que j’ai abordés avec un regard de gamin plein d’admiration et de respect. Certains ont malheureusement disparu. C’est d’ailleurs étrange de se dire que Marie Laforêt, Maurice Jarre, Henri Salvador, Michel Delpech, Nilda Fernandez, Jean Rochefort, Gregory Lemarchal, et tant d’autres que j’ai eu tant de bonheur à rencontrer, ne resteront que dans mes souvenirs et dans les archives de la télé… Une belle leçon d’humilité, d’ailleurs, car je m’en irai aussi un jour rejoindre cette immense banque de données vouée à l’oubli.

Une nature pétillante

En attendant, je savoure ces dernières années professionnelles avec les belles rencontres que j’y fais encore. Et Chloé Trespeuch en fait partie. A côté des visages connus que j’ai toujours plaisir à recroiser, un nouveau visage et donc une curiosité et un nouveau plaisir à être étonné et séduit. Ce qui est étonnant, c’est son talent de communicante. Elle est certes d’une génération née dans l’ère de la communication, mais elle y est particulièrement à l’aise. Elle sourit avec la bouche et avec les yeux. C’est une nature pétillante qui vous pousse à ne pas composer. Il faut toujours être soi et ça tombe bien, j’ai compris très tôt que dans ce métier, j’avais tout intérêt à être moi-même. Face à un scientifique éminent, à une gloire du cinéma ou de la chanson, on est rien d’autre qu’un passeur. Inutile donc de faire le cacou et de se rendre ridicule en étalant sa science. J’en fais peut-être parfois un peu trop dans le côté midinette ou modeste, mais c’est au fond ce que je suis. Pas de problème donc avec Chloé. L’échange est très chaleureux. Je me permets même de plaisanter avec son ami venu l’accompagner, très sympa, lui aussi, même si plus effacé.   

Un palmarès impressionnant

En préparant l’émission, j’avais une petite angoisse. Habituellement, j’ai tendance à préparer trop de questions, par peur d’en manquer et de devoir improviser pour « combler ». Ça n’arrive bien sûr jamais, mais c’est comme ça, on ne se refait pas ! N’ayant pas vu d’interview télé de mon invitée sur la longueur, je craignais qu’elle n’ait pas assez de matière à apporter pour donner du corps à la conversation. C’est un apriori qu’on a souvent avec des interlocuteurs jeunes qui n’ont pas une expérience assez longue pour alimenter une conversation. Et comme pour beaucoup d’aprioris… on se plante ! L’âge n’a rien à voir avec la richesse du parcours et la capacité à la faire partager. Et d’emblée, Chloé Trespeuch m’emporte avec elle dans son cheminement, son vécu, ses sensations. Ce n’est pas qu’une championne de boardercross, c’est une jeune fille forte de ce qu’elle a déjà accompli. Il faut dire que son palmarès est impressionnant : championne d’Europe à 17 ans, Vice-Championne du monde en 2017, 2ème en coupe du monde en 2018, championne du monde par équipe en 2017, 1ère en coupe du monde par équipe en 2017 et 2018, 2 globes de Cristal en équipe et… surtout, une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Sotchi, en Russie en 2014. De quoi forger une personnalité. Surtout la médaille de bronze, remportée à 20 ans dans une compétition ou personne, à part elle-même, ne l’attendait.

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La rage de vaincre

Car oui, elle, elle y croyait. Il faut évidemment croire en sa victoire quand on aborde une compétition, surtout de ce niveau. Mais chez elle, on sent une détermination plus forte que tout. A ce stade, c’est de la gourmandise. Elle dit d’ailleurs que même si elle adore sa discipline, c’est sans doute davantage l’envie de gagner qui est son vrai moteur. Pourquoi une telle rage de vaincre ? Peut-être en partie dans sa formation. Elle a été poussée sur le snowboard par son frère ainé, Léo, lui-même champion du monde universitaire et 3 fois champion de France de la discipline. Elle avoue qu’il a été dur avec elle. Elle n’était jamais assez rapide, jamais assez vive, jamais assez réactive. Et finalement, il faut croire que la dureté de l’enseignement a porté ses fruits. Aujourd’hui, elle fait partie des meilleures candidates potentielles françaises aux plus importantes compétitions à venir. Avec bien sûr l’objectif de Pékin, pour les JO de 2022, et même les suivants à Cortina d’Ampezzo en Italie pour les JO de Milan de 2026.

Entre planche et cheval

Chloé y pense avec des étincelles plein les yeux. Parce que, pour un sportif de haut-niveau, c’est une étape incontournable, et peut-être aussi parce qu’elle n’a toujours pas digéré son échec à Pyonchang, en 2018. Elle avoue s’être repassé 20 fois la course en vidéo et avoir pleuré chaque fois car elle avait tout pour gagner et qu’il s’en est fallu de peu qu’elle remporte une 2ème médaille olympique. Une minuscule erreur d’anticipation qui l’a conduite à être déséquilibrée afin de ne pas percuter une autre concurrente. C’est ça la compétition. Ça tient à un détail, parfois infime, mais qui fait la différence. C’est par ses erreurs aussi qu’on apprend, elle l’a bien compris. Et tout ce qu’on lui souhaite, c’est de belles victoires à l’avenir. En boardercross et puis peut-être aussi en équitation. Partagée entre Val Thorens et St Jean de Mons, en Vendée, son enfance a été un incessant aller-retour entre ses deux passions, le snowboard et le cheval. Et il n’est pas exclu qu’elle aborde une première reconversion en selle. Mais elle a encore du temps devant elle. J’espère pouvoir suivre encore longtemps la carrière de cette jeune fille volcanique (son nom est celui d’un village de Corrèze qui signifie 3 puys – volcans) à distance, en me disant que j’ai eu la chance de la croiser un jour d’octobre 2021, en pleine pandémie de Covid 19 !

L'émission, le replay

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