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Le vendredi à 10h20
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Christian Têtedoie : Les combats d’un chef…

Alain Fauritte et son invité Christian Têtedoie, chef étoilé et élu cuisinier solidaire de l’année 2020 par Gault et Millau ! / © "Vous êtes formidables" / FTV
Alain Fauritte et son invité Christian Têtedoie, chef étoilé et élu cuisinier solidaire de l’année 2020 par Gault et Millau ! / © "Vous êtes formidables" / FTV

Elu cuisinier solidaire de l’année 2020 par Gault et Millau, le Chef lyonnais Christian Têtedoie déborde de générosité en attendant la réouverture de ses restaurants fermés à cause de la Covid 19. Il est l’invité de « Vous êtes Formidables ! », vendredi à 10H15 sur France 3 AURA.

Par Alain Fauritte

C’était il y a à peine plus d’un mois, le 10 décembre dernier. Le célèbre guide gastronomique Gault et Millau décernait le titre de cuisinier solidaire de l’année au chef lyonnais Christian Têtedoie. On n’en attendait pas moins envers celui qui se préoccupe du bien être des malades et des soignants de l’Institut Léon Bérard depuis plus de deux ans. Car avant que ne sévisse le Coronavirus, le Président de l’Association des Maitres Cuisiniers de France apportait déjà son expertise à cette unité lyonnaise de lutte contre le cancer. Le moral, on le sait, est important pour lutter contre la maladie. Bien manger est bon pour le moral. Christian Têtedoie applique cette logique et mitonne tous les jours de bons plats pour les patients mais aussi pour les soignants. On ne trouve certes pas du foie gras et des langoustes au menu du restaurant de l’hôpital, mais un soin particulier est apporté au choix des ingrédients, aux cuissons et à l’assaisonnement. Malheureusement, le service au plateau ne permet pas de beaucoup soigner la présentation. Mais certains résidents d’Ehpad aimeraient bien bénéficier du même « régime ». En fait, que ce soit à l’hôpital ou dans les Ehpad, c’est malheureusement le budget alloué au repas qui est le plus souvent au régime. Et il n’y a pas de miracle, on ne peut pas faire un bon repas pour 1 ou même 3 euros. C’est d’ailleurs la bataille que le chef étoilé lyonnais mène depuis longtemps avec acharnement, y compris auprès des élus. Un combat de longue haleine !...  

LE DON DE SOI

Christian Têtedoie est effectivement un homme de combats, au pluriel. S’il était capable de vacciner le monde entier il le ferait afin de vite rouvrir ses restaurants et permettre aux clients de se régaler et à son personnel de retrouver le plaisir de travailler. Il est d’ailleurs très inquiet en ce moment. Tous ses salariés sont au chômage partiel, désœuvrés chez eux ou chez leurs parents. Il craint que certains n’abandonnent le métier et que le retour au rythme et à la discipline de la profession ne soit difficile à vivre. Il s’inquiète surtout pour leur moral. Une preuve de plus de sa générosité, lui qui n’exerce plus depuis des mois que des activités bénévoles. Son assise dans la profession lui permet de tenir le coup, mais on imagine la détermination qu’il faut pour se lever tous les matins et donner le meilleur de soi sans aucune perspective de toucher l’ombre d’un centime... Effectivement, le moteur est ailleurs. Dans le don de soi, l’aide, l’action.

Le célèbre selfie de l'émission "Vous êtes formidables" / © "Vous êtes formidables" / FTV
Le célèbre selfie de l'émission "Vous êtes formidables" / © "Vous êtes formidables" / FTV

LABORATOIRE DE CHEFS

Cet homme-là a besoin de bâtir pour les autres. Il a toujours plusieurs projets au feu. Son prochain bébé, c’est un centre de formation dans l’ouest lyonnais, au domaine de Lacroix-Laval. Un CFA de la gastronomie originale, qui proposera une formation en classe de 3 mois à des jeunes sortis de 3ème afin de les préparer au CAP, au bac professionnel ou leur permettre de poursuivre un cursus dans de prestigieuses écoles supérieures comme l’Institut Paul Bocuse. Une réponse proposée par des professionnels face à une grande difficulté pour le secteur à trouver des salariés formés. Ce centre de formation ouvrira ses portes en mars 2022. La générosité de ce chef hyperactif s’exerce aussi depuis plusieurs années dans un établissement qu’il a ouvert pour le mettre à la disposition de jeunes chefs. Le nom de ce restaurant du 3ème arrondissement de Lyon peut effrayer : « L’Arsenic » ! N’ayez craintes, ne n’y empoisonne que l’ennui. Le lieu est un laboratoire pour les créateurs qui débutent dans le monde de la gastronomie. Ils y expriment leur créativité dans un cadre qui les sécurise, sans matériel à financer à crédit, sans clientèle à gagner. Celle du restaurant est faite de curieux qui aiment découvrir de nouveaux talents. Et ça marche, de nombreux locataires ont ouvert un affaire prospère après leur passage dans ce lieu original.

UN PERE POUR SES PETITS PRINCES

Et comme il veut toujours mieux faire, le chef a créé une société qui conseille les jeunes pousses, notamment dans la communication mais aussi dans leur vie. « La réussite d’un restaurant à ses débuts est quelque chose de fragile », avertit Christian Têtedoie. «Elle peut griser et pousser à vous acheter une belle voiture ! Il est préférable d’attendre un peu pour se faire plaisir que la situation financière soit plus solide». De bons conseils que peut donner un père à son fils. Il y a de ça dans la démarche de ce chef qui a d’ailleurs deux garçons. Ils exercent comme lui dans la restauration. L’un d’eux a vécu une expérience dans un tout autre environnement. C’était il y a bientôt 20 ans, en 2002. Le jeune Jeff Têtedoie interprétait le rôle-titre du spectacle musical « Le Petit Prince » de Richard Cocciante. Une belle expérience qui s’est poursuivie quelques temps avant un retour derrière les fourneaux. Son père a sans doute été heureux de ce passage de son fils dans la lumière du show-biz. Mais on le sent presque apaisé qu’il opère aujourd’hui dans un univers plus « rassurant », malgré la crise actuelle qu’il subit de plein fouet.

23 ANS APRES…

Une crise dont il n’attend que la fin pour pouvoir se lancer de nouveaux défis. Avec toujours la même énergie, espérons-le. Ma précédente rencontre avec lui remonte à 1997 ! Cette première émission ensemble datait d’avant son 1er macaron Michelin, d’avant son déménagement des quais de Saône vers la merveilleuse vue panoramique depuis la colline de Fourvière. Le jeune chef natif de Nantes s’était déjà attiré l’affection et le respect de Paul Bocuse et Georges Blanc, dont il avait fréquenté les cuisines. Il volait de ses propres ailes et se préparait à bâtir l’une des plus belles réputations de la gastronomie lyonnaise. A l’occasion de ces retrouvailles, nous nous sommes promis de ne pas attendre encore 23 ans avant de nous revoir. L’occasion de juger de l’évolution de sa cuisine, après toutes ces années. Mais pour cela il me faudra patienter encore un peu…