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Marie Laforêt : la fille aux yeux d’or détestait se regarder !

Marie Laforêt, invitée de l'émission Déclik - 31 octobre 2009 / © FTV/Alain Fauritte
Marie Laforêt, invitée de l'émission Déclik - 31 octobre 2009 / © FTV/Alain Fauritte

La disparition de Marie Laforêt c’est le souvenir d’une belle rencontre qui remonte à la surface. C’était le 31 octobre 2009 sur France 3 Auvergne Rhône-Alpes…
 

Par Alain Fauritte

J’ai toujours aimé Marie Laforêt. Cette femme avait quelque chose de fascinant. Ses yeux immenses y étaient sans doute pour quelque chose. Mais des yeux ne font pas un regard. Et c’est le regard de cette femme qui attirait comme un aimant. Un regard qui vous scrutait. Un regard qui dégageait de la timidité et de la force. Cette rencontre unique s’est faite à l’occasion de l’enregistrement de l’émission «Déclik». La comédienne-chanteuse était au Théâtre Tête d’Or, à Lyon, durant quelques jours, pour y présenter «Master Class», une pièce de Terrence Mc Nally dans laquelle elle jouait Maria Callas, diva qui a perdu sa voix et donne une dernière Master Class. Elle y était prodigieuse. Une très belle pièce, une artiste magnifique. Quel bonheur de la voir sur scène… et sur le plateau. 
 

EVITER LES SUJETS QUI FACHENT

Me retrouver en face de Marie Laforêt, c’était un moment que j’attendais avec une impatience fébrile mais surtout un peu de trac. On lit un peu partout aujourd’hui que c’était une femme libre, qui ne mâchait pas ses mots, un peu sans filtre ! C’était vrai. D’où ma crainte de faire un faux pas… J’ai donc bien potassé sa carrière et me suis surtout abstenu d’aborder des sujets qui auraient pu fâcher, notamment ses relations tendues avec Alain Delon ou son sentiment d’être menacée par une organisation occulte. Il y avait suffisamment à dire sur la pièce et son parcours pour ne pas se hasarder dans des discussions polémiques potentiellement dangereuses et surtout stériles. Nous avons donc beaucoup parlé de son rôle, de l’énergie phénoménale à mobiliser pour l’interpréter et de son rapport à… Marie Laforêt.  
 

L’AMOUR VRAI DU PUBLIC

Le rapport d’une star à son image est quelque chose de complexe. Pour elle, c’était clair, il y avait d’un côté Maïtena Douménach, la femme née en Gironde, et Marie Laforêt, comédienne aux 40 films et chanteuse aux millions de disques vendus. Elle ne confondait pas les deux mais finissait par m’avouer «l’amour du public n’est pas pour l’image». Cet amour était bien pour elle, qui ressentait cette relation unissant un artiste à ses admirateurs.

En revanche, son image lui était insupportable. Le mot n’est pas trop fort. Au premier extrait de «Master Class» que nous avons diffusé, j’ai vu son visage se crisper et se détourner du moniteur de contrôle. J’ai tenté d’en comprendre la raison. Elle m’a alors expliqué fort justement que le théâtre était un moment privilégié partagé entre des spectateurs et des artistes. Quelque chose d’éphémère. Un instant unique. Montrer l’extrait d’une pièce n’a aucun sens. Je lui dis qu’effectivement une artiste comme Valérie Lemercier refuse que ses spectacles soient filmés, pour cette même raison. Elle approuve le parallèle. Mais sa réaction continue à me chiffonner. J’en aurai confirmation plus tard… 
 

L’HUMOUR : LA POLITESSE DES TIMIDES

Sur ses débuts, elle me dira que tout est allé très vite. «Il m’a peut-être manqué de la vache enragée». Aveu d’une femme lucide qui a connu un succès phénoménal très rapidement. Son premier contrat pour le cinéma a été signé avant qu’elle ait terminé un concours pour jeunes talents. Sur ses rencontres importantes, elle citera Raymond Rouleau, immense comédien des années 30 à 50 plutôt que Maurice Ronet, star des années 50 à 70 qu’elle côtoie dans son premier film «Plein Soleil» de René Clément.
Sur son art, elle insiste sur le fait qu’ «il faut être grand pour que le travail ne se voie pas». C’est la remarque d’une perfectionniste. Et sur le métier, avec humour, qu’ «il m’a rapporté un sacré paquet de fric et m’a permis d’élever mes trois enfants» !

Le moment le plus émouvant, c’est lorsqu’elle évoque le regard de Maria Callas, qu’elle avait en face d’elle à un dîner. Un regard qui scrutait… Comme le sien. Un regard qui vous informait très vite sur ce qu’elle pensait de vous. Je n’ai pas à me plaindre, toute l’admiration que j’avais pour elle et l’affection que je lui portais devait suffisamment se voir pour qu’elle me gratifie d’une belle bienveillance en retour.   
 

IL A NEIGE SUR YESTERDAY…

Mon seul regret durant cette émission, c’est la fin. Le principe voulait que je montre à mon invité(e) la photo que j’avais prise de lui (d’elle) avant l’enregistrement, en lui demandant ce qu’il (elle) pensait de la personne qu’elle voyait sur l’écran. Comme toute réponse je n’ai eu qu’un mouvement de recul et un «c’est horrible !» qui ne jugeait pas la qualité de la photo mais témoignait du fait qu’elle ne supportait pas de se voir. Je l’ignorais. Je m’en suis excusé, mais je ne pourrais plus lui demander pourquoi. Pourquoi une femme aussi belle, aussi lumineuse, aussi intelligente, ne supportait pas son image. Une femme dont la disparition me peine beaucoup, Mme Douménach, comme celle de Marie Laforêt.