Vous êtes formidables

Le vendredi à 10h20
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Richard Gotainer : gamin pour toujours

Alain Fauritte et son invité Richard Gotainer / © Vous êtes formidables / FTV
Alain Fauritte et son invité Richard Gotainer / © Vous êtes formidables / FTV

Cet homme inclassable a marqué plusieurs générations par ses créations publicitaires et ses chansons farfelues. A l’occasion de la sortie d’une double compilation, l’auvergnat d’adoption Richard Gotainer est l’invité de «Vous êtes formidables», sur France 3 Auvergne Rhône-Alpes.
 

Par Alain Fauritte

Inviter Richard Gotainer dans une émission, c’est forcément replonger dans les années 70 et 80. Souvenirs de pattes d’eph et de sous-pull orange à col roulé. Côté musique, la fin de règne des Bee Gees, les tubes de Jeanne Mas, de Steph de Monac et de Daho. Et au milieu de tout ça un hurluberlu au style unique qui danse avec des pin’ups déguisées en caniches. Gotainer, c’est un homme venu de la pub. On lui doit des slogans chantés qui ont traversé les décennies sans une ride : «buvez, éliminez», «On se lève tous pour Danette», «Nous avons faim comme des baleines, oh oui donnez-nous des BN», sans oublier «tu baguenaudes dans les pâturages, Belle des Champs», «Dans Banga y’a des fruits, y’a de l’eau…» et surtout ma pub culte sur le couscous Saupiquet «à la viande, aux légumes et au poulet…», un chef d’œuvre spectaculaire et drôle comme on n’oserait plus imaginer en faire aujourd’hui. D’ailleurs, comme il le dit lui-même, «la création publicitaire est morte !».

Buvez, éliminez ...

Heureusement, lui est toujours vivant et bien vivant. Installé une bonne partie de l’année dans le Bourbonnais, ce parigot pur jus est tombé amoureux de la région. Il l’a découverte il y a 3 ans grâce à un ami aussi fou que lui, propriétaire du château de Peufeilhoux. Entre gamins qui ont refusé de grandir, ils se sont bien reconnus et entendus. Car la vraie grande qualité de Richard Gotainer, c’est bien d’avoir su garder son âme d’enfant. C’est elle qui est à l’origine de ce talent unique. Ecoutez ses chansons et regardez ses clips, il y a quelque chose d’enfantin et en même temps de très professionnel. Et la vérité du personnage est là. Dans ce que l’enfance permet de liberté, d’exubérance, de folie, et dans la part d’adulte nécessaire dans le monde économique, avec une parfaite lucidité et un grand perfectionnisme. Le résultat, des dizaines de chansons qui traduisent l’amour de la langue et des mots, l’originalité et le souci du détail dans les arrangements. Les chansons tricotées le plus souvent avec le compositeur complice Claude Engel sont pour la plupart de véritables chefs d’œuvres dont notre mémoire a conservé chaque note par-delà des décennies. 

Il était où, hein le youki ?

Du Youki au Mambo du Décalco, en passant par Femme à lunettes, Primitif, Chipie, le Sampa et la Ballade de l’obsédé, tous ces airs sont gravés dans nos mémoires comme les lunettes épaisses et la tignasse frisée de cet énergumène singulier qu’on soupçonnerait presque d’hyperactivité ! Gravés évidemment dans la mienne qui suis un fan invétéré depuis toujours, tout excité à l’idée de rencontrer mon idole. C’est donc profitant de la sortie d’une double compilation de ses «Tubes et pépites», que nous lançons l’invitation. Les 2 semaines qui précèdent l’enregistrement de l’émission, je squatte you-tube et visionne jusqu’à en user mon écran l’oeuvre du bonhomme. Je m’endors avec le youki, me réveille avec la pub Saupiquet, et compte les heures me séparant du moment fatidique.

Tu baguenaudes dans les pâturages

Rencontrer les gens qu’on admire est parfois anxiogène. Il y a toujours la crainte de la déception. Là, aucune peur. Il ne peut être que sympa. Je potasse un peu sa vie et sa carrière. Je fais l’impasse sur la vérification de sa ville natale. Je dirai qu’il est né à Longuyon, en Meurthe et Moselle, comme indiqué sur un site auquel je sais ne jamais devoir faire une confiance aveugle. Cela me vaudra un petit moment de honte. «Non, je suis parisien !». Prends-toi ça dans la fiole ! Bien fait pour moi. Ça m’apprendra à manquer de rigueur ! C’est pas si souvent… Evidemment que l’homme est sympa. Il est comme attendu : drôle, humble, disponible. Et à 71 ans, c’est toujours un grand gamin, mais un gamin professionnel. Toujours soucieux de son image, il nous demandera s’il peut garder sa casquette, n’ayant pas eu le temps de passer chez son coiffeur. Au moment où j’enregistre le selfie que l’on aperçoit en fin d’émission, il m’incitera à m’y reprendre à deux fois pour avoir un plus beau cliché. Un vrai pro. C’est lui qui a raison. Je n’ai jamais été assez rigoureux avec mon image quitte à laisser passer des choses qui me désavantageaient. On ne se refait pas ! 

Y’a des fruits, y'a de l'eau

Quelle belle rencontre ! Si vous étiez en voyage sur Mars dans les années 70 et 80, tapez donc Gotainer sur votre moteur de recherche préféré et laissez-vous guider. Vous découvrirez aussi que le bonhomme ne s’est jamais arrêté. Il a produit des tas de pépites. La dernière s’intitule «Saperlipopette». L’amour de la langue s’y exprime avec humour dans un clip superbe réalisé par Léo Gotainer. Eh oui, son fils a aussi du talent. Un clip tourné au château de Peufeilhoux, bien sûr !