Cet article date de plus de 5 ans

Haute-Loire : une ou plusieurs affaires de pédophilie à Yssingeaux ?

Après le récit dans Mediapart d’un ancien élève du collège du Sacré Cœur à Yssingeaux, se disant victime d’attouchements sexuels à la fin des années 60, d’autres témoignages seraient parvenus à la presse locale.
Le jeudi, c’est jour de marché à Yssingeaux. Dans la petite localité, l’affaire fait parler. Un ancien du Sacré-Cœur, alerte pour ses 90 ans passés, se dit surpris : "Je trouve ça déplorable mais personnellement je n’ai été témoin d’aucun incident de ce genre, ni mes amis de l’époque".

L'affaire, c'est celle-ci : les faits remonteraient à la fin des années 60. Pierre, issu d’une famille très catholique de Haute-Loire, est alors élève au collège privé d’Yssingeaux. Sur le site de Mediapart, il déclare avoir été victime d’attouchements sexuels de la part de deux prêtres (aujourd’hui décédés, d’après le diocèse du Puy-en-Velay).

"Il m’a calé entre ses jambes, m’a caressé au travers de mon pantalon. Ca s’est répété plusieurs fois. Ce n’est jamais allé au-delà", dit-il à propos de l’un d’eux.


"Depuis toujours, ceux qui sont allés au collège en parlent."

L’affaire a été reprise par la presse locale, elle est commentée sur le marché : "Depuis toujours, ceux qui sont allés au collège en parlent mais ça n’était jamais sorti, il y avait une sorte d’omerta !", dit une dame d’un certain âge.

Ce jeudi 14 avril, le journal "Le Progrès" revient sur l’affaire avec ce titre "Il n’y a pas qu’un seul cas de pédophilie au Sacré-Cœur" et cite un autre témoignage anonyme, celui d’un ancien élève âgé aujourd’hui de 65 ans. D’après l’agence locale, deux ou trois personnes se seraient ainsi manifestées pour les mêmes faits et la même époque.

Dans la rue, une enseignante d’un autre établissement catholique réagit également : "Actuellement, on se polarise sur l’Eglise. Certes il y a des soucis, mais il y a d’autres domaines, notamment l’éducation et le périscolaire, où là aussi on découvre des faits graves. Maintenant il faut prendre des mesures préventives et faire le nécessaire auprès des victimes et des auteurs de ces problèmes là."


"Des actes répréhensibles et inadmissibles"

De son côté, l’évêque du Puy-en-Velay, Monseigneur Luc Crépy a réagi sur la radio chrétienne "RCF Haute-Loire". Il y a dénoncé "des actes répréhensibles et inadmissibles" et a repris à son compte une mesure annoncée cette semaine par la conférence des évêques de France. "Avec les évêques d’Auvergne, nous envisageons de mettre en place pour nos quatre diocèses une cellule d’écoute pour que les victimes d’abus sexuels puissent parler, dénoncer les faits si nécessaire."

Selon Luc Crépy, "dans l’église, ça fait 20 ans que ces affaires sont prises très au sérieux." Mais "ouvrir une enquête, ce n’est pas notre métier", ajoute le père Petiot, porte-parole du diocèse. Quant à l’actuel directeur de l’Ensemble Scolaire Catholique d’Yssingeaux (ancien collège du Sacré-Cœur), où sont scolarisés un millier d’élèves aujourd’hui, il déplore ce qui a pu se passer dans les années 60, si les faits sont avérés.
Il explique que plus aucun prêtre ne participe directement à l’enseignement.

Il précise surtout que l’époque a changé et qu’aujourd’hui, les actes tels que ceux évoqués par la presse ces derniers jours ne seraient plus couverts par le silence, mais bel et bien dénoncés pour être punis. Dans les années 60, Pierre, le premier témoin interrogé par Mediapart, lui, dit avoir pris une claque lorsqu’il a parlé dans sa famille de ce qu’il subissait au collège.
durée de la vidéo: 02 min 08
Haute-Loire : une ou plusieurs affaires de pédophilie à Yssingeaux ?

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
société témoignage pédophilie justice sorties et loisirs