Femme retrouvée morte dans une valise : "J'avais toujours peur qu'elle me quitte, peur de l'abandon" explique son conjoint jugé pour meurtre

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Écrit par Margot Desmas .

Au deuxième jour de son procès pour le meurtre de sa compagne, mardi, devant les assises de la Haute-Savoie, Driss Ouhmid a été interrogé sur les rapports qu'il entretenait avec elle l'année précédant sa mort. Le corps de Marianne Chèze a été découvert en 2019 dans une valise rangée dans son coffre.

Juillet 2018. Marianne Chèze marche le long de l'avenue principale de Cran-Gevrier. Le sourire aux lèvres, elle engage la discussion avec un groupe d’amis attablé à la terrasse d’un bar. Il est 1 heure du matin, son téléphone n’a plus de batterie, elle cherche à en emprunter un pour contacter son compagnon qui doit venir la chercher. "Elle était toute guillerette", se rappelle Marie, une convive présente ce soir-là.

Tout le monde est attablé autour d'un verre lorsque Driss Ouhmid arrive. "T’as assez bu, on rentre", dit-il à sa compagne en l’empoignant fermement par le bras. Le couple part. La soirée se poursuit. Jusqu'au retour de Marianne. "Elle était toute décoiffée, elle pleurait, sa robe était abîmée, elle avait des griffures dans le dos", raconte Marie. Une dispute a éclaté avec son compagnon qui lui a infligé des coups.

L’un des convives se décide à appeler la police malgré les réticences de Marianne. "On a vraiment dû insister", ajoute Marie devant la cour d’assises de la Haute-Savoie mardi 29 mars, au deuxième jour du procès de Driss Ouhmid pour le meurtre de sa compagne.

"Si quelque chose arrive, j'ai confiance en toi"

Une main courante a été déposée après cet épisode de juillet 2018. La seule trace judiciaire des violences conjugales que la victime a subies. Si elle a toujours refusé de déposer plainte contre son compagnon, de peur de perdre la garde de ses enfants, Marianne Chèze a rassemblé des éléments. Deux certificats médicaux, des photos d’hématomes, de contusions, d’une mèche de cheveux arrachée de son crâne. Le tout réuni dans un sac qu’elle a confié à Céline, une amie, au printemps 2018.

"Si je dois partir, si quelque chose arrive, j’ai confiance en toi. Tu feras ce qu’il faut", lui glisse la trentenaire en lui tendant le sac. Un large hématome apparaît lorsqu’elle dégage une mèche de cheveux qui masquait sa tempe. "C’était un appel à l’aide. Jusque-là, Driss était jaloux mais pas violent", se rappelle Céline, l’une des rares amies de Marianne à ne pas faire partie du cercle amical de son conjoint. Auprès d’elle, la mère de famille s’est aussi confiée sur un viol dont elle dit avoir été victime. Driss l’aurait enfermée dans la chambre pendant qu’il couchait les enfants avant d’abuser d’elle.

"Je l'ai peut-être trop aimée"

Dans le sac qu’elle donne à son amie, Marianne laisse aussi des sous-vêtements qu'il aurait déchirés cette nuit-là. Interrogé à la barre en fin de journée, l’accusé a démenti l'avoir violée mais reconnu certaines violences souvent commises "sous l’effet de l’alcool". Céline portera le sac de preuves à la police deux jours après la découverte du corps de son amie dans une valise rangée dans le coffre de voiture de Driss Ouhmid.

"J’étais très amoureux de cette femme. Quand vous avez quelqu’un dans la peau, vous n’avez pas envie de le perdre", se justifie l’accusé, questionné par le président de la cour d’assises qui lui donne lecture de nombreux échanges avec Marianne. Elle l'accuse de l'avoir "séquestrée, menacée, frappée". Driss répond qu'il était "un autre homme" à l'époque des faits, dit avoir changé.

"Je l’ai peut-être trop aimée", confesse le quadragénaire. "J’avais toujours cette peur. Peur qu’elle me quitte, peur de l’abandon." Pourquoi cette obsession de la séparation, lui demande l'avocat général. "Ma conception, expose-t-il, c’est que quand on est avec quelqu'un, c’est jusqu'à la fin." L'audience se poursuit jusqu'à vendredi devant la cour d'assises. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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