Chamonix : au cimetière du Biollay, ces tombes qui retracent l'histoire de l'alpinisme

Les plus grands noms de l'alpinisme sont enterrés au cimetière du Biollay à Chamonix. / © Gregory YETCHMENIZA / MAXPPP
Les plus grands noms de l'alpinisme sont enterrés au cimetière du Biollay à Chamonix. / © Gregory YETCHMENIZA / MAXPPP

Les tombes alignées au cimetière du Biollay, à Chamonix, sont autant de témoignages de l'histoire de l'alpinisme. Guides et montagnards qui ont marqué la vallée y reposent sous les sommets qu'ils ont gravis, au coeur du massif du Mont-Blanc.

Par M.D. avec Denis Vigneau-Dugué, Jean-Christophe Solari, Pierre Maillard et Jean Pierre Ardito

Entrer dans le cimetière du Biollay à Chamonix (Haute-Savoie), c'est comme ouvrir un livre d'histoire dont les pages sont gravées dans le marbre. On y trouve une multitude de noms célèbres, des hommes et des femmes qui ont, en leur temps, marqué l'histoire de la ville, de la vallée et des sommets environnants.

L'une des premières stèles que l'on peut apercevoir en passant le portail du cimetière est celle d'Edward Whymper, "l'un des grands hommes de l'âge d'or de l'alpinisme dans les années 1865" relate Claude Marin, guide de haute montagne. "Cette première tombe a été imaginée avec une pierre qui a la forme du Cervin et c'est devenu un modèle pour la plupart des autres tombes, poursuit le montagnard, également ancien responsable du service culturel de la ville de Chamonix. Sur les tombes des autres alpinistes enterrés dans ce cimetière, il y a une pierre levée."

Le Cervin, 12e sommet le plus élevé des Alpes, est représenté sur la tombe de l'alpiniste britannique car il a fait parti de la tragique expédition lors de laquelle le sommet a été vaincu pour la première fois. Cette réussite face à la montagne suisse, connue pour son aspect pyramidal, a été ternie par un accident dans lequel quatre personnes ont perdu la vie, dont un guide chamoniard.

"Chamonix, c'est un lieu où les anciens enterrent les jeunes. C'est assez dramatique et triste mais c'est notre vie", résume Claude Marin en observant le mémorial dressé au milieu du cimetière où sont gravés les noms des guides morts en montagne. Les premiers noms gravés sur la pierre sont ceux d'Auguste Tairraz, Pierre Balmat et Pierre Carrier qui ont perdu la vie en 1821 dans une expédition au mont Blanc.
 
Lors de la fête des guides de Chamonix, un hommage est rendu chaque année à ceux qui sont morts en montagne. / © Grégory YETCHMENIZA / MAXPPP
Lors de la fête des guides de Chamonix, un hommage est rendu chaque année à ceux qui sont morts en montagne. / © Grégory YETCHMENIZA / MAXPPP

Un drame qui a généré la création - officielle - de la Compagnie des guides et l'établissement de ses deux principes phares : la caisse de secours, apportant une aide psychologique et financière aux familles endeuillées, et le tour de rôle pour la distribution du travail. Cette même période sera marquée par la conquête des plus grands sommets alpins, poussée par l'engouement de la bourgeoisie anglo-saxonne pour la haute montagne.

 

Un moteur de recherches pour se repérer


Dans la vallée, on dit que pour être un vrai Chamoniard, il faut avoir cinq voire sept générations enterrées au Biollay. Ceux qui y reposent avaient en commun la passion de la montagne, jeunes ou vieux, alpinistes ou pas, célèbres ou anonymes, Chamoniards ou étrangers. Tous dorment au pied de ces sommets mythiques où se croisent à longueur d'année des familles venues du monde entier.

"C'est un cimetière très fréquenté, durant n'importe quelle saison. Il y a beaucoup de nationalités qui y passent pour voir leurs compatriotes, leurs amis, leur famille qui sont restés dans notre si belle vallée", explique Yannick Flament, employée du service population de la mairie de Chamonix. L'affluence était telle qu'un moteur de recherches a été développé, affichant l'emplacement exact de chaque tombe de dans le dédale d'allées.
 

"En entrant la date de décès du défunt ou son nom, le moteur de recherches permet de trouver l'emplacement de la tombe dans l'un des trois cimetières de la ville", détaille Yannick Flament. Parmi ces noms, celui de l'ancien député-maire de Chamonix Maurice Herzog et d'autres monuments de l'alpinisme : Lionel Terray, Gaston Rebuffat, Joseph Ravanel...

La montagne est vivante, elle naît, elle vit, elle meure. Et parfois, ses frémissements suffisent à déclencher des catastrophes, comme le raconte l'alpiniste Roger Frison-Roche dans son ouvrage fiction Premier de cordée. Un livre où il décrit le terrible paradoxe de la montagne : "Le vertige, les pieds gelés, les risques, ça a certainement été créé pour vous donner du goût à la vie. C'est seulement lorsqu'on est mutilé ou appauvri physiquement qu'on se rend compte de la valeur de l'existence."
 
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