Le musée des cristaux de Chamonix rouvre ses portes, nouvel écrin de la minéralogie alpine où rayonne le trésor des cristalliers

Publié le Mis à jour le
Écrit par Fabrice Liégard .

Après une cure de jouvence de deux ans, le musée des cristaux de Chamonix a rouvert au public ce dimanche. Dans un espace rénové et trois fois plus grand, riche de 2 000 pièces, le nouveau musée fait partie des plus beaux écrins européens de la minéralogie.

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Le trésor des cristalliers est désormais accessible à tous. Sur 700 mètres carrés, c'est un grand voyage aux mille et une facettes et couleurs que propose le nouveau musée des cristaux de Chamonix, en Haute-Savoie. L'édifice a rouvert ses portes dimanche 19 décembre après plus de deux ans de rénovation.

"Avec presque 2 000 spécimens, on devient certainement le premier musée de minéraux de France en terme de nombre de pièces présentées au public", se félicite Eric Fournier, le maire de Chamonix. 

A part le Muséum national d'histoire naturelle de Paris (MNHN), dont les réserves débordent de cristaux encore soustraits à la vue du public, faute de place, ce nouveau musée des cristaux a peu de rivaux en France. "Et aucun pour ce qui est du patrimoine alpin", se plaît à préciser Pierre Bavuz, le président du club de minéralogie de Chamonix. Une institution chamoniarde, au même titre que les guides.

Les cristalliers avant les guides

"Les cristalliers sont les inventeurs de la vie en montagne, avant même les guides", explique le maire de Chamonix. "Dans les environs d'Annecy, des archéologues ont mis au jour des vestiges qui prouvent que les hommes du paléolithique chassaient avec des pointes de flèche de quartz provenant du Mont-Blanc", ajoute l'édile pour qui ce musée va permettre de "restituer la minéralogie dans l'histoire de cette vallée".

Eric Fournier sait de quoi il parle. Fils de cristallier, il s'adonne toujours à cette passion familiale lorsque les affaires de sa mairie et de la région - dont il est conseiller spécial à l'air, au climat et à l'énergie - lui en laissent le temps.

Une trentaine d'alpinistes cristalliers encore en activité à Chamonix

Ils sont encore une trentaine, comme lui, à arpenter, pendant les trois mois de la belle saison, les pentes abruptes du massif du Mont-Blanc pour découvrir le "Graal", comme ils l'appellent. "Celle qui va me faire briller les yeux et l'esprit", pour Eric Fournier. La pièce qui va donner un nouvel éclat à une collection, pour d'autres.

Une soif de cristaux qu'il n'est pas donnée à tout le monde d'étancher. "D'abord parce que l'on intervient sur un site classé où, normalement, tout est interdit", poursuit Pierre Bavuz. "Il faut donc demander une autorisation et puis, pour l'extraction, se limiter aux outils prévus par la loi : marteau, burin et barre à mine. Un point c'est tout."

Côté bagages, la vie de cristallier en haute altitude se doit d'être spartiate : de bonnes jambes, un équipement réduit au minimum pour une autonomie poussée à son maximum. Et le plus important, une connaissance parfaite du milieu naturel qui l'entoure.

Le résultat de cette tradition ancestrale des guides-cristalliers de Chamonix, les visiteurs peuvent donc l'admirer dans le nouveau musée.

"Le cœur de sa collection provient toujours des pièces appartenant à la ville et à notre Club de minéralogie de Chamonix et des Alpes du nord", explique Pierre Bavuz. "Il s’agit d’un ensemble de 720 minéraux récoltés au long de ces 40 dernières années. Ces spécimens sont tous issus de la minéralogie alpine, avec un penchant affirmé pour la minéralogie du massif du Mont-Blanc".

Les "oncles d'Amérique" du nouveau musée

Et puis, il y a les généreux donateurs qui font le bonheur du nouveau musée. Des sortes "d'oncles d'Amérique" qui ont accumulé des merveilles tout au long de leur existence. Ils sont cristalliers, comme Claude-Julien Ducarre, l'infatigable arpenteur des Aiguilles d’Argentière, de la Lauzière, ou du Beaufortain. Ils viennent d'une grande lignée de guides, comme Georges Bettembourg qui restera dans l'histoire comme le découvreur d’une des plus belles fluorines du monde en 1973. Il était également bijoutier-collectionneur.

"C'est un vrai trésor de presque 1 500 pièces que nous a laissé Michel Jouty (bijoutier chamoniard et grand collectionneur de minéraux décédé en 2016, ndlr)", explique Pierre Bavuz.

Le trésor d'une vie, glané au long d'une existence au long cours, faite de voyages à travers tous les grands gisements de minéraux du monde. Avec un accent particulier pour ceux de Chine, de Russie, du Brésil et d’Inde. Des spécimens étrangers mais aussi alpins, issus de l'Oisans et du Mont-Blanc, tous très rares.

Son legs à la commune de Chamonix est d'autant plus précieux qu'il comprend également les archives photographiques de sa famille, un ensemble de pièces historiques et artistiques destinées au musée alpin de Chamonix et un don d'un million d'euros pour les personnes âgées, les jeunes et l'agrandissement du musée des cristaux.

25 000 euros par an pour enrichir les collections du musée

A ces trésors viennent s'ajouter 11 pièces originaires d'Australie et le moulage de la pépite d'or "Welcome Stranger", prêté par le Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Une exposition temporaire est à découvrir jusqu'à décembre 2023 sur l’Italie du nord et ses rodingites, des roches bien représentées dans les Alpes Italiennes. En vallée d'Aoste particulièrement, elles ont fourni des pièces de très haute qualité telles que des grenats, diopsides, vésuvianites, épidotes…

Et un dernier filon à explorer, les nouveaux minéraux que la ville de Chamonix acquiert chaque année grâce à son fonds spécial mis en place depuis une quinzaine d'années. Il sera doté de 25 000 euros par an pour étoffer les collections du musée.

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