L’inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) a rendu un rapport sur l’avenir de la voie, dite normale, d’accès au mont Blanc, ce lundi 2 décembre, à la suite d'une demande du préfet de la Haute-Savoie. Le document pointe plusieurs problématiques qui touchent les refuges empruntés par les alpinistes pour l'ascension.
Que vont devenir les équipements installés sur le mont Blanc ? Entre réchauffement climatique et augmentation du nombre d’alpinistes, le toit de l’Europe est plus que jamais au centre des préoccupations. Pour anticiper les potentiels griefs auxquels le sommet pourrait faire face dans les prochaines années, le préfet de la Haute-Savoie a demandé l’édition d’un rapport par l’inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD).
Le but : rendre "une analyse globale sur le long terme quant à l’évolution des équipements et refuges qui jalonnent la voie normale d’accès au sommet du massif du Mont-Blanc". Ce rapport pointe, entre autres, plusieurs difficultés des deux refuges utilisés pour l’ascension : les refuges du Goûter et de Tête Rousse.
le refuge du Goûter épinglé par l’Inspection générale de l’Environnement - #saintgervais #montblanc une situation ubuesque que je dénonce depuis des années avec pour seule réponse l’orgueil de la #FFCAM : « tout va bien, tout est faux ». https://t.co/pDdqEjehcX
— Jean-Marc PEILLEX (@PEILLEX) December 3, 2024
Défaillances et "risque de burn out" au refuge du Goûter
Fondoir de neige qui fonctionne mal, panneaux solaires insuffisants, système d’assainissement défaillant… Le rapport est saillant sur les difficultés rencontrées au nouveau refuge du Goûter, mis en service il y a tout juste dix ans. Entre autres, les équipes font face à de grosses difficultés liées au système d’assainissement. "Il oblige à des évacuations par hélicoptère très régulières des boues produites, une opération coûteuse et dont le bilan carbone fait frémir. Et l’odeur qui flotte autour ou parfois dans le refuge signe ce qui apparaît comme un véritable échec", détaille le rapport.
Toujours selon l'IGEDD, ces dysfonctionnements divers ont un impact sur la qualité de vie au travail des équipes sur place. "Le risque de ‘burn out’, non seulement de l’équipe, mais du système dans son ensemble est réel", signale le rapport.
Ces problématiques sont également mises en avant par le maire de Saint-Gervais-les-Bains, Jean-Marc Peillex (divers), où se situe le refuge. L'édile dénonce "une catastrophe écologique" dans la gestion des refuges. "Enfin la vérité éclate. Ça fait des années que je le dis, tout est fait à l’envers", commente-t-il. Selon le maire, la gestion des refuges va à l’encontre des valeurs de l’alpinisme : "On est plus sur un refuge, c’est devenu de l’hôtellerie. Et certaines personnes qui gravissent le mont Blanc ne sont plus des alpinistes mais des touristes."
Un agrandissement de Tête Rousse
Le refuge du Goûter n’est pas le seul dans le viseur du rapport, celui de Tête Rousse est aussi critiqué. Cette fois, c’est son manque de places qui est pris pour cible. L’IGEDD préconise alors l’agrandissement du refuge.
Depuis quelques années, le rythme de l’ascension prend le plus souvent trois jours et deux nuits, et oblige donc l’arrêt des alpinistes dans les deux refuges. Le nombre de personnes s’arrêtant au refuge de Tête Rousse a alors augmenté. Les 70 places disponibles ne sont donc pas suffisantes. Un camp de base, composé d’une cinquantaine de tentes, a donc été installé. Un endroit prévu initialement de manière provisoire qui semble avoir pris racine sur la montagne.
La rénovation et l’agrandissement du refuge permettraient la destruction de ce camp de base et de, selon le rapport, "mettre un terme à cette situation 'du provisoire qui s'éternise". Contacté, le gestionnaire en charge des refuges n’ont pas donné suite à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.
Selon le rapport, près de 20 000 personnes empruntent chaque année la voie normale du mont Blanc. Une course qui a la réputation "largement galvaudée" d'être "facile" et qui a "généré des pratiques et des attitudes de moins en moins compatibles avec l’esprit de l’alpinisme".