Cet article date de plus de 6 ans

Indonésie: la difficile comparaison entre Serge Atlaoui et Michaël Blanc

Autre histoire, autre époque, autre dirigeant. Peut-on, pour autant, comparer l'affaire Serge Atlaoui, condamné à mort en Indonésie, avec le cas du Haut-Savoyard Michaël Blanc aujourd'hui toujours en liberté conditionnelle à Jakarta?  
Ce mercredi 22 avril, la diplomatie s'agite. Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur indonésien après le rejet du recours déposé par Serge Atlaoui, arrêté dans un laboratoire clandestin de production d'ecstasy près de Jakarta. Aujourd'hui, plus rien n'empêche la condamnation à mort du ressortissant français. 

Sur place, on sait l'homme en contact avec la mère d'un autre Français, Michaël Blanc. Le Haut-Savoyard avait été condamné à la perpétuité après avoir été arrêté à Bali en possession de 4kg de haschisch. Hélène le Touzey, élue conseillère consulaire pour cette région, est désormais l'une des représentantes de la communauté française. Elle aide notamment les prisonniers. 

Son fils a été libéré en janvier 2014 après 14 ans de prison en Indonésie. Il habite avec elle et a repris son métier de cuisinier. Il devra rester en Indonésie au moins jusqu'en 2018. En attendant, Michaël doit garder le silence et ne pas parler à la presse. Quant à Hélène, elle souhaite maintenant "aller de l'avant" et ne répond plus aux médias. Dans cette période où le pouvoir indonésien en place semble plus ferme, il convient aussi de rester prudent. 

Une autre histoire

Serge Areski Atlaoui, un artisan-soudeur originaire de Metz, affirme être venu en Indonésie en 2005 pour travailler à la maintenance d'une usine d'acrylique qui devait en fait produire des cachets d'ecstasy. Le Français a été condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité et a fait appel, avant de se voir infliger la peine de mort. 

Michaël Blanc avait, lui, été arrêté en 1999 avec 3,8kg de haschich cachés dans des bouteilles de plongée. Il a toujours affirmé que ces bouteilles lui avaient été confiées par un ami. Passible de la peine de mort, comme Serge Atlaoui, il avait été condamné, en novembre 2000, à la prison à perpétuité. Une peine confirmée en appel. Puis, pour bonne conduite, sa peine avait été commuée en 20 ans de prison ferme avant que la Justice indonésienne décide finalement une libération conditionnelle. 

Un autre contexte 

Après avoir remporté la présidentielle l'été dernier et pris ses fonctions en octobre, l'une des premières décisions du président Joko Widodo a été de rejeter toutes les demandes de grâce de condamnés à mort pour drogue. Les exécutions ont repris dès janvier, après deux années de suspension. 

D'après un sondage réalisé par l'agence Indo Barometer auprès de 1.200 Indonésiens, du 15 au 25 mars, 84,1% des personnes interrogées sont se déclarées pour l'application de la peine de mort aux condamnés pour trafic de drogue, 11,8% se prononçant contre. Dans ce contexte, on voit mal le président du pays faire marche-arrière.

Et pourtant la France y croit. "Défendre Serge Atlaoui, c'est rappeler la ferme opposition de la France à la peine de mort", abolie en 1981, a écrit le Premier ministre français, Manuel Valls, sur son compte Twitter.




Mais, compte tenu de la fermeté affichée par Joko Widodo, ces appels ont très peu de chance d'être entendus. "Politiquement, il a compris que les Indonésiens voulaient un dirigeant ferme, et il veut montrer qu'il est un président ferme, comparé à son prédécesseur (Susilo Bambang Yudhoyono qui avait revu la condamnation de Michaël Blanc à la baisse en 2008), réputé pour son indécision", explique l'analyste politique Yohanes Sulaiman.

Céder aux appels à la clémence pourrait avoir un "coût politique très important" pour l'actuel président, dans la mesure où il serait "critiqué par ses opposants au Parlement et au sein de son parti pour agir de manière trop timorée face à des pays étrangers", ajoute encore l'analyste Yohanes Sulaiman.  

Comme la France, l'Australie, dont deux ressortissants doivent être exécutés très prochainement, a mis en garde contre des "conséquences" sur les relations bilatérales en cas d'exécution. Mais aux de yeux M. Sulaiman, l'impact sera peu significatif, et il est "très peu probable que l'Australie ou l'Union européenne imposent un boycott économique" à l'Indonésie, première économie d'Asie du Sud-Est. "Ils comprennent parfaitement que l'Indonésie est importante sur le plan géopolitique et pour sa position stratégique dans le commerce mondial", ajoute l'analyste.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
michaël blanc société