"Comment mon pote a pu faire ça ?" : au procès pour le meurtre de Maëlys, l'incompréhension des amis de Nordahl Lelandais

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Écrit par Margot Desmas

Les amis proches de Nordahl Lelandais sont en quête de réponses au procès de l'ancien militaire pour le meurtre de la petite Maëlys. Ils cherchent à comprendre comment leur ami a pu basculer et l'enjoignent à se livrer.

"Il t’est passé quoi par la tête ? T’as eu une pulsion sexuelle ? T’as forcément eu quelque chose." De nombreuses questions mais toujours aucune réponse. Aux premiers jours du procès de Nordahl Lelandais devant la cour d'assises de l'Isère, ses amis les plus proches sont venus raconter leur "Nono". Celui "avec qui on partageait des bons moments, on rigolait". Ce bon copain toujours prêt à rendre service.

"Je ne comprends pas comment il en est arrivé là", a déclaré d'emblée Fabien, que Lelandais présente comme l'un de ses meilleurs amis. "Ce n’est pas quelqu'un qui était retranché chez lui, il a vécu. Il n’était privé de rien."

Le trentenaire avait un large cercle d'amis dans les environs de Pont-de-Beauvoisin où il a grandi. "On était une bande de copains", commente Coralie, une amie, avant de se reprendre : "Je parle au passé, forcément." Elle regarde Nordahl Lelandais, assis dans son box, qui hausse les sourcils puis baisse le regard.

"Tu mens, tu le sais"

"Avant les meurtres de Maëlys et Arthur, c’était un simple citoyen. C’était notre pote, Nono. C’était pas l’affaire Lelandais", a regretté Nazim, proche ami de l'accusé. Pull clair et baskets, le témoin s'est adressé à la cour durant une dizaine de minutes, la voix étranglée.

"J’ai imaginé mille fois ce que j’allais devoir vous dire ici. Il y avait mille versions différentes et pas une seule dont je me souvienne parce que tout est irréel. Et pourtant, la petite fille n’est toujours pas là, a-t-il déclaré devant un accusé effondré. C’est cette question qui me revient tout le temps en tête, toujours la même : comment mon pote a pu faire ça ?"

Cinq ans après les faits, plus aucun ami de Nordahl Lelandais n'a gardé contact. La plupart annoncent que cet échange devant la cour d'assises de l'Isère sera le dernier. La dernière chance aussi de poser toutes les questions restées sans réponse.

"Il t’est passé quoi par la tête ? T’as eu une pulsion sexuelle ? T’as forcément eu quelque chose", lance Coralie à la barre. Prise de vertiges, assise sur une chaise, elle se tourne vers Lelandais et lui demande de se livrer. "Tu mens, tu le sais. Et tu sais que je sais. T’as pas d’empathie, tu ne ressens pas ces émotions là. (...) Pourquoi tu ne parles pas ? Pourquoi tu ne le dis pas ? Tu ne diras pas la vérité pour ton image", finit-elle par conclure.

Des vies qui divergent

Comment "Nono" est-il devenu le meurtrier présumé de la petite Maëlys ? La question revient dans la bouche de tous ses proches. Sa famille met la dérive sur le compte de la drogue, de sa consommation d'alcool. Ses amis sont longtemps restés incrédules.

Au fil du temps, leurs relations se distendent. Parce qu'eux trouvaient leur voie professionnelle, fondaient une famille pendant que Lelandais vivait de manière plus "adolescente", relève David, un ami d'enfance. Lui le surnommait "Nono le barjo" ou encore "belle vie" : "Pas de copine, pas de travail, à nous appeler pour aller boire un café alors qu’on était au travail."

Le trentenaire retournait vivre au domicile parental au gré de ses ruptures, travaillait en intérim et cumulait les arrêts maladie. "Je suis un boulimique du travail et toi, tu es plutôt un anorexique", lui dira Nazim.

Ses amis lui reconnaissent des défauts, un tempérament "impulsif", son côté "têtu" et une tendance à s'arranger avec les faits. "Il ne disait pas toujours la vérité. Une partie de vérité arrangée à sa sauce", décrit Fabien à la barre. "On le prenait comme il était", ajoute David.

Sa première garde à vue après l'enlèvement de Maëlys jette le doute dans l'esprit de ses proches. "Il était impossible qu’il fasse une chose comme ça", estimait alors David, mais "plus les choses avançaient, plus ça allait contre lui".

"On ne voulait pas le condamner dans nos têtes"

Certaines réactions de Lelandais interrogent ses amis qui le soutenaient encore. "Quand la presse l’a appelé après la mort de Maëlys, on l’a entendu s’exprimer à la télé et on entend à sa voix que ce n’est pas sincère", se rappelle Coralie. La plupart s'éloignent, d'autres continuent de le soutenir.

C'est le cas de David : "On était là, mais on ne voulait pas le condamner dans nos têtes jusqu’au moment où il a avoué." Nazim a été le dernier de son groupe d'amis à croire en son innocence.

"Des fois, on se demande si quelque chose nous a échappés. Quand il y en a un qui déraille dans cette société, c’est peut-être qu’on a, un peu tous, notre part de responsabilité", s'est-il questionné devant la cour.

Avant de conclure son témoignage, Nazim l'a enjoint à se livrer sur les faits. "Même si c’est dur à dire, même si c’est dur à entendre, tout le monde doit pouvoir comprendre pourquoi notre pote a basculé. Il n’y a que lui qui peut nous le dire. Il n’a qu’une seule chance et c’est maintenant."