Grenoble : 3 mois de prison avec sursis requis en appel contre un militant promigrants

Trois mois de prison avec sursis ont été requis par le parquet de Grenoble contre Pierre Mumber, 55 ans. / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
Trois mois de prison avec sursis ont été requis par le parquet de Grenoble contre Pierre Mumber, 55 ans. / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Pierre Mumber, accompagnateur en montagne de 55 ans, comparaissait devant la cour d'appel de Grenoble ce jeudi pour "aide à l'entrée irrégulière" d'étrangers, trois semaines après un autre militant promigrants. Le jugement a été placé en délibéré.

Par M.D. avec AFP

Trois mois de prison avec sursis ont été requis à l'encontre de Pierre Mumber, 55 ans, pour "aide à l'entrée irrégulière" d'étrangers. Le prévenu, accompagnateur en montagne dans les Hautes-Alpes, comparaissait jeudi 24 octobre devant la cour d'appel de Grenoble après avoir porté assistance à des migrants à l'hiver 2018 lors d'une maraude près de la frontière italienne.

Le jugement a été mis en délibéré au 21 novembre, à l'issue d'une audience où la version des faits des policiers a été attaquée par la défense, après des réquisitions demandant la confirmation de la peine prononcée en première instance à Gap en janvier. 

Plus de 300 personnes sont venues manifester devant le palais de justice pour "dénoncer le durcissement des politiques migratoires" et soutenir le "citoyen solidaire" qui comparaissait trois semaines après un autre militant promigrants, Kevin Lucas. La culpabilité de cet autre militant a été confirmée en appel mercredi mais sa peine a été réduite à 2 mois avec sursis.
 

Pierre Mumber comparaissait également pour avoir aidé des étrangers à "se soustraire" à un contrôle de police en les aidant à s'enfuir de la voiture où ils avaient été placés. Il a nié les deux motifs de poursuite. Ce gérant de gîte, au casier judiciaire vierge, a rappelé ses engagements à Briançon que ce soit auprès de SDF, de personnes handicapées ou d'exilés, depuis qu'ils ont commencé à franchir massivement les Alpes par le col de Montgenèvre (Hautes-Alpes).

 

Incertitudes sur le lieu de l'arrestation


Contrairement au tribunal correctionnel de Gap, la cour d'appel a accepté de visionner les rushes des journalistes italiens qui accompagnaient, lors de cette glaciale soirée du 6 janvier 2018, la maraude à laquelle participait Pierre Mumber sur le front de neige de la station de ski. 

Pour l'avocat général, "ce DVD n'est pas probant pour remettre en question" la version des policiers qui accusent le maraudeur d'avoir ouvert les portières de la voiture pour permettre à ses passagers de s'échapper. Hormis une jeune Nigériane - qui sera amenée à l'hôpital par les pompiers - , les autres migrants ne seront pas retrouvés.
 
Pierre Mumber est sorti du tribunal de Grenoble pour adresser son soutien aux manifestants promigrants. / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
Pierre Mumber est sorti du tribunal de Grenoble pour adresser son soutien aux manifestants promigrants. / © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP


Quant à l'accusation de franchissement de la frontière, elle est basée sur l'enquête de téléphonie montrant des bornages en France et en Italie. Me Philippe Chaudon a expliqué comment les mobiles accrochent le signal de l'antenne disponible la plus proche sans se soucier des frontières.

Pour le coeur du litige, les versions opposées de la police et de son client, Me Chaudon estime que "la version (à retenir) est celle qui a défilé durant 19 minutes" où l'on voit "Pierre Mumber (qui) prête sa lampe de poche au policier pour le contrôle d'identité" et qui porte avec un autre aidant la jeune Nigériane souffrante dans la voiture de police.

Derrière ce procès se pose surtout la question, très politique, des limites de la loi dite de solidarité. Si l'aide apporté est strictement humanitaire, il ne peut y avoir de condamnation.
 
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