Ils trouvent une torche olympique rarissime estimée à 200 000 € et l'offrent à un musée de Grenoble

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Écrit par Alix Guiho

Les 5 frères et soeurs de la famille Gleizes se sont mis d'accord après avoir trouvé l'un des 33 exemplaires existants de la flamme olympique des JO de Grenoble de 1968 dans une vieille malle appartenant à leur père défunt. En faire don au Musée dauphinois... tandis que beaucoup les vendent aux enchères à prix d'or.

202 400 euros. C'est le prix auquel a été adjugé vendu l'un des 33 exemplaires de la torche olympiques de JO de Grenoble de 1968, lors d'une vente aux enchères à Paris, le 24 janvier 2018. La famille Glaizes, elle, a décidé de faire don de la sienne au musée dauphinois de Grenoble, ce 17 mai 2022. "C'est une décision rare, un geste fort et désintéressé", a souligné le directeur du musée Olivier Cogne. 

Pas une seule des 33 torches des JO de Grenoble de 1968 ne se trouvait... à Grenoble

Car c'est bien le comble de cette histoire. 33 exemplaires de la torche olympique des JO de Grenoble se baladent dans le monde, mais aucun ne se trouve à Grenoble... "La municipalité n'en a pas reçue à l'époque", raconte Olivier Cogne.

La question s'est posée à l'occasion du cinquantième anniversaire de ces Jeux, en 2018. L'équipe du musée dauphinois de Grenoble s'est rendue compte qu'il n'en possédait pas une seule... "on avait bien des affiches publicitaires, des objets sportifs, des médailles... mais pas de torche !!!" 

Les torches des Jeux Olympiques de Grenoble sont les plus chères en France

Misère. Depuis, il en a localisé une quinzaine, la plupart vendues aux enchères au prix fort. "Nous nous sommes rendus à chaque vente, mais à chaque fois, le prix de la torche atteignait des sommes délirantes : 120 000, 140 000...  jusqu'à 200 000 euros. Ca nous gênait de participer à la spéculation des objets olympiques", détaille le directeur du musée. 

Il lance alors plusieurs appels dans la presse. Coup de chance. Celui de février dernier fonctionne. La famille Gleizes tombe dessus. Ni une ni deux, elle se réunit pour décider du sort de l'exemplaire de la torche conservé dans la famille depuis 1968... Et il faut dire... que c'est une sacrée histoire, cette torche olympique, dans la famille Gleizes. 

Maurice Gleizes est allé jusqu'à Olympie, en 1968, chercher la flamme 

Tout commence en 1968. Maurice Gleizes est adjoint aux sports du maire de Grenoble, Hubert Dubedout et vice-président du Comité d’organisation des Jeux
olympiques (Cojo). Passionné des Jeux, il va jusqu'à Olympie, en Grèce, chercher la flamme olympique.

A la fin des JO, on lui remet l'une des 33 torches de cette édition de 1968 historique pour la France et Grenoble. Il la range soigneusement dans une malle qu'il place à l'abri, sur la mezzanine de son garage. Il n'en touche pas un mot à ses enfants. 

Trimballée de maison en maison pendant des années sans que personne ne soupçonne sa présence ni sa valeur 

En 1996, Maurice Gleizes décède. Ses enfants héritent de ses affaires et de la fameuse malle. Mais celle-ci passe de maison en maison, au gré des déménagements de chacun. Quelques années plus tard, c'est au tour de Jacques Gleizes, l'un des 5 enfants de Maurice Gleizes, de récupérer et stocker la malle au trésor dans sa maison, à Saint-Egrève, en Isère.

Surprise 

Un jour, il prend le temps de replonger dans les souvenirs de son père et découvre, contre toute attente, une torche des JO de Grenoble de 1968 en excellent état : "on l'a mise dans le salon, près de la cheminée, puis quand on a compris qu'elle avait une grande valeur financière, on l'a rangée, se disant que c'était un coup à se la faire piquer"

"On nous l'a donnée, on n'allait pas la vendre"

Jacques Gleizes

Quand il découvre l'article du directeur du Musée dauphinois en quête de cet objet, ça fait tilt. Les 5 frères et sœurs jugent qu'il est préférable de la leur donner. "On n'a jamais pensé à la vendre. Ça aurait été du délire... On nous l'a donnée, on n'allait pas la vendre" , raconte Jacques Gleizes. 

"Une anomalie de l'histoire vient d'être réparée" 

Du pain béni... pour le musée. "C'est une forme d'aboutissement, admet Olivier Cogne, dans une forme de soulagement. Une anomalie de l'histoire vient d'être réparée. Notre équipe est sur les rangs depuis longtemps pour qu'une torche olympique de 1968 rejoigne nos collections". Il salue "un geste fort et désintéressé" avant de préciser que l'objet avait été jusqu'ici, très bien conservé. 

Remise ce mardi 17 mai 2022 au Musée dauphinois de Grenoble, "la voilà enfin entrée dans le patrimoine commun, grâce à la famille Gleizes". Elle a fait l'objet d'une légère restauration : "nettoyée par un spécialiste du métal, la torche a retrouvé son éclat d'origine". 

Brûleur en parfait état et insigne des Jeux Olympiques de Grenoble 

L'objet en tôle cuivrée, long de 60 centimètres, portant à son bout un brûleur en parfait état de marche, des lames séparant la tôle, un insigne avec un cristal de neige entouré des trois roses, blason de la ville de Grenoble et, enfin, une feutrine rouge sur laquelle le porteur de flamme posait sa main pour ne pas se brûler, sera exposé à partir de cet été - ou de la rentrée au plus tard - de manière permanente au Musée dauphinois de Grenoble.