Isère : après le cancer et les opérations, les kinés du sein aident les patientes à se réapproprier leur poitrine

Un réseau de kinésithérapeutes spécialisés dans les soins liés au cancer du sein regroupe plus de 700 praticiens en France. En Isère, une vingtaine de kinés accompagnent les patientes après les traitements dans leur reconstruction physique et psychique.

Fonte musculaire, douleurs cervicales ou dorsales, perte de mobilité dans le bras… Lorsqu'elles arrivent dans le cabinet de Camille Casier, les patientes souffrant d'un cancer du sein ont le corps meurtri.

Bien souvent, elles viennent ici après la fin des traitements. Après l'opération qui les a amputées de leur sein, après une chirurgie qui leur a permis de se débarrasser d'une tumeur, après une reconstruction mammaire.

Le cancer a été vaincu, parfois il a seulement reculé. La bataille est en cours, la victoire finale se dessine. Mais leur poitrine est un champ de bataille.

Elles se livrent aux mains de la kinésithérapeute après un ou plusieurs cycles de chimiothérapie, après des séances de radiothérapie.

Sous leur sein, l'ennemi est en passe d'être vaincu, mais la courbe de leur féminité vient d'être redessinée. Il faut l'apprivoiser pour l'accepter. Et cela commence par l'élimination des tensions et des douleurs.

"J'ai des douleurs au niveau de l’épaule, au niveau des cicatrices. J'ai le bras endolori ainsi que toute la partie dorsale, jusqu’au milieu du thorax parce que les rayons visent très très large", explique Isabelle, 53 ans.

"On a des séquelles à ce niveau-là, et la kiné du sein permet de soulager toutes les douleurs qu’on peut avoir au niveau du dos, au niveau du thorax, des douleurs dues aussi à une mauvaise posture que l’on prend très très souvent pour se préserver. On a toujours peur de se blesser et du coup on a le corps qui s’enroule sur lui-même inconsciemment", explique cette quinquagénaire en rémission depuis quelques jours.

Peau cartonnée, gêne thoracique

A ces douleurs s'ajoutent des tensions au niveau des tissus et des cicatrices. Isabelle a subi deux cycles de chimiothérapie et une dizaine de séances de radiothérapie. Sur sa poitrine, les stigmates des traitements sont douloureux. 

"La peau est souvent cartonnée, fibrosée", indique Camille Casier. "Ici, ça fait un grip de peau qui limite ton amplitude", dit-elle à Isabelle en montrant la zone de la cicatrice, près de l'aisselle.

La kinésithérapeute masse la cicatrice pour redonner de la souplesse à la peau. Ces gestes, Camille les a appris grâce à une formation post-diplôme en sénologie.

Être kiné du sein n'est pas une spécialité reconnue formellement par la profession, mais dans le quotidien, "ça permet de savoir les choses qu’on a le droit de faire après les chirurgies curatives, après une ablation de la tumeur ou du sein et aussi ce qu’on a le droit de faire comme geste technique après une reconstruction, une mastectomie ou une tumorectomie"

La reconquête du corps… et de l'esprit

"On connaît aussi les complications qui peuvent arriver au niveau lymphatique où des fois il faut faire du drainage. On les accompagne également pour tous les désagréments de la chimio : les tensions ou raideurs articulaires, et le renforcement parce qu’on a une fonte musculaire due à la chimiothérapie et au manque d’activité physique", ajoute la kinésithérapeute.

Deux fois par semaine, Isabelle vient donc livrer son corps à Camille Casier. Elle vient aussi déposer ses angoisses. "On réapprivoise le corps, on apprend à l'aimer en le touchant parce qu'on a beaucoup d'appréhensions à toucher les cicatrices. Quand on sort de l'opération, c'est encore très contusionné, c'est pas très joli, et ça nous donne une autre vision de notre corps et ça nous apprend à l'accepter totalement"

Lutter contre l'isolement, post-traitements

Difficile de vivre dans cette nouvelle peau, d'autant qu'après les soins, les patientes doivent continuer seules leur chemin de vie post-cancer. 

"Quand les traitements s’arrêtent, on a l’impression d’être perdue, de ne plus avoir de soutien, de se retrouver vraiment seule. Le fait d’avoir ces séances de kiné du sein, ça permet d’être vraiment soutenue au quotidien par quelqu’un qui est à l’écoute et qui vous donne des clés pour aller mieux et retrouver une autonomie complète", assure Isabelle.

Depuis quatre ans, Camille Casier s'occupe des personnes touchées par un cancer du sein à temps plein. Son agenda est bien rempli car la demande est importante.

D'où l'idée de rassembler les spécialistes. La kinésithérapeute grenobloise est la référente iséroise du réseau des kinés du sein. La structure rassemble environ 700 professionnels de santé en France dont une vingtaine en Isère.

Un site internet dédié permet aux patientes de trouver un kiné du sein près de chez elles. "Le but est d’avoir un meilleur standard de prise en charge pour les patientes et qu’elles aient une solution qui s’offre à elles", explique Camille Casier. 

"Cela permet aussi de mutualiser les ressources, les connaissances et d'échanger. Parfois, on a des cas où on ne trouve pas de solution pour soulager la patiente et on échange dans des groupes de discussions pour répondre à ces problématiques spécifiques sur des cas particuliers", poursuit-elle.

"Une bulle d'oxygène"

Pour Isabelle, ces instants dans le cabinet de Camille "font du bien au moral, ça fait du bien au corps. On se sent vraiment mieux en sortant de chez le kiné, les tensions disparaissent. On se sent comme revivre".

Selon les patientes, 15 à 20 séances peuvent être nécessaires pour reconquérir leur corps. Des soins de rééducation remboursés par la sécurité sociale. 

"On arrive à les accompagner pour faire en sorte que cette période se passe mieux. On les soulage dans leur qualité de vie pour qu'elles arrivent à réintégrer leurs poitrines, qu'elles arrivent à cheminer pour avancer et ne pas être isolées chez elles avec ces douleurs qui sont très handicapantes et qui vont faire que l'isolement est créé par le cancer mais aussi par toutes ces gênes post-traitements".

Isabelle repart du cabinet de Camille avec un livret détaillant les exercices à effectuer à la maison. Elle y a également déniché des adresses et des contacts d'association aidant les patientes à revivre après la maladie, par le sport.

Pour Isabelle, les kinés du sein sont un maillon essentiel de son processus de guérison. "Une bulle d'oxygène" qu'elle recommande à toutes celles qui doivent affronter cette épreuve. Aux hommes aussi. Ils représentent 1 % des patients touchés par un cancer du sein.​​

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